Affaire Bettencourt : la requête des avocats contre le juge Gentil restera lettre morte

(Jean-Paul Pélissier Reuters)

Est-ce une tentative de déstabilisation du juge Jean-Michel Gentil, qui instruit le dossier Bettencourt à Bordeaux? Douze avocats, représentant sept mis en examen, ont adressé lundi une lettre à la Garde des Sceaux Christiane Taubira. Ils réclament l'envoi d'une inspection des services judiciaires au tribunal de grande instance de Bordeaux.

Ces avocats qui représentent Nicolas
Sarkozy, Eric Woerth, Patrice de Maistre ou encore François-Marie Banier,
estiment que le juge Gentil a commis une lourde faute, un manquement grave.
Comme l'a révélé Le Parisien-Aujourd'hui en France la semaine dernière,
le magistrat a désigné l'une de ses amies, l'experte bordelaise Sophie Gromb,
pour participer à l'examen médical de Liliane Bettencourt. C'était en juin 2011.
Les experts avaient conclu que l'héritière de L'Oréal n'était plus en
possession de toutes ses facultés mentales
depuis au moins cinq ans.

C'est donc sur cette base que Jean-Michel
Gentil et les deux autres magistrates en charge de l'information judiciaire ont
décidé de mettre en examen une dizaine de protagonistes du dossier. Et d'engager
des poursuites pour abus de faiblesse, complicité ou recel.

Pour les avocats de la défense, la proximité
entre le juge et l'experte
désignée pour examiner Mme Bettencourt décrédibilise
l'instruction. Ils ont donc écrit une lettre à Christiane Taubira. Ils y
évoquent notamment la participation de Mme Gromb comme témoin au mariage du
couple Gentil. Ils parlent également des honoraires touchés par l'experte. Celle-ci
aurait obtenu une revalorisation de ses honoraires, sans que le juge ne demande
l'accord préalable parquet de Bordeaux.

Déstabiliser l'institution judiciaire

Ces révélations du Parisien-Aujourd'hui
en France
sont du pain béni pour les avocats de la défense qui se bornent à
répéter que l'instruction de Jean-Michel Gentil est partiale voire "politique" ...

Dans leur lettre, les avocats demandent à Christiane
Taubira de saisir l'Inspection générale des services judiciaires (IGSJ) pour
qu'elle enquête sur ces dysfonctionnements
présumés dans le dossier Bettencourt au tribunal de grande instance de
Bordeaux.

Mais selon nos informations, Christiane
Taubira a choisi... de ne rien faire. Car il ne revient pas au Garde des Sceaux
de saisir l'IGSJ mais le cas échéant, au premier président de la cour d'appel
de Bordeaux (via le Conseil supérieur de la magistrature). Or, celui-ci n'a pas
été interpellé par les avocats de la défense. Ce qui fait dire à l'entourage de
Christiane Taubira que les avocats des mis en examen, en médiatisant cette
affaire, cherchent à déstabiliser l'institution judiciaire et donc, la ministre
en personne. Décidément, le dossier Bettencourt est un dossier éminemment
politique...