Ce que la justice reproche à Igor et Grichka Bogdanoff mis en examen pour "escroquerie"

Igor et Grichka Bogdanoff, le 27 août 2015, lors de l\'université d\'été du Medef à Jouy-en-Josas (Yvelines).
Igor et Grichka Bogdanoff, le 27 août 2015, lors de l'université d'été du Medef à Jouy-en-Josas (Yvelines). (ERIC PIERMONT / AFP)

Les frères jumeaux, connus pour leurs émissions et leurs livres de vulgarisation scientifique, ont été mis en examen jeudi pour "escroquerie sur personne vulnérable" et "tentative d'escroquerie".

Le vaisseau des frères Bogdanoff est entré dans une zone de turbulences. Jeudi 21 juin, Igor et Grichka Bogdanoff ont été mis en examen pour "escroquerie sur personne vulnérable" et "tentative d'escroquerie". Les jumeaux de 68 ans ont été placés sous contrôle judiciaire. Voici que l'on sait de l'affaire au centre de laquelle se trouvent les deux stars de la vulgarisation scientifique.

Soupçon d'escroquerie sur fond de production de film

Igor et Grichka Bogdanoff sont soupçonnés d'avoir escroqué une de leur connaissance : un Parisien d'une cinquantaine d'années qui se dit producteur de cinéma. Cet homme est considéré comme vulnérable par la justice, car il est placé sous tutelle ou sous curatelle, sans que l'on sache exactement quel est son statut. Selon Le Parisien, les jumeaux avaient tissé des liens avec leur victime présumée.

L'escroquerie porterait sur plusieurs centaines de milliers d'euros. D'après Le Parisien, ils sont soupçonnés d'avoir dérobé 800 000 euros à cet homme en lui faisant miroiter de "juteux placements, dans des projets artistiques, cinématographiques et scientifiques, mais aussi dans l'achat de véhicules de luxe"

Les jumeaux ont été placés en garde à vue mardi dans le cadre d'une enquête conduite par un juge d'instruction. Interrogés pendant 48 heures, ils ont été présentés au magistrat qui les a mis en examen et placés sous contrôle judiciaire. Un troisième protagoniste, entendu lui aussi en garde à vue, a été mis en examen, et placé sous contrôle judiciaire par le juge des libertés et de la détention.

Igor et Grichka Bogdanoff se disent "victimes d'une réalité parallèle"

Les frères Bogdanoff se sont défendus dans un communiqué, diffusé vendredi par le biais de leur avocat. Les Bogdanoff "contestent fermement" les faits qui leur sont reprochés et entendent démontrer "leur parfaite innocence". "Nous n’avons jamais perçu aucune somme de notre ami, contrairement à ce qui a été rapporté de manière délirante", affirment les jumeaux.

Les anciens animateurs de télévision disent avoir rencontré leur " ami producteur du film Le Noni", où ils avaient été engagés comme acteurs, en octobre 2017. L'homme était alors, selon eux, "parfaitement sain d’esprit" et "exerçait normalement son métier de producteur". C’est dans ce cadre, que cet homme a souhaité "participer à la production et à la mise en œuvre de nos projets en cours, ce que nous avons accepté de toute bonne foi", poursuivent-ils. 

Dans Le Parisien, Grichka Bogdanoff décrit un autre scénario et évoque une autre transaction. Les jumeaux auraient voulu relancer leur célèbre émission télé "Temps X" sur YouTube en partenariat avec leur "ami" : "Nous avons cédé 50 % de la marque à Cyrille, explique Grichka. Soit deux chèques de 125 000 euros qui, ajoutés à la vente de la moitié de la maison d’Igor, ont entraîné le signalement Tracfin", avance-t-il. Et Grichka Bogdanoff accuse l'ex-compagne de leur victime présumée et précise que cette dernière ne serait pas encore placée sous tutelle ou sous curatelle : "Il est en conflit avec son ex-épouse, laquelle a initié cette procédure." "Nous sommes victimes d’une réalité parallèle", plaide Grichka Bogdanoff.

Ils ont déjà eu maille à partir avec la justice

Igor et Grichka Bogdanoff sont devenus célèbres pour avoir lancé, en 1979, la première émission télévisée de science-fiction, "Temps X", sur TF1. Jusqu'en 1987, ils y parlent du train du futur, d'intelligence artificielle, d'astronomie ou d'Ovnis, dans un décor de vaisseau spatial, avec leurs combinaisons futuristes, leur léger accent russe et leur regard au laser.

Ils disparaissent ensuite des écrans pendant une dizaine d'années, le temps d'étudier, de rédiger leurs thèses, d'écrire des ouvrages – sous le nom de Bogdanov depuis le début des années 1990 – comme Dieu et la science, entretien avec le philosophe Jean Guitton. Ils sont alors accusés de plagiat par l'astrophysicien américain Trinh Xuan Thuan, rappelle TV5 Monde.

En 1999, Grichka valide sa thèse en mathématiques et, en 2002, Igor en physique. Débute alors la polémique sur la valeur de leurs travaux surtout qu'ils se prévalaient du titre de "docteur" avant même d'avoir passé leurs thèses. En 2010, l'hebdomadaire Marianne publie des extraits d'un rapport du CNRS, selon lequel ces thèses, et d'autres articles, n'ont "pas de valeur scientifique".

En 2012, 170 scientifiques revendiquent leur "droit au blâme", après la condamnation d'un chercheur du CNRS critiquant des écrits des jumeaux. Marianne sera condamné pour diffamation en 2014 mais, peu après, les frères seront en revanche déboutés d'une action engagée auprès du tribunal administratif de Paris contre le CNRS.

D'une manière générale, il ressort que leurs travaux ne sont pas des canulars mais sont juste de faible valeur. Les accusés considèrent, eux, que la communauté scientifique a du mal à supporter qu'ils soient des personnalités médiatiques, des vulgarisateurs à succès.

Passionné d'engins volants, comme son frère, Igor a en outre été condamné à une amende pour avoir falsifié son carnet de vol d'hélicoptère. Il voulait se poser en 2012 près d'un centre commercial d'Etampes (Essonne), afin de promouvoir la sortie d'un de leurs livres. Igor a six enfants, de plusieurs unions. Il a également récemment fait l'objet d'une plainte pour "violation de domicile" de la part d'une de ses compagnes.

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