"Je suis totalement innocent", clame Georges Tron au premier jour de son procès pour viols et agressions sexuelles

Le maire de Draveil, Georges Tron, et son avocat Eric Dupond-Moretti, au tribunal de Bobigny (Seine-Saint-Denis), le 23 octobre 2018.
Le maire de Draveil, Georges Tron, et son avocat Eric Dupond-Moretti, au tribunal de Bobigny (Seine-Saint-Denis), le 23 octobre 2018. (THOMAS SAMSON / AFP)

Dix mois après un faux départ, le procès s'est ouvert, mardi, dans une ambiance plus sereine. Le maire de Draveil (Essonne) est jugé par la cour d'assises de Seine-Saint-Denis pendant quatre semaines. 

"Je suis, depuis le premier jour, depuis le 24 mai 2011, totalement innocent." Mains accrochées à la barre, Georges Tron nie avec aplomb, au premier jour de son procès, tous les faits qui lui sont reprochés. Le maire de Draveil (Essonne), ex-secrétaire d'Etat à la Fonction publique, est jugé depuis mardi 23 octobre devant les assises de Seine-Saint-Denis. Deux anciennes employées municipales, Virginie Ettel et Eva Loubrieu, l'accusent de viols en réunion et agressions sexuelles. Il comparaît aux côtés de son ancienne adjointe à la Culture, Brigitte Gruel, pendant quatre semaines.

L'allure de Georges Tron, vêtu d'un grand imperméable noir, est décontractée, lorsqu'il pénètre, mardi, dans le tribunal de grande instance de Bobigny (Seine-Saint-Denis). Son avocat, Eric Dupond-Moretti, le précède. Ni l'un ni l'autre n'ont un mot pour les journalistes qui se pressent autour d'eux.

Le procès s'ouvre à 10 heures et, tout de suite, un climat apaisé s'installe. Une atmosphère qui tranche avec les tensions de décembre 2017.

"Les débats vont se dérouler sereinement"

Il y a dix mois, l'affaire avait été renvoyée à l'issue de la quatrième journée. D'incident en incident, les débats avaient pris du retard et le président de la cour d'assises avait fini par reporter le procès, après avoir été désavoué par la défense de Georges Tron. Eric Dupond-Moretti avait révélé le contenu d'une conversation privée entre le président de la cour et des avocats. Selon le conseil de l'accusé, le magistrat avait confié qu'il aurait préféré "que ce soit une femme qui préside". 

Mardi, le ton est différent. "Les débats vont se dérouler sereinement", assure Eric Dupond-Moretti lui-même, lors d'une suspension d'audience en fin de matinée. Une audience dans le "calme", qui doit permettre de révéler les "mensonges" et les "contradictions" des plaignantes, selon lui. "Ici c'est l'endroit où l'on rend la justice", déclare-t-il également face à la presse.

De fait, à part de petites passes d'armes entre Eric Dupond-Moretti et l'avocat général Frédéric Bernardo – le même qu'en 2017 –, l'audience se déroule dans la quiétude.

"Tout est faux, je suis innocente"

Les deux accusés prennent la parole dans l'après-midi. Ils clament leur innocence, Brigitte Gruel la première. Cette femme de 61 ans, qui habite toujours dans un pavillon de Draveil avec son mari, est sans profession depuis juin 2011. Nommée adjointe à la Culture par Georges Tron en 2008, elle a démissionné après sa mise en examen. "Pour l’instant, je n’ai plus d’activité. Je me consacre à ma famille", affirme-t-elle à la barre, vêtue d'un gilet noir. Après avoir dissimulé son visage à son arrivée au tribunal, elle a ôté son bonnet pour dévoiler ses cheveux mi-longs blonds. Elle porte de petites lunettes.

Selon Virginie Ettel et Eva Loubrieu, âgées aujourd'hui de 41 et 44 ans, la passion assumée de Georges Tron pour la réflexologie plantaire était le point de départ d'attouchements et de pénétrations digitales, parfois avec Brigitte Gruel. "Tout est faux, je suis innocente", martèle cette dernière devant la cour d'assises. "Tout ça a été orchestré par les deux plaignantes et leurs amis du Front national", ajoute-t-elle, reprenant la thèse du "complot" avancée par la défense depuis le début de l'affaire.

