Sketchs édulcorés et public au rendez-vous pour le nouveau spectacle de Dieudonné

Des spectateurs patientent avant la représentation d\'\"Asu Zoa\", lundi 13 janvier 2014, devant le théâtre de la Main d\'Or, à Paris.
Des spectateurs patientent avant la représentation d'"Asu Zoa", lundi 13 janvier 2014, devant le théâtre de la Main d'Or, à Paris. (PATRICK KOVARIK / AFP)

L'humoriste donnait les deux premières représentations d'"Asu Zoa", après les interdictions du "Mur", lundi, au théâtre de la Main d'Or, à Paris. Francetv info a assisté au spectacle.

"Ah, j'vous jure, quelle aventure !" Avec une demi-heure de retard, Dieudonné ouvre la deuxième représentation de la soirée de son nouveau spectacle, Asu Zoa, lundi 13 janvier. La salle de 200 personnes du théâtre de la Main d'Or, à Paris, est comble. Le public, chauffé à blanc, éclate de rire dès les premières secondes. L'un d'eux, une kippa sur la tête, tient un carton sur lequel est inscrit "Valls".

Les passages les plus choquants du "Mur" ont été enlevés

Echaudé par les interdictions de jouer son précédent spectacle dans plusieurs villes, Dieudonné glisse bien quelques allusions à ses propos polémiques et à ses récents déboires, mais il prend soin de s'arrêter juste à temps. "François Hollande... Je préférais ceux avec une casquette et une moustache, il y avait un côté Mario Bros." Un peu plus tard, au sujet la ministre de la Justice, Christiane Taubira : "J'ai envie de lui mettre une Juif... Euh, une gifle." Eclats de rire. Un peu plus tard, au moment d'interpréter Guillaume, nazi belge passé par le Front de gauche : "Tous les chemins mènent à Nuremberg."

Mais à aucun moment, la Shoah n'est nommée. Pas de trace, non plus, de la chanson Shoahnanas, qui lui a déjà valu d'être condamné. "Je ne suis pas antisémite", lance Dieudonné. Et si le décor est resté, plusieurs passages du Mur ont disparu, comme les allusions à Pétain ou aux chambres à gaz. A priori, ce nouveau spectacle ne comporte plus rien de répréhensible.

Quelques personnalités sont tout de même pointées du doigt. A commencer par Alain Jakubowicz, président de la Licra, au centre d'un sketch. Sur scène, un personnage dominateur, supposé tout-puissant : "J'ai vu Manuel Valls ce matin. Je l'avais convoqué à 7 heures, il est venu à 6 heures... Il rampait." Ou le journaliste de France Inter, Patrick Cohen, cible d'une odieuse plaisanterie liée aux chambres à gaz, lors du précédent spectacle. "Vous saviez qu'il était neurologue", se gausse cette fois l'humoriste, devant un public aux anges. Une fois de plus, il moque Elie Semoun, son ancien partenaire de jeu, qui n'arriverait plus à remplir les salles. "Il a voulu faire ma première partie. Je lui ai dit : 'Non Elie, tu vas trop loin'".

"Il est inattaquable sur ce spectacle"

Le public, lui, est parfois plus vindicatif. Au nom de Christiane Taubira, un spectateur d'origine maghrébine lance un cri de guenon. Quand Dieudonné invite les objecteurs de conscience à aller voir un autre spectacle, les réponses fusent : "Arthur", "Elie Semoun" – encore et toujours –, ou "Ariel Sharon". L'humoriste feint la gêne : "Arrêtez, j'ai assez d'emmerdements."

Dieudonné enchaîne les sketchs sur les tirailleurs sénégalais, les Blancs – "qui ressemblent aux méduses" –, les Noirs, l'adoption homosexuelle en Afrique, les pédophiles satanistes des hautes sphères... Autre cible appréciée de Dieudonné, les médias. L'occasion de régler ses comptes avec "BFMTivi", qu'il accuse d'avoir survolé sa maison en hélicoptère, mercredi 8 janvier. A chaque fois, l'humour est un peu raide, mais c'est à peu près tout. Avant de finir, il "glisse" quelques quenelles, pour rendre hommage à un fan mort d'un cancer généralisé un an plus tôt. Puis, après 1h20 de spectacle, rideau. Le public est debout. Ni rappel, ni dédicace.

Le nom du nouveau spectacle de Dieudonné \"Asu Zoa\" a été écrit au marqueur sur un ticket du spectacle initialement prévu, \"Le Mur\", lundi 13 janvier 2014, à Paris.
Le nom du nouveau spectacle de Dieudonné "Asu Zoa" a été écrit au marqueur sur un ticket du spectacle initialement prévu, "Le Mur", lundi 13 janvier 2014, à Paris. (FABIEN MAGNENOU / FRANCETV INFO)

Direction le Comptoir de la quenelle, à côté de la salle, pour siroter un "cocktail Mahmoud" (du nom d'un ancien spectacle) ou un "mojito halal". Puis le Hezbollah Club, qui propose des tee-shirts et des DVD du spectacle interdit Le Mur, vendus 43 euros. A la sortie, Frédéric a le sourire aux lèvres. "Il est inattaquable sur ce spectacle. Tout le monde en prend pour son matricule. Je vais voir un humoriste. Vous, les médias, en avez fait un politicien."

Aucun incident, malgré le ressentiment envers les médias

Dès 20 heures, avant la première représentation, la file d'attente s'étirait sur 50 mètres. Les places se sont très vite arrachées, après l'officialisation des représentations, trois heures plus tôt. "Nous étions au courant dès dimanche, mais le suspense a duré jusqu'au bout", explique Julien, sans discours militant. Il est venu voir un spectacle, point barre. La sécurité du théâtre, sur les dents, poursuit un photographe, accusé d'avoir pris d'autres groupes que ceux qui lui étaient indiqués. Fausse alerte. Une équipe de télé a, elle, été contrainte d'effacer ses enregistrements de la première représentation.

Bonnet vissé sur la tête, d'où dépassent quelques mèches, un autre spectateur présent ce soir-là avait déjà vu le spectacle précédent, Le Mur, à trois reprises. Tout en vidant une bière, ce futur ingénieur du son estime que "Dieudonné est un peu le martyr de la liberté d'expression", le seul à accepter "une vraie prise de risque". Une quinquagénaire aux cheveux blancs s'approche. "Dites, savez-vous s'il est interdit de chanter 'Shoahnanas' ? Parce que sinon, il ne faut pas s'en priver !" Eliane, traductrice d'espagnol, est venue par curiosité, outrée par la décision du Conseil d'Etat. "Dans 'Le Mur', j'ai entendu dire qu'il y avait une dénonciation de la pédophilie. Or, il y en a beaucoup au pouvoir." Le public, éclectique, nourrit des théories variées.

Tous partagent cependant une défiance à l'endroit des médias. Pendant qu'une journaliste explique qu'il n'y a pas eu d'accréditation pour le spectacle, un spectateur hausse les épaules. "Et ils s'étonnent." Un peu plus tard, un soutien de l'humoriste débarque dans la rue, un tee-shirt floqué d'une caricature de Dieudonné. "Médias vendus, médias sionistes !" Ce qui a le don de déclencher quelques rires dans la file d'attente et de réchauffer l'assemblée. De temps en temps, quelques voisins pointent le bout du nez, plus ou moins agacés, à travers les fenêtres éclairées des immeubles voisins. "Vos gueules", lance du ciel une riveraine, entre les deux représentations. Tout au long de la soirée, la demi-douzaine de camions de CRS dépêchée sur place est restée sagement garée au bout de la rue.

Vous êtes à nouveau en ligne