Le Syndicat national des gynécologues menace "d'arrêter les IVG" s'il n'est pas reçu par la ministre de la Santé

Jean Marty, ancien président du Syngof, en août 2016.
Jean Marty, ancien président du Syngof, en août 2016. (PIERRE ANDRIEU / AFP)

La ministre de la Santé, Agnès Buzyn, a dénoncé "le caractère inadmissible de ces menaces (...) qui vont à l'encontre du respect inconditionnel du droit à l'IVG".

Le Syndicat national des gynécologues-obstétriciens de France (Syngof) passe aux menaces. Mardi 12 mars, l'organisation a envoyé un message à ses 1 600 adhérents les appelant à se tenir prêt à arrêter de pratiquer les interruptions volontaires de grossesse. "Préparez-vous donc à ce que le syndicat vous donne l'ordre d'arrêter les IVG si la ministre de la Santé refuse de nous recevoir", est-il écrit dans le mail, diffusé sur les réseaux sociaux.

Contacté par franceinfo, le syndicat confirme bien l'authenticité de ce message et assume la méthode employée. "Si on ne fait pas des menaces qui inquiètent la société, nous ne sommes pas entendus, explique le docteur Jean Marty, ancien président du Syngof en charge de cette question. Je n'ai personnellement aucun problème avec l'IVG, c'est notre activité. Je souhaite que la menace ne s'applique pas, mais s'il n'y a rien dans la loi, on le fera."

Au cœur du conflit : une revendication de longue date du Syngof. En résumé, il réclame que le fonds de garantie de la profession couvre les sinistres déclarés entre 2002 et 2012, ce qui n'est actuellement pas le cas, selon leurs affirmations. Dans ce cadre, le syndicat a proposé un amendement au projet de loi Santé portée par la ministre Agnès Buzyn et actuellement en discussion à l'Assemblée nationale.

A la suite de cette publication, la ministre de la Santé a dénoncé "le caractère inadmissible de ces menaces (...) qui vont à l'encontre du respect inconditionnel du droit à l'IVG". Le Conseil national de l’Ordre des médecins a lui aussi condamné "fermement" la menace du syndicat. "Une telle attitude serait en contravention claire avec les obligations déontologiques. Cela serait un acte inexplicable et injustifiable, aux conséquences potentiellement dramatiques", ecrit l'institution dans un communiqué.

Le président du syndicat refuse l'IVG

Il faut dire que le Syngof avait déjà défrayé la chronique sur la question de l'IVG. En septembre 2018, son président avait indiqué qu'il refusait de pratiquer cet acte. "Les choses auxquelles je ne crois pas, je ne les fais plus, avait expliqué le docteur Bertrand de Rochambeau dans l'émission "Quotidien". Nous ne sommes pas là pour retirer des vies."

A la suite de ces propos, le Syngof avait pris ses distances avec les propos de son président : "Bertrand de Rochambeau s'est exprimé en son nom personnel et non au nom du Syngof." Et d'assurer que "le Syngof ne remet nullement en cause l'IVG, nombre de gynécologues au sein du Syngof pratiquent les IVG". Une position de nouveau rappelée à la suite de ce communiqué.

Insuffisant pour plusieurs collectifs et personnalités, qui ont déjà réagi à cette nouvelle menace sur la pratique de l'IVG. "Aucune lutte ne peut se faire en mettant en balance le droit des femmes à accéder à l'IVG", a notamment écrit Philippe Deruelle, professeur de gynécologie à Strasbourg.

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