Ligue 1 : des supporters nantais racontent leurs quinze heures de garde à vue à Amiens

Des supporters nantais lors du match Nantes-PSG, le 3 mai 2015 au stade de la Beaujoire, à Nantes (Loire-Atlantique).
Des supporters nantais lors du match Nantes-PSG, le 3 mai 2015 au stade de la Beaujoire, à Nantes (Loire-Atlantique). (JEAN-SEBASTIEN EVRARD / AFP)

Seize supporters du FC Nantes ont été interpellés à Amiens (Somme) avant la rencontre contre Lens. La préfecture avait en effet publié un arrêté interdisant leur présence dans le stade.

Ils devaient passer la soirée en tribune, ils ont fini dans une cellule du commissariat d'Amiens (Somme). Seize supporters nantais ont été interpellés, samedi 23 mai, alors qu'ils se rendaient au stade de la Licorne pour voir le match de la dernière journée de Ligue 1 entre leur club et Lens. Malgré l'arrêté préfectoral, qui interdisait "à toute personne se prévalant de la qualité de supporter du club du FC Nantes, ou se comportant comme tel, d’accéder au stade d’Amiens", ils ne s'attendaient pas à subir un tel traitement.

Plusieurs d'entre eux ont raconté leur mésaventure dans la presse. Voici leurs témoignages.

"Ce que j’ai vécu est totalement disproportionné"

Dans les colonnes de 20 Minutes, Stéphane (un nom d'emprunt) raconte son interpellation. Echarpes de Nantes autour du cou, il se présente au stade avec son cousin. Dès le premier barrage, les policiers l'interpellent. "Nous avons pourtant proposé d’enlever nos écharpes ou même de quitter la ville, mais ils n’ont rien voulu entendre", témoigne-t-il.

Il se retrouve dans une cellule de huit personnes. "C’était sale et ça puait la pisse. Il y avait des toilettes à la turque avec des excréments partout", se souvient le jeune homme de 21 ans. Les policiers lui assurent qu'il sortira avant la fin du match, il reste en fait quinze heures sur place. "Ce que j’ai vécu est totalement disproportionné. Je m’attendais à ce qu’on me jette du stade, mais pas à aller en garde à vue", estime le jeune homme. Il a reçu un simple rappel à la loi pour non-respect de l'arrêté préfectoral.

"J'avais une écharpe dans ma poche"

La soirée avait pourtant bien commencé. Sur le site de la radio locale Côte d'amour, Benoît (un nom d'emprunt) raconte qu'il a même partagé quelques bières avec des supporters lensois dans un parc d'Amiens. Il se présente au stade de la Licorne avec son frère, sans arborer d'écharpe ou de maillots. "Au deuxième contrôle, ils m'ont demandé de vider mes poches. J'avais une écharpe dans ma poche, que je n'avais pas sortie. Dès qu'ils ont découvert l'écharpe, ils m'ont interpellé", raconte-t-il.

Le jeune homme savait qu'un arrêté avait été pris. Mais il ne pensait pas qu'il serait appliqué de manière si draconienne. "Quand il y a eu un arrêté à Nantes contre le PSG, on a vu se pavaner une multitude de supporters parisiens (...) qui n'ont eu aucun problème pour rentrer dans le stade, se rappelle-t-il. On pensait que ce serait la même chose".

"Nous avons juste échappé aux menottes"

Mathieu n'a pas eu le temps d'arriver au stade. Comme il le raconte sur le site Beesport.fr, il a fait la "grave erreur" de s'y rendre dans une voiture immatriculée en Loire-Atlantique. Le véhicule est arrêté à un barrage routier, les gendarmes le fouillent. "Il n'y avait aucun signe s'apparentant au FC Nantes, que ce soit sur nous ou même dans la voiture", écrit le supporter. Mais leur plaque d'immatriculation et leur billet pour le match suffisent à motiver leur interpellation. "Nous avons juste échappé aux menottes", ironise-t-il.

En cellule, il retrouve des supporters nantais et lensois, une situation paradoxale puisque l'arrêté préfectoral est justement motivé par le "contentieux permanent" qui opposerait les deux camps. "Il faut croire que le fort contentieux entre supporters des deux équipes a ses limites, limité surtout par la place dans les cellules", ironise Mathieu. Comme les autres, il passe la nuit en cellule, "une nuit plus que rude, entassés à huit, à dormir à même le sol avec quatre couvertures pour seul réconfort".