"Des problèmes de santé minimes au début peuvent s'aggraver" : les associations vent debout contre le projet de durcir l'accès aux soins pour les migrants

Des migrants ont installé des tentes près du périphérique dans le nord de Paris, le 27 juin 2019.
Des migrants ont installé des tentes près du périphérique dans le nord de Paris, le 27 juin 2019. (JOEL SAGET / AFP)

Le gouvernement veut instaurer un délai de carence de trois mois avant que les demandeurs d'asile puissent bénéficier de la protection universelle maladie.

"Ils arrivent déjà épuisés psychologiquement", décrit Victor, l'un des responsables de l'association Utopia 56, présente dans les campements du nord-est de Paris. De nombreux demandeurs d'asile y vivent. Cette population fragile bénéficie aujourd'hui de la Puma, la protection universelle maladie, accordée dès le dépôt des dossiers. Elle permet de se soigner comme n'importe quel Français, dans n'importe quel cabinet et avec une prise en charge des frais de santé.

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"Ils vivent dans des conditions d'insalubrité énorme, donc ils ont vraiment besoin d'un accompagnement rapide en arrivant sur le territoire", poursuit le bénévole. Aujourd'hui, le gouvernement veut pourtant instaurer un délai de carence de trois mois, avant de pouvoir profiter de cette aide. C'est l'une des mesures sur l'immigration présentées officiellement mercredi 6 novembre par le Premier ministre Édouard Philippe.

Pour Victor, ce délai de carence de trois mois est inacceptable : "Déjà, déposer sa demande d'asile, ça prend pas mal de temps. Un délai de carence de trois mois, ça va poser de gros problèmes, parce que des problèmes de santé assez minimes au début peuvent largement s'aggraver par la suite."

Une mesure "irresponsable et contre-productive"

Dans le froid, une file d'hommes patientent pour avoir un repas chaud. Ils sont Afghans, Somaliens, Irakiens... Benjamin est arrivé en France il y a un an et deux mois. Lui est Ivoirien, il a pu se faire soigner dès qu'il a déposé sa demande d'asile : "J'étais malade. J'ai mon épaule qui sort et je suis un peu asthmatique. J'ai vu des médecins qui m'ont bien soigné. Si je tombe malade, j'ai des médicaments. Il ne faut pas penser à trois mois, la vie d'un homme c'est plus que trois mois !"

Alex, un jeune Afghan, a aussi bénéficié de soins rapidement : "J'ai eu un problème, je ne voyais plus rien, mes yeux ne s'ouvraient pas. J'ai vu le médecin, il m'a soigné, c'était gratuit."

Je connais beaucoup de gens qui ont des problèmes, ici, parce qu'ils vivent dans des endroits insalubres, avec beaucoup de souris. Donc ils tombent malades.Alex, demandeur d'asile afghanà franceinfo

Il y a notamment des maladies de peau, la gale ou la tuberculose, qui se développent. Cette mesure de trois mois de carence est donc aussi irresponsable que contre-productive, s'alarme Victor, d'Utopia 56 : "Ce sont des gens qui vont se retourner vers les Pass, les permanences aux soins de santé, qui vont, elles, par la suite, être encombrées. Ou les urgences. Il y a vraiment très peu de gens qui se déplacent de leur pays uniquement pour des raisons médicales. Ce sont des gens qui quittent leur pays pour d'autres raisons, et qui en arrivant sur le territoire, sont malades. Ils ont besoin d'un accompagnement. Ces droits devraient vraiment être un inconditionnel."

Les associations s'inquiètent aussi d'un risque sanitaire que fait peser ce délai de carence sur l'ensemble de la population, avec le risque de propagation de maladies contagieuses si elles ne sont pas soignées rapidement.

Le reportage franceinfo de Farida Nouar.
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