Les raisons de la garde à vue de Bernard Squarcini, ancien patron du renseignement intérieur

Bernard Squarcini, l\'ancien patron du renseignement intérieur, arrive au tribunal, à Paris, le 18 février 2014.
Bernard Squarcini, l'ancien patron du renseignement intérieur, arrive au tribunal, à Paris, le 18 février 2014. (FRANCOIS GUILLOT / AFP)

L'ex-"grand flic" a été entendu pendant deux jours, dans le cadre d'une information judiciaire ouverte, notamment, pour trafic d'influence.

Le "Squale" en eaux troubles. L'ex-patron du renseignement intérieur Bernard Squarcini a été entendu, dans les locaux de la division nationale de l'Inspection générale de la police nationale (IGPN), la "police des polices", du lundi 26 au mercredi 28 septembre. Au terme de sa garde à vue, décidée dans le cadre d'une information judiciaire ouverte pour trafic d'influence, violation du secret et compromission du secret défense, Bernard Squarcini a été mis en examen, mercredi.

La justice soupçonne Bernard Squarcini, qui a monté une société de conseil, Kyrnos, d'avoir utilisé ses réseaux policiers pour ses nouvelles activités. Franceinfo revient sur cette affaire.

Entendu dans une enquête ouverte pour trafic d'influence

Pour comprendre cette garde à vue, il faut revenir en 2012. Au lendemain de la victoire de François Hollande, Bernard Squarcini est écarté de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI, devenue DGSI), en raison de sa grande proximité avec Nicolas Sarkozy. Il décide alors de fonder une entreprise spécialisée dans l'intelligence économique. Baptisée Kyrnos, elle voit le jour en 2013. "Parmi ses principaux clients : le groupe de luxe LVMH, pour lequel il est chargé officiellement d'aider à la lutte contre la contrefaçon", précise Le Monde, dans un article publié mardi.

Rebondissement en avril 2016. Des documents sont saisis lors de perquisitions au domicile parisien de Bernard Squarcini et au siège de sa société, dans le cadre de trois enquêtes, dont celle sur les accusations de financement libyen de la campagne électorale de Nicolas Sarkozy pour la présidentielle de 2007. Les policiers de l'office de lutte contre la corruption repartent avec l'iPad personnel de l'ancien "grand flic", ainsi que de nombreux documents. Une enquête est ouverte. Elle est confiée à l'IGPN et à la DGSI.

Une utilisation de ses réseaux policiers au profit de ses clients et sa famille politique ?

Depuis, un "rapport au contenu explosif", dixit Le Monde, a refait surface. Il s'agit d'écoutes téléphoniques réalisées entre mars et avril 2013 dans le cadre d’une enquête visant l'homme d'affaires Ziad Takieddine. Selon le quotidien, ce document "illustre comment Bernard Squarcini a mis à contribution son réseau de contacts dans la police afin de servir ses intérêts, ceux des entreprises pour lesquelles il travaillait ainsi que ceux de sa famille politique".

Le Monde évoque notamment des écoutes du 4 avril 2013, dans lesquelles Michel Gaudin, ancien directeur de cabinet de Nicolas Sarkozy, demande à Bernard Squarcini une note sur l'affaire du compte non déclaré de l'ex-ministre du Budget, Jérôme Cahuzac. Un moyen de tirer profit de cette séquence pour attaquer François Hollande, s'interroge le quotidien ? Michel Gaudin a été interrogé en audition libre par "la police des polices" lundi soir. 

D'après Le Monde, dans la foulée, Bernard Squarcini a appelé une collaboratrice du groupe LVMH, pour lui demander si la note sur cette affaire intéressait son nouvel employeur. Puis, en mars 2013, selon ce rapport, il communique à un cadre de LVMH chargé de la sécurité des éléments sur les investigations du juge Jean-Michel Gentil dans l'affaire Bettencourt, qui semblent inquiéter le groupe de luxe.

Lundi, un ancien cadre sécurité de LVMH a été placé en garde à vue. Mardi, c'est un ancien magistrat, aujourd'hui cadre dans la sécurité du groupe de luxe, qui a été convoqué devant le juge d'instruction, après avoir été interrogé, lui aussi, en garde à vue.

Des liens supposés avec l'ex-patron de la PJ parisienne

Lundi, l'ancien patron du 36, quai des Orfèvres, Christian Flaesch, a été interpellé à son domicile parisien, où une perquisition a été menée. "Un traitement exceptionnel pour un ancien grand patron de la police", a soufflé une source policière. Sa garde à vue a été levée, mardi soir. Convoqué à une date ultérieure devant le juge d'instruction "aux fins de mise en examen", il pourrait ressortir de cette audition avec le statut intermédiaire de témoin assisté. Bernard Squarcini l'aurait sollicité en avril 2013 pour obtenir des informations sur une enquête ouverte après une plainte de Hermès contre LVMH. 

A la fin décembre de la même année, Christian Flaesch avait quitté son poste de chef de la PJ parisienne après une mise en garde du parquet général de la cour d'appel de Paris à propos d'un appel qu'il avait passé à son ancien ministre de tutelle, Brice Hortefeux. Dans cette conversation, il semblait lui indiquer comment préparer une audition dans un des dossiers judiciaires mettant en cause également Nicolas Sarkozy.

Par ailleurs, Bernard Squarcini est visé par une autre enquête préliminaire ouverte pour trafic d’influence, toujours en cours au parquet de Paris, mais ce n'est pas la même affaire. C'est un contrat conclu entre sa société et le cigarettier américain Philip Morris qui est au cœur de cette procédure.