Procès Outreau : Chérif reconnaît pour la première fois de "fausses" accusations

Chérif Delay à Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais) le 8 décembre 2011. 
Chérif Delay à Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais) le 8 décembre 2011.  (MAXPPP)

L'un des trois frères Delay qui se sont constitués partie civile s'est excusé auprès d'une infirmière qu'il avait accusée à l'époque où l'affaire Outreau a éclaté. Placée en garde à vue, elle avait été relâchée.

Dimitri Delay sort tête baissée de la salle d'audience et marche d'un pas pressé. Il vient de prononcer ses premiers mots devant la cour d'assises des mineurs de Rennes. Mais il vient surtout de contredire son frère Chérif, qui a pour la première fois reconnu avoir formulé de fausses accusations lorsqu'il était petit, au cours de l'enquête sur l'affaire Outreau. Une ligne de fracture s'est dessinée entre les trois parties civiles, lundi 1er juin, alors que le procès de Daniel Legrand entre dans sa troisième et dernière semaine.

Acquitté en 2005, le jeune homme de 33 ans est rejugé pour des viols et agressions sexuelles sur les enfants Delay, qu'il aurait commis lorsqu'il était mineur. Les trois frères l'ont mis en cause de la même façon lors des débats (ils ne l'avaient jamais fait avant) : des souvenirs, des "images", des "flashs", où ils le voient parmi leurs agresseurs. C'est finalement sur le témoignage de l'un des "innocents chanceux" de l'affaire, tels que les avait baptisés la défense, que leur posture commune a vacillé.

"Tu as vu ce que j'ai fait à ta mère ?"

Une infirmière scolaire est venue témoigner lundi matin à la reprise des débats. Elle a raconté à la cour comment l'affaire Outreau avait failli l'emporter dans sa coulée de boue en mars 2002, un peu plus d'un an après l'arrivée à Samer, petite bourgade bourgeoise, de Dimitri Delay, placé en famille d'accueil. Le petit garçon alors âgé de 7 ans, qui fréquente sa fille en classe de CE1, l'accuse de les avoir violés, lui et ses frères, tout comme plusieurs adultes. L'enfant dresse des listes de noms. Chérif, également placé à Samer, se met aussi à accuser l'infirmière.

Placée en garde à vue, elle parvient à prouver son innocence. "Dans les accusations, on parlait de moi en disant que j’allais chez leurs parents en étant enceinte", explique-t-elle à la barre. Or, quand "j’étais enceinte de jumeaux en 1995 et en 1996, j’habitais à Lille, à 120 kilomètres de Boulogne-sur-Mer." Un détail capillaire lui épargne aussi la mise en examen : Dimitri la décrit avec des cheveux châtains et raides alors qu'à cette période, elle était blonde et bouclée. Quelques jours plus tard, il vient voir sa fille, qu'il chahutait souvent dans la cour de récréation, en lui disant : "Tu as vu ce que j'ai fait à ta mère ?" "Je pense qu'il a voulu se venger", précise l'infirmière scolaire. 

Chérif se dédit, pas Dimitri

Le président, prenant les parties civiles de court, demande d'abord à Chérif Delay, présent dans la salle, de se lever. Il lui demande pourquoi il a accusé cette femme à l'époque : "C’est faux, monsieur le Président."

- Le président : "Pourquoi avez-vous mis en cause cette femme, vous vous en souvenez ?

- Cherif : Non.

- Vous vous rendez compte de l’impact de telles accusations ?

-  Je suis désolé, je vous demande pardon. Maintenant que j’ai grandi, je sais le bien et le mal." 

La témoin se retourne : "Ça me touche beaucoup." 

Dimitri, également présent dans la salle pour faire sa première déposition, est aussi interrogé à brûle-pourpoint. La réponse est différente : 

- Le président : "Vous connaissez madame ?

- Dimitri : Oui, je ne reviendrai pas sur mes accusations.

- Elle vous a agressé ?

- Oui."

"Tu ne peux pas réparer ce drame avec ces accusations"

Dimitri Delay va aussi maintenir ses accusations à l'égard de l'ex-époux de l'infirmière, un médecin hospitalier, entendu juste après. Mis en cause par les enfants Delay, il avait échappé à la garde à vue. Il s'adresse à Dimitri : "Je suis complètement désolé des horreurs qu’il a subies. Mais ni moi ni mon ex-femme n’avons participé à ces actes. Tu ne peux pas réparer ce drame avec ces accusations-là."

Des accusations, Dimitri va en proférer d'autres à l'époque. L'enfant désigne jusqu'à 40 personnes. Parmi elles, un certain "Dany legrand", noté sur une feuille de papier par son assistante familiale. Un nom qui va conduire à l'arrestation de deux Daniel Legrand, un père et son fils. L'un d'eux est toujours dans le box aujourd'hui. Et clame toujours son innocence.

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