Les policiers français à deux doigts du "burn-out"

(Charles Platiau Reuters)

Une enquête menée par le CNRS et révélée mercredi par le syndicat Alliance tente de comprendre le "blues des policiers". Hiérarchie à l'ancienne, mauvaise image, conditions de travail difficiles ou faible rétribution sont invoquées pour expliquer "l'épuisement professionnel" qui gagne l'institution.

19 janvier 2013, un policier d'une trentaine d'années se tire une balle de fusil de chasse dans la tête, chez lui, au Mans, après une mutation. 20 décembre 2012, un autre, même âge, se tue avec son arme de service dans les vestiaires du commissariat d'Avignon. La liste est longue. Certains ont même tenté d'en tenir les comptes, comme ce blog ou le site Victimes du devoir. Ou de se faire le porte-voix des policiers en détresse, comme Police, le blog d'un ex-flic. Mais c'est surtout un rapport de Inserm en 2010 qui a évalué entre 45 et 50 le nombre de suicides par an dans la police française, soit un taux 36% supérieur à celui du reste de la population. 

Les raisons du malaise

Entre ces suicides et le ras-le-bol quasi-général, le malaise d'une profession. Cette nouvelle enquête menée par un chercheur du CNRS et le syndicat Alliance de mai 2011 à janvier 2012 a donc tenté de comprendre les raisons de ce malaise. Près de 13.000 policiers, de tous grades, ont accepté de répondre anonymement, en ligne, aux 250 questions de l'étude. Et de pointer les raisons de leur stress. "La police se livre ", titre Le journal du CNRS

> Une hiérarchie trop directive
"Le supérieur hiérarchique ne se positionne pas comme un véritable manager, c'est-à-dire un leader capable de fédérer ses équipes, de les aider et de les former , note Mathieu Molines, le chercheur du CNRS, mais plutôt comme un superviseur qui exerce essentiellement un rôle de contrôle ". Les policiers en outre ne se sentent pas soutenus par leur institution. 40% jugent d'ailleurs que la police ne reconnaît pas leurs efforts au travail. Et 70% que "seuls les policiers qui font du chiffre sont reconnus ". 

>   Le sentiment d'être incompris
Incompris de la justice, des médias et des gens. 85% des policiers estiment que les juges discréditent leur travail. 87% que la presse les dévalorisent aussi. Et 59% estiment "avoir une mauvaise image auprès des gens ". 

> La crainte de s'endurcir
Confrontés à de fréquentes agressions verbales - 3 à 5 par semestre en moyenne - 38% des gardiens de la paix redoutent de trop s'endurcir émotionnellement. La grande majorité toutefois s'estime compétente et efficace au travail.

> Un épuisement professionnel latent
L'enquête a tenté de mesurer ce que l'on appelle le "burn-out", ou "épuisement professionnel". Il apparaît ainsi que 62,2% des policiers souffre d'un manque d'accomplissement personnel dans leur métier, ce qui "confirme la démotivation importante des forces de police face à une situation difficile ", indique le rapport. 

>  Réécouter LE PLUS de France Info du 10-11-11  À la clinique des policiers en souffrance

Les 110 propositions pour le bien-être policier

Fort de ces résultats, le syndicat Alliance a saisi le ministère de l'Intérieur et promet de lui transmettre une liste de 110 propositions pour répondre à ce qu'il nomme "le blues des policiers ". La police nationale néanmoins a pris les devants en installant depuis le 1er janvier dernier des "pôles de vigilance suicide" dans chaque département, pour répondre à l'une des préconisations de l'Inserm, soit une meilleure coordination entre médecins, assistants sociaux et psychologues de la police. Mais les syndicats sont très critiques, notamment la CGT-police, car ces pôles ont la possibilité d'alerter la hiérarchie. 

Reste que si l'on se suicide proportionnellement plus dans la police que dans le reste de la fonction public ou de la population en général, le chiffre est en recul par rapport aux années 80 et 90. La police avait même connu un pic de suicides en 1996, avec 71 cas. Peut-être la fierté. Celle d'appartenir à la Grande Maison. C'est le point positif de l'enquête du CNRs et d'Alliance. 80% des personnes interrogées se disent fières d'être policiers.  

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