Mediator : un premier procès pour des indemnisations

(La justice reconnaît pour la première fois la responsabilité de Servier © MaxPPP)

La justice civile se penche ce jeudi à Nanterre sur deux demandes d’indemnisation en raison de la défectuosité du médicament, alors que l’affaire s’enlise sur le plan pénal.

Le tout premier procès sur le fond dans l'affaire du Médiator est prévu ce jeudi à au tribunal de grande instance de Nanterre (Hauts-de-Seine). Ce médicament des laboratoires Servier, un antidiabétique utilisé aussi jusqu’en 2009 comme coupe-faim, aurait provoqué entre 1.300 et 1.800 morts. Contrairement aux épisodes judiciaires précédents, l'audience portant sur des demandes d’indemnisation ne sera pas reportée.

Un premier examen sur le fond

Il ne s'agit pas de la procédure principale, celle qui a été ouverte par le parquet de Paris pour "tromperie aggravée" et "homicides involontaires" . Cette procédure pénale, qui compte une trentaine de mises en examen, n'aboutira pas à un procès avant 2018. Au tribunal de Nanterre, il s'agit d'une procédure civile afin de réclamer des indemnisations, en raison de la "défectuosité" du produit. 

Le tribunal va examiner deux demandes d'indemnisation. Il sera donc clairement question des effets indésirables qu'aurait sciemment ignorés le groupe pharmaceutique. Ce sera bien le premier jugement sur la responsabilité présumée de Servier. 

Un homme de 72 ans, demande 900.000 euros d'indemnisation. De son côté, une femme de 67 ans originaire de la région d'Albi qui a pris du Médiator de 2004 à 2009 réclame 125.000 euros. Cette plaignante souffrant de valvulopathie, c'est à dire une déformation des valves cardiaques, est défendue par l'avocate orléanaise Martine Verdier. "En terme d'indemnisation acceptable, nous n'avons rien" déclare Me Verdier.

 "La vie quotidienne de ma cliente a complètement changé depuis la prise du Mediator."

Un premier procès sur le fond dans l'affaire du Mediator : un reportage de François Guerou, France Bleu Orléans
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Dans ce dossier, la somme réclamée correspond est cinq fois supérieure à ce qu'a proposé Servier lors des discussions à l'amiable. Le jugement, qui ne sans doute rendu que dans un mois, pourrait faire jurisprudence.

"Une histoire ahurissante"

La pneumologue Irène Frachon a lancé l'alerte dès 2008 sur les risques cardiaques liés au Mediator. Invitée de France Info jeudi, le docteur Frachon a regretté que "Servier tente d'acheter le silence des victimes".  

Servier a effectivement versé un nombre conséquent d'indemnisations, non sans avoir contesté chaque étape de la procédure en désarçonnant les victimes (...) Aujourd'hui, Servier bloque ces indemnisations et c'est le contribuable qui va indemniser les victimes les plus gravement malades.

"C'est une histoire ahurissante qui depuis cinq ans voit un laboratoire délinquant, sans foi ni loi, enfumer les autorités de santé, la justice, la sécurité sociale et les victimes" : docteur Irène Frachon
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