En quatre actes, la tension croissante entre Mourad Boudjellal et RTL

Le président du RC Toulon, Mourad Boudjellal, et le directeur général, Patric Bouquet, lors d\'une conférence de presse, le 8 septembre 2015, à Toulon (Var).
Le président du RC Toulon, Mourad Boudjellal, et le directeur général, Patric Bouquet, lors d'une conférence de presse, le 8 septembre 2015, à Toulon (Var). (ANNE-CHRISTINE POUJOULAT / AFP)

Le président du club de rugby de Toulon (RCT) s'en prend à la journaliste de la radio qui a révélé des soupçons de dopage.

Le ton monte entre Mourad Boudjellal et RTL. La radio a relayé des soupçons de dopage, qui semblent finalement être sans fondement, selon le procureur de la République de Marseille. Le président du club de rugby de Toulon (RCT) annonce qu'il va porter plainte contre "une enquête à charge" et menace de révéler le "06" de la journaliste, dont RTL défend le travail. 

Acte 1 : RTL révèle les soupçons de dopage

Mardi 8 septembre, une information judiciaire visant des pharmacies de Toulon est ouverte à Marseille après une notification de l'Agence française de lutte contre le dopage (AFLD), indique le parquet. RTL révèle que ces pharmacies sont soupçonnées "d'approvisionner illégalement des joueurs du RC Toulon en produits", citant des "antibiotiques, des antalgiques, mais aussi des stéroïdes anabolisants".

"Il s'agit du non-respect de la réglementation du Code de la santé publique en matière de délivrance de médicaments" par des pharmacies de Toulon, précise le procureur de la République de Marseille, Brice Robin. Néanmoins, selon lui, "on est assez éloigné du dopage". RTL affirme que les cartes Vitale de plusieurs joueurs ont été retrouvées lors d'une perquisition dans une pharmacie de Toulon.

Acte 2. Mourad Boudjellal réfute l'accusation de dopage

Le détail des cartes Vitale surprend Mourad Boudjellal, président du RC Toulon. Mardi 8 septembre, il affirme qu'il s'agit d'une"affaire d'escroquerie, pas d'une affaire de dopage".

"Ce que je crois, c'est qu'il y a eu des faux, beaucoup de faux, mais cela ne concerne pas que nous, apparemment. (...) Mes joueurs sont surcontrôlés, et en aucun cas, ils n'ont pris de produits dopants, martèle le patron du club champion d'Europe en titre lors d'une conférence de presse à Toulon. S'il y a un club qui est contrôlé, c'est nous, et je réponds totalement de mes joueurs. La seule chose qui est dopée ici, c'est le budget."

Acte 3: Mourad Boudjellal veut porter plainte contre RTL

Dans une conférence de presse, vendredi 11 septembre, Mourad Boudjellal annonce son intention de porter plainte contre RTL. "Depuis le début de la semaine, on associe l'image du RCT à 'dopage'. Le préjudice est énorme. On va porter plainte contre RTL". Il ajoute : "Le procureur, le responsable de la lutte antidopage à la fédération ont précisé que ce n'était pas un problème de dopage. Que faut-il maintenant ? Que François Hollande affirme lui aussi que ce n'est pas une affaire de dopage ?" 

Il accuse ensuite violemment la journaliste de RTL, Elisabeth Fleury,  d'avoir mené "une enquête à charge". Ce tweet témoigne du registre de l'attaque:

Le président du club menace enfin de révéler aux supporters le numéro de téléphone portable de la journaliste. "Ecoute Elisabeth. Ton numéro de portable c'est le 06 71... Je donne la suite sur les écrans géants du stade Mayol demain avant le match. Je ne vais pas hésiter une seconde. Tu as une après-midi pour changer de téléphone", a-t-il déclaré.

Acte 4 : RTL dénonce des "méthodes inacceptables"

"Les méthodes d'intimidation de M. Boudjellal sont inacceptables", réplique RTL dans un communiqué le même jour. La radio soutient sa journaliste Elisabeth Fleury "après les propos déplacés, insultants et menaçants tenus" par le président du club. "Le sérieux du travail d'enquête mené par la journaliste Elisabeth Fleury ne peut pas être remis en cause", ajoute la direction.

La Société des journalistes de RTL (SDJ) apporte également dans un communiqué son "soutien sans réserve à Elisabeth Fleury, dont le sérieux et le professionnalisme ne sont plus à prouver", et fait part de son "dégoût envers ces méthodes d'une misogynie affligeante". La journaliste, elle, n'exclut pas de porter plainte "s'il passe aux actes et qu'il révèle mon numéro de portable à la terre entière".