J’ai vécu un enfer avec ma famille car tout est faux dans les faits qui me sont reprochés. C’est un enfer depuis sept ans. J’ai été la proie de vengeance personnelle, professionnelle, de jalousie.Brigitte Grueldevant les assises de Seine-Saint-Denis

Les plaignantes prêtent à Brigitte Gruel le rôle de "maîtresse attitrée" de Georges Tron. Mais à l'audience, mardi, l'enquêtrice de personnalité parle de "relation conjugale sereine" avec son mari. Brigitte Gruel se dit très affectée par l'affaire malgré le soutien d'amis et de sa famille. "Je prends du Prozac depuis plusieurs années car j’ai du mal à dormir", déclare-t-elle avant d'aller se rasseoir.

Des pratiques "amicales" de réflexologie plantaire

La parole est donnée à une seconde enquêtrice de personnalité. Elle s'est entretenue "pendant trois heures et demie" avec Georges Tron le 6 novembre 2017. On apprend que ce "père de trois filles et grand-père d’un garçon" se posait "beaucoup de questions enfant", qu'il s'est engagé à 19 ans au RPR et qu'il a suivi des études de droit en parallèle. Proche de Jacques Chirac à ses débuts, il est élu député de l'Essonne en 1993. Il devient maire de Draveil en 1995. Aujourd'hui, il cumule ce mandat avec celui de conseiller départemental et de vice-président d'agglomération. Il a vécu son "unique échec législatif" en 2012, lorsqu'il a perdu son siège de député. Ce qui donne à sa carrière un "caractère inachevé", qu'il estime "lié à l’affaire", a-t-il regretté auprès de l'enquêtrice.

Sa secrétaire évoque "un patron exigeant et gentil". Son épouse, qu'il a rencontrée "sur les bancs de la fac en 1979", attribue à son mari "un tempérament combatif qu’il tiendrait de sa mère" et un "caractère assez trempé". Selon Albane Tron, il "aime débattre, a de la repartie", il est "grand bosseur" et "passionné par sa vie d’élu". Elle aurait aimé qu'il soit plus présent, mais "la politique, soit vous acceptez soit vous partez", a-t-elle déclaré à l'enquêtrice. Cette dernière mentionne une "unique liaison extraconjugale" qui n'a visiblement pas entaché le lien avec son épouse. Eric Dupond-Moretti fait préciser à l'audience que cet adultère a été découvert par Albane Tron à l'occasion de cette affaire.

Interrogé sur les médecines douces, qu'il affectionne, Georges Tron a déclaré à l'enquêtrice de personnalité qu'il s'était d'abord intéressé à l'acupuncture, avant de jeter son dévolu sur la réflexologie plantaire. Il a écrit un rapport parlementaire pour promouvoir ces pratiques, comme l'ostéopathie, en 1993. A propos de la réflexologie, il a décrit ses pratiques comme "amicales et prosélytes". Eric Dupond-Moretti tient à revenir sur ce point à l'audience. "Que vous a-t-il dit sur la réflexologie plantaire ?" demande-t-il à l'enquêtrice de personnalité. "Il a parlé de sa pratique avec ses proches, ses amis. Il n'a pas précisé si c'était sur des femmes ou des hommes en particulier."

"Je n'ai jamais été violent avec qui que ce soit"

Appelé à la barre par le président de la cour d'assises, Georges Tron ne s'exprime pas à ce sujet. Veste noire sur chemise blanche au col ouvert, à la fois détendu et sûr de lui, il affirme : "Je n'ai jamais été violent avec qui que ce soit. Je suis totalement innocent." "Les faits ont été relayés de façon extrêmement forte par la presse, qui a donné une caisse de résonance à ces accusations aussi abjectes qu'injustes", insiste-t-il d'une voix calme et posée.

Ces accusations m’ont profondément touché, mais aussi ma famille, mes amis, et ont blessé tous ceux avec lesquels j’avais travaillé.Georges Trondevant les assises de Seine-Saint-Denis

Eric Dupond-Moretti vient à ses côtés. Il évoque l'ordonnance de non-lieu rendue en 2013 par des juges d'instruction. Un an plus tard, les magistrats de la cour d'appel de Paris avaient rendu la décision inverse et décidé de renvoyer Georges Tron et Brigitte Gruel devant les assises.

Mardi, l'accusé dit ne pas avoir compris cette décision. "J'ai vécu le renvoi de la chambre de l'instruction comme la négation des trois années pendant lesquelles j'avais collaboré. J'en ai beaucoup souffert. Je me suis demandé où j’allais trouver la force pour pouvoir repartir", conclut-il avant la suspension d'audience. Dans cette affaire, le maire de Draveil, comme son ex-adjointe à la Culture, encourt 20 ans de réclusion criminelle.

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