Procès du Dr Bonnemaison : la sédation est "un devoir"

(Deuxième jour du procès en appel de Nicolas Bonnemaison © MaxPPP)

Nicolas Bonnemaison est jugé depuis lundi en appel à Angers pour sept "empoisonnements" de patients en fin de vie. Mardi matin, il a expliqué ses gestes et ses décisions à la barre. Plusieurs médecins ont témoigné de la difficile prise en charge de la fin de vie en France.

Le procès avait commencé lundi avec l'examen de la personnalité de Nicolas Bonnemaison. La deuxième journée a été davantage tournée vers les faits. Le médecin urgentiste, radié depuis juillet 2014, a expliqué mardi matin ses gestes et ses décisions à la barre. Il a détaillé les produits utilisés "pour sédater" et non pour tuer.

"J'insiste sur ce point : l'intention n'est en aucun cas de provoquer le décès", insiste-t-il. "Les patients pour lesquels je réponds avaient tous un pronostic vital engagé de quelques heures à quelques jours (...) A ce jour, on n'a pas d'outils pour évaluer la souffrance psychique" et les thérapies actives avaient été arrêtées. Dans ces conditions, "je pratique la sédation et j'estime que c'est mon devoir de le faire". Nicolas Bonnemaison a présenté les dossiers médicaux des sept patients dont la mort pose question. Il a admis sans difficulté ne pas avoir prévenu les infirmières de sa décision et ne pas avoir noté dans les dossiers les produits utilisés.

L'ex urgentiste de Bayonne a raconté à la barre les difficultés respiratoires de ses patients. "On ne peut pas laisser seuls ces patients mourir sans rien faire alors qu’on a la possibilité de les soulager" , a-t-il expliqué. Il a ajouté qu'il était impossible d'évaluer la souffrance psychique des personnes dans cet état.

Récit du deuxième jour d'audience au procès en appel du Dr Bonnemaison (D. Gotchaux)
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D'autres médecins entendus

L'après-midi, des médecins se sont succédé face aux juges et avocats. Jean-Claude Ameisen, président du comité national d'éthique, a estimé que la prise en charge de la fin de vie en France est "un scandale, un drame" . "80% des personnes en fin de vie n'ont pas accès aux soins palliatifs" , selon lui.

Michèle Delaunay, cancérologue et ancienne ministre de la Santé, a dressé le même constat. Dans ces situations, le médecin se sent souvent démuni. "On a reproché au Dr Bonnemaison de ne pas s'être entouré de l'avis des familles, mais l'avis des familles est fragile. Leur demander de s'associer à une décision serait leur faire porter une très lourde culpabilité" , a-t-elle expliqué.

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