Pour les prud'hommes de Paris, "PD" n'est pas une insulte homophobe pour un coiffeur

Un employé d\'un salon de coiffure a reçu un message insultant de sa patronne, en juillet 2015.
Un employé d'un salon de coiffure a reçu un message insultant de sa patronne, en juillet 2015. (GUIDO MIETH / FLICKR / GETTY IMAGES)

Le coiffeur a été victime d'un licenciement abusif, selon le conseil de prud'hommes parisien. Mais pas de discrimination homophobe.

Les prud'hommes de Paris ont rendu un jugement étonnant. Selon eux, "PD" n'est pas une insulte homophobe pour un coiffeur, comme le rapportent Metronews et Le Huffington Post, jeudi 7 avril. En juillet 2015, un employé d'un salon de coiffure, en période d'essai, ne se présente pas à son travail parce qu'il est souffrant. Il reçoit alors, par erreur, un SMS de sa patronne : "Je ne le sens pas ce mec. C’est un PD, ils font tous des coups de p..."

Un arrêt "scandaleux" et "choquant"

L'employé est licencié. Il saisit alors les prud'hommes parisiens. Le licenciement abusif est reconnu, mais pas la discrimination homophobe. Les prud'hommes ne retiennent que des "propos injurieux" et demandent une indemnisation par l'employeur à hauteur de 5 000 euros.

Voici l'explication de la juridiction : "En se plaçant dans le contexte de la coiffure, (...) le terme 'PD' employé par la manager ne pouvait être retenu comme propos homophobe, car il est reconnu que les salons de coiffure emploient régulièrement des personnes homosexuelles, notamment dans les salons de coiffure féminins, sans que cela ne pose de problèmes."

D'après le site Metronews, "la victime, qui ne souhaite pas s'exprimer dans cette affaire, a fait appel et saisi le Défenseur des droits", ce qu'a confirmé ce dernier.

La ministre du Travail, Myriam El Khomri, a estimé "scandaleux" et "choquant" cet arrêt, vendredi. "J'imagine que cette personne va faire appel" de cette décision, a-t-elle ajouté.

"Un stéréotype qui n'est pas un fondement juridique"

Vendredi, à la mi-journée, le Défenseur des droits a tenu une conférence de presse. Il a précisé avoir accompagné le coiffeur plaignant dès juillet 2015 et avoir "présenté ses observations".

Slimane Laoufi, chef du pôle Emploi privé au sein de l'institution, a déclaré que le Défenseur des droits était "extrêmement choqué par cette décision" des prud'hommes. Il estime que l'explication avancée par le tribunal "se base sur un préjugé, un stéréotype qui n'est pas un fondement juridique". Et de regretter : "Cette ligne de défense est celle de l'avocat du salon de coiffure et le conseil a fait sien cet argument."

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