VIDEO. En Argentine, des foulards verts et bleus devenus les symboles du débat sur l'avortement

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Le Sénat argentin devait se prononcer, mercredi, sur la légalisation de l'avortement. Dans le pays du pape François, le débat divise, symbolisé par des foulards verts côté pro-IVG et des foulards bleu ciel côté anti-IVG. 

Le projet de loi dépénalisant l'avortement avait été adopté de justesse par les députés argentins, le 14 juin. Les sénateurs, eux, l'ont rejeté mercredi 8 août, avec 38 voix contre, 31 pour et 2 abstentions . Dans la rue, le débat entre pro et anti-avortement a eu lieu à coups de foulards. Verts pour les défenseurs du droit à l'avortement, bleu ciel pour les anti-IVG. Mais pourquoi ces couleurs ?

A Buenos Aires, 65 000 foulards verts écoulés

Le foulard vert a été créé en 2003 à l'initiative de féministes argentines. Elles voulaient "une marque distinctive qui [leur] permette de [se] reconnaître et d'associer cette lutte aux droits humains – l'avortement comme droit humain des femmes", explique Victoria Tesoriero, membre de la Campagne pour le droit à l'avortement en sécurité, légal et gratuit.

C'était une couleur qui n'était utilisée par personne, et elle avait comme point positif de représenter la vie.

Victoria Tesoriero

à l'AFP

Courant 2017, le foulard vert a commencé à être plus visible, notamment lors de manifestations du mouvement féministe NiUnaMenos ("Pas une de moins"), mobilisé contre les violences faites aux femmes. Aujourd'hui, il s'est popularisé avec le combat pour la légalisation de l'avortement. Rien que dans la capitale, Buenos Aires, 65 000 foulards ont été écoulés. Chaque jour, il apparaît noué sur le cartable des étudiantes, à un sac à main ou au poignet. "C'est impressionnant la quantité de foulards dans la rue, il y a comme une prise de conscience pour la défense de nos droits et une plus grande solidarité", s'enthousiasme Angeles Justo, une étudiante de 24 ans, le foulard accroché au sac à main.

"Sauvons les deux vies"

Face à cette déferlante verte, les anti-IVG ont adopté le foulard bleu ciel, couleur associée à la Vierge Marie et à l'Immaculée Conception. C'est donc une vague bleu ciel qui a manifesté à l'appel de l'Eglise catholique, dans le centre de Buenos Aires, samedi 4 août. Des dizaines de milliers d'opposants à l'IVG y ont scandé le slogan " Salvemos las 2 vidas" ("Sauvons les deux vies"), celle de la mère et de celle du fœtus. 

Cela fait plus de dix ans que les femmes se mobilisent en Argentine pour amener le débat de l'avortement sur la place publique, rappelle Geneviève Garrigos, responsable Amérique à Amnesty International, au micro de franceinfo. Et la pénalisation de l'avortement n'empêche pas les femmes de mettre fin à leur grossesse clandestinement, au péril de leur vie. 

Ce qu'on fait aujourd'hui, c'est laisser le choix à la femme entre la prison et la mort, et ce n'est pas un choix pour les femmes.

Geneviève Garrigos, responsable Amérique à Amnesty International

à franceinfo

Les autorités estiment à 500 000 le nombre d'avortements clandestins annuels dans ce pays qui compte 41 millions d'habitants. Pratiqués souvent dans des conditions dangereuses, ils entraînent la mort d'une cinquantaine de femmes tous les ans. 

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