En prison depuis six ans, Florence Cassez ne sera pas libérée

Florence Cassez et son ancien compagnon, Israel Vallarta, lors de leur arrestation mise en scène pour les caméras de télévision, le 9 décembre 2005 dans les environs de Mexico.
Florence Cassez et son ancien compagnon, Israel Vallarta, lors de leur arrestation mise en scène pour les caméras de télévision, le 9 décembre 2005 dans les environs de Mexico. (REUTERS)

Depuis six ans, la française Florence Cassez affirme qu'elle est innocente. Après avoir exploré tous les méandres de la justice mexicaine, la Cour suprême vient encore de lui refuser une libération immédiate.

Elle clame son innocence depuis le début d'une affaire tortueuse, interminable, qui mêle fait divers, raison d'Etat et pressions diplomatiques. Florence Cassez ne sera finalement pas libérée mercredi 21 mars, après plus de six ans de détention au Mexique. Six ans au cours desquels la Française anonyme partie tenter l'aventure dans ce pays a croisé personnages louches et responsables politiques jusqu'à déclencher une crise diplomatique et provoquer une brouille entre chefs d'Etat.

Les récentes conclusions d'un juge mexicain avaient fait naître l'espoir. Son père prenait alors cette nouvelle avec des pincettes : "On va rester très prudent, parce que des déceptions, on en a essuyé plusieurs." La famille Cassez est une habituée des douches glacées.

L'impatiente

La biographie de Florence Cassez veut qu'elle soit impatiente. Née à Lille en 1974, elle quitte l'école à 16 ans. Dans un livre qu'elle a publié en 2010*, elle se flagelle un peu, admet qu'elle "en voulait trop, tout de suite""Le système éducatif n'était pas fait pour moi : j'étais trop impatiente, trop impulsive et les cours ne m'intéressaient pas." Elle veut prouver qu'elle peut s'en sortir par la force de sa volonté. Papa est patron de PME dans le textile et chacun doit réussir par lui-même.

Elle travaille dans un magasin de meubles et de linge à Dunkerque. C'est une bosseuse. Chef de rayon, responsable de secteur, directrice de la succursale de Calais : "J'avais 27 ans et 27 vendeuses avec moi." A 28 ans, elle n'obtient pas un nouveau poste et démissionne.

Le frère

2003. Coup de fil salvateur de son frère. Elle part le rejoindre au Mexique. Sébastien a créé une entreprise. Il vit dans l'opulence des expatriés qui réussissent.

Le business tourne bien mais il a un associé douteux dans sa boîte vendant des produits parapharmaceutiques : Eduardo Margolis. "On le dit à la fois proche du pouvoir et lié aux cartels de la drogue", dit-elle. L'homme s'est diversifié dans un tas de branches différentes, mais notamment dans la sécurité. Les deux associés finissent par se séparer et ça ne se passe pas bien. Dans un entretien au site internet destiné aux Français de l'étranger Le Petit Journal, Sébastien Cassez affirme avoir "reçu des menaces de mort et de kidnapping sur nos enfants, par téléphone".

Mais avant cela, le frère providentiel présente Israel Vallarta à Florence Cassez. Elle tombe amoureuse de celui qui se présente comme un vendeur de voitures. Ils s'installent ensemble dans un ranch près de Mexico à partir d'octobre 2004.

L'amant

L'histoire d'amour capote. Florence Cassez rentre un peu en France et ne trouve pas de travail. Elle revient au Mexique. Squatte un peu chez lui : "On tombe d'accord : il me loge mais on fait chambres séparées", dit-elle dans un article de Libération. La jeune femme se trouve un appartement à elle, un job dans un grand hôtel et passe récupérer ses affaires. Au retour, la police les intercepte à un barrage. Patatras. Le 8 décembre 2005, l'affaire Florence Cassez commence.

A moins que ce ne soit le lendemain, le 9 décembre 2005. Florence Cassez vient de passer 24 heures dans une camionnette. Les policiers lui ont expliqué que son ex dirige Los Zodiacos, un groupe qui a une dizaine d'enlèvements et un meurtre à son actif. Il a avoué. Des caméras de télé débarquent au petit matin et filment la police. Les agents libèrent trois "otages" amenés là opportunément. Caméra braquée sur le visage, micro tendu. Elle, emmitouflée dans une couverture, regard affolé : "J'en sais rien, je ne sais rien."

Le chef de la police

La jeune femme n'aura de cesse de clamer son innocence. Dans un pays où les enlèvements sont une plaie qui fait 8 000 victimes par an, elle devient "Florence la diabolique". Comment pouvait-elle ignorer qu'on détenait des otages dans la maison où elle vivait ? Charlotte et Bernard, ses parents, n'y croient pas. Pourtant, le 27 avril 2008, elle est condamnée à 96 ans de prison, dont 20 de peine effective. Son ex-compagnon la protège, dit qu'elle est innocente. Une "farce", dénonce la jeune femme, qui fait appel. Le 3 mars 2009, elle récolte le triple : 60 ans ferme.

Pourtant, l'enquête est truffée d'incohérences, comme l'explique encore Libération à plusieurs reprises ou La Voix du Nord. Le ministre de la Sécurité publique, qui dirigeait alors la police fédérale, Genaro García Luna, reconnaît avoir organisé une mise en scène. Aucun complice n'est arrêté. Les otages auraient été laissés seuls. Le dossier de 10 000 pages en contient à peine 20 sur Florence Cassez. Un des otages l'identifie mais son témoignage est "confus", souligne Libé. Les autres otages affirment ne pas la connaître dans un premier temps, pour changer subitement d'avis après un passage chez de hauts responsables de la police. Des journalistes qui enquêtent se disent menacés. Un témoin soutient en 2010 l'avoir accusée sous la torture.

Dans une vidéo, la journaliste Florence Aubenas raconte l'enquête qu'elle a menée pour Le Nouvel Observateur et sa vision de la justice mexicaine.

Les présidents

Au Mexique, malgré les déclarations de l'ex-procureur général du Mexique qui se dit "convaincu" de l'innocence de Florence Cassez, tout comme l'Eglise mexicaine, l'opinion ne voit pas les choses de la même manière. "Je ne vous laisserai pas tomber, Florence. Il faut me faire confiance. J'ai un plan en tête. C'est comme si vous étiez de la famille", déclare le président français, invité au Mexique en mars 2009. Pourtant, son homologue mexicain, Felipe Calderon, refuse son extradition.

Le 10 février 2011, la Cour de cassation mexicaine rejette le recours des avocats, rendant définitive la condamnation. Le ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand, parle d'une "affaire d'Etat". La ministre des Affaires étrangères, Michèle Alliot-Marie, juge que "sa présomption d'innocence n'a pas été respectée" et fait part de son "indignation".

De son côté, Nicolas Sarkozy reçoit les parents Cassez. Il n'hésite pas à leur dire que l'Année du Mexique en France sera dédiée à la jeune femme. Le sang de Felipe Calderon, qui joue sa réélection en 2012 comme le président français, bouillonne. L'affaire tourne à la crise diplomatique. Mexico se retire de l'événement le 14 février 2011.

Finalement, les avocats de Florence Cassez tentent une ultime parade. Ils déposent un recours en révision pour inconstitutionnalité en mars 2011. Dans son rapport, le juge Arturo Zaldivar souligne que "les témoignages des victimes, ainsi que les déclarations des policiers, sont le produit d'une déformation de la réalité provoquée par l'Agence fédérale d'investigation", le FBI mexicain.

* A l'ombre de ma vie, prisonnière de l'Etat mexicain (Michel Lafon).

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