Quotas sur l'immigration économique : "Encadrer les choses, c'est la meilleure façon" d'assurer "un véritable avenir" aux migrants

Des grues sur un chantier à Paris, le 17 octobre 2019.
Des grues sur un chantier à Paris, le 17 octobre 2019. (VINCENT ISORE / MAXPPP)

La Confédération de l'Artisanat et des petites entreprises du bâtiment réagit sur franceinfo au projet du gouvernement d'instaurer des quotas pour encadrer l'immigration économique en France.

"Encadrer les choses, c'est la meilleure façon de faire et de leur assurer un véritable avenir dans notre pays", a déclaré Patrick Liébus, président de la CAPEB (la Confédération de l'Artisanat et des petites entreprises du bâtiment) sur franceinfo mardi 5 novembre, après la confirmation apportée par Muriel Pénicaud, la ministre du Travail : le gouvernement souhaite instaurer des quotas d'immigrés professionnels en France.

franceinfo : Est-ce que des quotas en matière d'immigration économique, ça vous faciliterait la vie ?

Patrick Liébus : Il faut d'abord s'assurer d'une chose, c'est que les personnes qui sont au chômage en France puissent avoir un emploi. C'est déjà la première des choses. Ensuite, quand on parle de quotas, il faut absolument encadrer le principe d'un quota. Les personnes qui vont travailler dans nos activités, dans le bâtiment en l'occurrence (parce qu'il y a un réel besoin), devront être accompagnées, avoir suivi une formation et devront pouvoir s'exprimer, bien sûr, dans notre langue, de façon à faciliter leur intégration. Le principe est très simple : ils pourront travailler dans nos entreprises et apporteront une main-d'oeuvre. Quelques fois, ce sont déjà des main-d'oeuvre qualifiées. Et puis derrière, il faudra prévoir quelque chose qui est extrêmement important : pouvoir les loger. Il ne s'agit pas de faire venir des migrants pour les mettre dans des situations compliquées, comme celles qu'ils vivent en ce moment. Donc des quotas bien encadrés, avec des conditions vérifiées avec les représentants des organisations syndicales et patronales, pour qu'on puisse avoir vraiment une harmonie pour faire entrer ces personnes sur notre territoire, leur assurer un emploi, un logement et leur assurer de pouvoir vivre dignement dans notre pays.

Ce n'est pas le cas aujourd'hui ?

Malheureusement, les personnes qui arrivent sur notre territoire d'une façon plus ou moins légale peuvent être exploitées par des entreprises. Et c'est scandaleux qu'au 21ème siècle, on puisse envisager d'exploiter des personnes parce qu'elles sont dans l'illégalité. Il faut absolument encadrer le système. Il ne faut pas non plus laisser rentrer toutes les personnes, qui se retrouveraient en précarité. Ce n'est absolument pas nécessaire. La France est un pays de droit et d'accueil. Encadrer les choses, c'est la meilleure façon de faire, et de leur assurer un véritable avenir dans notre pays.

Mais cet encadrement existe déjà : les étrangers qui viennent en France pour travailler font déjà l'objet d'une régulation. Le ministère du Travail peut refuser l'entrée sur le territoire...

Vous savez très bien qu'il y a les personnes qui rentrent d'une façon légale, et d'autres de façon illégale. Il y a toujours des cadres et toujours des lois, mais quelquefois, certains contournent la loi. On contourne le cadre. Il faut quelque chose de précis. Si on fait rentrer des personnes, il faut leur assurer véritablement la possibilité de pouvoir vivre de leur métier, sur notre territoire. De vivre dignement comme vivraient nos concitoyens. Il faut les considérer de la même façon. Mais pour ça, il faut les accompagner. Il faut vraiment les former et les orienter aux métiers en recherche. La France, c'est un pays où il y a encore un taux de chômage extrêmement élevé. Ces personnes au chômage, il faut les amener à nos métiers. Mais toutes les personnes qui sont au chômage ne veulent pas forcément travailler dans les métiers qui sont les nôtres. Et je pense qu'il y a, chez les personnes qui sont migrantes, qui rentrent sur nos territoires, des personnes qui pourront parfaitement travailler dans nos activités, à condition qu'on les encadre correctement.

Dans quels métiers ces quotas seraient souhaitables, selon vous ? 

Les métiers du gros œuvre, les métiers de couvreur, les métiers en maçonnerie. Vous avez aussi des métiers de finition, qui auraient besoin de personnes qui ont envie de travailler et qui ont des compétences. Il faut absolument regarder quelles sont leurs compétences, leurs savoir-faire, accélérer les compétences par une formation et leur permettre de travailler dans nos entreprises. Nos entreprises sont en manque de main-d'œuvre. Certaines entreprises ne peuvent pas continuer à se développer parce qu'elles manquent de main-d'œuvre. Donc, encore une fois, il faut une harmonisation entre les personnes en recherche d'emploi dans notre pays et les migrants.

Les entreprises répètent souvent qu'elles ont besoin de flexibilité, Difficile d'imaginer dans ces conditions que leurs embauches soient soumises à l'instauration de quotas, fixés par la loi chaque année ?

Il nous faut de la flexibilité, c'est évident. Mais à partir du moment où vous laissez rentrer des personnes sur notre territoire pour les diriger vers des activités en recherche d'emploi, et que vous n'avez pas pour ces personnes un emploi sûr et pérenne, on prend de véritables risques. Ça n'est pas tolérable.

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