Malaise carcéral : les surveillants "n'ont plus d'autorité"

(Thierry Creux Maxppp)

Une centaine de surveillants bloquaient mardi matin l'accès au centre pénitentiaire de Rennes-Vezin. Illustration de la mobilisation des gardiens de prison qui, à l'appel des syndicats FO, SPS et CFTC, dénoncent le manque de sécurité en milieu carcéral. Cette action intervient au lendemain d'une prise d'otage à la prison de Toul et de l'agression quelques jours plus tôt du directeur adjoint de la prison de Condé-sur Sarthe, près d'Alençon, par un détenu.

Depuis 6h00 mardi matin, une centaine de surveillants de prison bloque
l'accès au centre pénitentiaire de Rennes-Vezin. "On bloque tout. On n'a laissé
passer qu'un médecin, une infirmière et un cuisinier
", indique Emmanuel
Baudin, secrétaire interrégional FO.

A l'appel de l'intersyndicale FO-SPS-CFTC, les surveillants de prison du grand Ouest se mobilisent en Bretagne, Basse-Normandie, et Pays de Loire pour dénoncer les
incidents à répétition dans les établissements pénitentiaires. 

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Une recrudescence
des trafics en tous genres, des agressions et des prises d'otages particulièrement
constatée à la maison centrale d'Alençon-Condé. Le dernier incident en date s'est
produit vendredi 10 janvier avec l'agression violente, par un détenu, du directeur
adjoint de l'établissement, Fabrice Morot, qui a reçu plusieurs coups d'une
lame assez longue à la tête et dans le dos.

"On a cru qu'en nous enlevant des moyens de contrainte, on allait acheter la paix sociale" (Emmanuel Baudin, FO)

 Les syndicats dénoncent une situation inacceptable. "C'est tous les jours qu'on m'appelle pour m'annoncer une
agression ici, un trafic de drogue là [... ] On prend des coups, on tombe les uns
après les autres et il faudrait ne rien dire parce qu'on fait un métier
difficile et que ça fait partie des risques ?
", interroge Emmanuel Baudin.

"Les prisons sont aux mains des détenus"

Si les dysfonctionnements sont flagrants à la prison d'Alençon-Condé,
l'exemple n'est pas isolé. "Condé reflète ce qui se passe partout
ailleurs. Les prisons sont aux mains des détenus, le surveillant n'a plus d'autorité,
c'est plus nous qui gérons les prisons. Il faut que les gens le sachent
",
rapporte Emmanuel Baudin. "On a cru pendant des années qu'en donnant
toujours d'avantage à la population pénale, en nous enlevant de moyens de
contrainte, on allait acheter la paix sociale. Ce système ne  marche pas et là on en est arrivé au bout
",
poursuit-il.

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faire beaucoup
"

"Il faut que les politiques prennent leurs responsabilités" 

Mobilisés derrières les organisations syndicales, les surveillants
de prison réclament notamment que les fouilles à corps soient de nouveau autorisées
et appliquées. Ils demandent également la tenue d'Etats généraux sur leurs
conditions de travail et une réforme de la loi pénitentiaire de 2009 qui, en assouplissant les conditions de détention, a selon eux "donné les pouvoir aux détenus" dans les prisons. 

 "Il faut que les politiques prennent leurs responsabilités. Si on est aujourd'hui dans cette situation, c'est à cause d'eux. Ils ont fait des lois qui vont à l'encontre du bon sens. Il  faut remettre tout à plat ", précise Emmanuel Baudin.

 

Armand Minet, de la CFTC Justice ajoute : "On réclame des moyens financiers pour mettre en place des scanners corporels qui permettront d'assurer la sécurité des personnels et des intervenants extérieurs".  

 

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jours 30 à 40 incidents sont signalés par les surveillants du centre
pénitentiaire de Meaux : incivilités, violences, détention de portable...
Le directeur prône des réponses "rapides" même si elles doivent être
plus "légères". 

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