Journée internationale des gauchers : "Tout gaucher sait qu'il nage du matin au soir à contre-courant"

Une élève gauchère, dans une école du 11e arrondissement de Paris, le 4 septembre 2017
Une élève gauchère, dans une école du 11e arrondissement de Paris, le 4 septembre 2017 (MAXPPP)

Depuis 1976, on célèbre le 13 août la journée internationale des gauchers.

Les gauchers "se battent contre l'adversité et les petits tracas du quotidien", a témoigné sur franceinfo mardi 13 août Pierre-Michel Bertrand, auteur du Nouveau Dictionnaire des gauchers, à l'occasion de la journée internationale qui leur est consacrée. L'historien reconnaît toutefois qu'on "peut aujourd'hui être assez fier d'être gaucher, alors qu'on pouvait en nourrir une certaine honte jadis".

franceinfo : Quels sont les obstacles à gérer au quotidien pour un gaucher ?

Pierre-Michel Bertrand : Tout gaucher sait qu'il nage du matin au soir à contre-courant. Le stylo à bille attaché à la chaîne sur les guichets de banque est le pire, c'est absolument insupportable. On peut citer également les déclencheurs des appareils photos, ou encore les machines à café dont les pièces doivent être insérées à droite. Ce sont des petites choses dont les droitiers ne se rendent pas compte, parce que tout est fait pour eux. C'est normal : cela s'appelle l'ergonomie, et c'est la loi de la majorité.

Les gauchers, du lever jusqu'au soir, 7 jours sur 7, 365 jours par an, et tout au long de la vie, se battent contre l'adversité et les petits tracas du quotidien. Mais il y a bien sûr d'autres handicaps autrement plus problématiques que celui-là.

Comment ces différences sont-elles aujourd'hui vécues par les gauchers, alors que certains ont autrefois vécu le rejet ?

Je me suis trouvé en présence de gauchers qui pleuraient en me racontant leur vie. Ils étaient des gauchers contrariés, autrement dit des gens à qui on avait dénié le simple droit d'être eux-mêmes et qui ont très mal vécu ces brimades il y a 50 ou 60 ans. Aujourd'hui, sauf exception, on laisse le gaucher tranquille. On reconnaît sa singularité et on peut aujourd'hui être assez fier d'être gaucher, alors qu'on pouvait en nourrir une certaine honte jadis.

L'émancipation du gaucher a commencé à poindre dans les années 1950. Auparavant, notamment au XIXe siècle, le gaucher était un sous-homme. Il était associé à toutes les tares, les maladies psychiatriques, la criminalité... On lui en faisait voir de toutes les couleurs parce qu'on était persuadé qu'on pouvait le soigner en l'obligeant à écrire de la main droite. Cela générait chez l'enfant une réaction, puisqu'on l'obligeait à faire quelque chose de contre-nature. Il développait donc des souffrances et somatisait : énurésie, strabisme, bégaiement...

La gaucherie, c'est-à-dire la maladresse, est vraiment liée au fait que le gaucher est gauche quand on l'oblige à utiliser sa main droite. C'est pour cela que la gaucherie a ce double sens : l'utilisation de sa main gauche et le manque d'habilité manuelle.

On dit que les gauchers sont davantage confrontés aux accidents domestiques. Est-ce vraiment le cas ?

C'est forcément vrai, puisque rien n'est fait pour les gauchers. Les outils de bricolage notamment ne sont pas adaptés. Une meuleuse ou une scie circulaire sont faites pour être utilisées de la main droite et sont très dangereuses. Je n'ai pas de chiffres, mais pour être bricoleur moi-même je peux témoigner que ça peut être très dangereux dans certaines situations. J'imagine donc qu'il y a une sur-accidentalité chez les gauchers qui amènerait même, selon certains auteurs, à une surmortalité.

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