Rwanda : de nouveaux éléments sur l'attentat contre l'ex-président Habyarimana

Le président rwandais Paul Kagame à l\'Elysée, le 12 septembre 2011.
Le président rwandais Paul Kagame à l'Elysée, le 12 septembre 2011. (FRED DUFOUR / AFP)

En avril 1994, l'explosion de l'avion présidentiel a déclenché le génocide. Un rapport présenté mardi apporte des précisions importantes sur l'endroit d'où proviennent les tirs de missiles. 

Cet attentat marque le point de départ du génocide. Le 6 avril 1994, l’avion du président rwandais Juvénal Habyarimana, qui appartenait au peuple hutu, est abattu dans le ciel de la capitale Kigali. Cet acte a déclenché un génocide dans le pays qui a fait 800 000 morts selon l'ONU, surtout des Tutsis. Près de 20 ans plus tard, l’origine des tirs de missiles contre l’appareil présidentiel semble se préciser grâce à un rapport d’expertise sur le sujet, présenté mardi 10 janvier par deux juges français.

• Que dit le nouveau rapport ?

Ce document a été réalisé après que les juges antiterroristes Marc Trévidic et Nathalie Poux et des experts se sont rendus sur les lieux de l’attentat à Kigali à l’automne 2010. Objectif : reconstituer la trajectoire du Falcon 50 présidentiel, évaluer sa position au moment où il a été touché, déterminer le type de missile utilisé, mais également les modes opératoires possibles, et confronter le tout avec les témoignages et données topographiques.

Grâce aux renseignements collectés, il semblerait que les tireurs se trouvaient à proximité, voire à l'intérieur, du camp de Kanombe, tenu par des officiers de l'armée rwandaise. Ce qui va à l'encontre des conclusions de l'enquête initialement menée par le juge Bruguière. 

• Quelle était la thèse de la précédente enquête ?

En 2006, une première enquête conduite par le juge Jean-Louis Bruguière a désigné un commando du Front patriotique rwandais (FPR) comme responsable de l’attentat. Le FPR réunissait la rébellion tutsi dirigée en 1994 par l'actuel président Paul Kagame. Sept proches de ce dernier ont été mis en examen, provoquant la rupture temporaire des relations diplomatiques entre Kigali et Paris.

Le juge Bruguière ne s’est jamais rendu à Kigali et s’est surtout appuyé sur des déclarations d’opposants à Paul Kagame. Ses conclusions ont déjà été mises à mal par la rétractation de plusieurs témoins, comme le rappelle Le Nouvel Obs.

• Quelles nouvelles orientations apporte le récent rapport ? 

Le travail mené par les juges antiterroristes Marc Trévidic et Nathalie Poux oriente donc l'enquête vers le camp de Kanombe, alors aux mains de l'armée, mais ne désigne pas les auteurs possibles de cette attaque.

Cependant, pour l’avocat de proches de Paul Kagame, ces dernières informations dédouanent les proches mis en examen de l'actuel président Kagame. "Nos clients, qui ont été injustement accusés et poursuivis pendant des années, se trouvent confortés dans leurs positions. C'est un jour historique", a déclaré Me Bernard Maingain après la présentation à huis clos de l’expertise.

France 2


Le gouvernement rwandais soupçonne que la responsabilité de l’attentat revient aux extrémistes hutus des Forces armées rwandaises (FAR). Ces derniers auraient voulu se débarrasser du président Habyarimana, trop modéré à leurs yeux.

Selon l’avocat, "la mise en cause du FPR est inimaginable vu l'état du dossier". Il a indiqué qu’il réclamerait un non-lieu pour ses clients.

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