"J'étais là comme suspecte", affirme la journaliste du Monde Ariane Chemin, après sa convocation par la DGSI

La journaliste du Monde Ariane Chemin lors de son interview sur France Inter, le 30 mai 2019.
La journaliste du Monde Ariane Chemin lors de son interview sur France Inter, le 30 mai 2019. (CAPTURE D'ECRAN FRANCE INTER / RADIO FRANCE)

Sur France Inter, la journaliste a raconté son entretien avec les services de sécurité intérieure, après avoir révélé le nom d'un membre des forces spéciales dans un article sur l'affaire Benalla.

"On a l'impression d'une erreur de casting", a confié jeudi 30 mai sur France Inter  Ariane Chemin, après sa convocation mercredi par la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI). La journaliste du Monde était entendue dans le cadre d'une enquête pour "révélation de l'identité d'un membre des forces spéciales". Elle avait publié le nom de cette personne dans un article sur l'affaire Benalla. Ariane Chemin en est convaincue : "J'étais là comme suspecte."

France Inter : Comment s'est passée cette audition ?

Ariane Chemin : C'est d'abord une expérience journalistique parce que, même si c'est la DGSI et pas la DGSE [la Direction générale de la sécurité extérieure], ça ressemble quand même un peu au Bureau des légendes [une série télévisée sur la DGSE]. On arrive au quatrième sous-sol : c'est gris, il y a des néons, une paire de menottes qui pendouille à côté de vous. Vous êtes interrogé dans un cadre qui est normalement réservé à des personnes soupçonnées de terrorisme. On a donc l'impression d'une erreur de casting. Je ne suis pas traumatisée : j'ai davantage pensé à des jeunes journalistes comme ceux de Disclose, qui n'avaient pas un journal influent ou une rédaction influente derrière eux, comme à Radio France et au Monde. Je pense que c'est plus compliqué pour eux que pour moi.

Comment cela se passe-t-il ? Combien de temps cela dure-t-il ?

Ça dure une petite heure. On vous demande de décliner votre identité, puis on vous pose beaucoup de questions. Vous pouvez évidemment choisir de garder le silence parce que vous avez la possibilité de vous abriter derrière la loi sur la presse de 1881, dont l'article 2 précise que vous pouvez garder le secret des sources. C'est ce que j'ai fait dans une déclaration liminaire.

Que voulaient-ils savoir ?

C'était fait de manière habile : on ne m'a pas demandé directement quelles étaient mes sources. On m'a précisé que cela n'avait rien à voir avec l'affaire Benalla, ce qui est totalement faux puisque le titre de l'article comportait ces deux mots. On a essayé de savoir comment j'avais vérifié mes informations et, surtout, on a essayé de m'expliquer, en me lisant les articles de lois et en me posant mille questions, que ce que j'avais fait était très grave. J'étais là comme suspecte.

On vous reproche d'avoir révélé l'identité d'un membre des forces spéciales, ce qui est interdit par l'article 413-14 du code pénal…

Je n'ai pas révélé le nom de Chokri Wakrim : nous avons raconté qu'il était un ancien des forces spéciales. Je tiens à rappeler le contexte : c'est un ami d'Alexandre Benalla, c'était le compagnon du chef de la sécurité de Matignon qui, la pauvre, a été obligée de démissionner à cause de cette affaire. Je rappelle qu'une enquête est ouverte pour corruption au parquet national financier puisque Chokri Wakrim est soupçonné d'avoir participé à un contrat qui a été noué entre Alexandre Benalla, au cœur-même de l'Élysée, et un oligarque russe proche, dit-on, de milieux pas très fréquentables en Russie. C'est réfléchi, pesé. Ça me paraît être un intérêt légitime pour les lecteurs.

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