"Ligue du LOL" : "Lorsque vous êtes menacé de mort sur Twitter, (...) vous avez physiquement peur"

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Image d'illustration. (SYLVIE CAMBON / MAXPPP)

L'avocat Eric Morain insiste sur le caractère "réel" du harcèlement en ligne.

"Lorsque vous connaissez vos harceleurs, ou qu’ils peuvent avoir un impact sur votre carrière, vous avez peur " affirme l'avocat Eric Morain, sur franceinfo mardi 12 février. Interrogé au sujet des révélations de Libération sur la "Ligue du LOL", groupe Facebook actif à la fin des années 2000, accusé de cyberharcèlement. L'avocat est membre d’un collectif d’avocats qui se met actuellement en place autour de l’association féministe "Jamais sans Elles" et a, notamment, défendu la journaliste Nadia Daam, menacée de mort sur Internet.

franceinfo : "On était jeunes et bêtes, c'était de l'humour noir" disent certains mis en cause. Où est la limite entre humour noir et cyber harcèlement ?

Eric Morain : En réalité, ce sont des défenses habituelles et tout aussi pitoyables. Dire que ce ne sont que des mots ne résiste pas à l'impact que ces mots ont vis-à-vis de la personne qui les reçoit en plein visage, derrière son écran d'ordinateur. La victime ne peut pas faire autrement que de prendre ces messages au pied de la lettre. Lorsque vous êtes menacé de mort, sur Twitter, vous ne pouvez pas balayer ça d'un revers de main. Vous avez physiquement peur. Lorsque vous connaissez vos harceleurs, ou qu’ils peuvent avoir un impact sur votre carrière, vous avez peur. Vous prenez au mot et vous subissez. Cela a un impact réel.

Les faits dont nous parlons sont quasiment tous prescrits. Est-il possible qu'ils ne le soient plus si des messages ont été repostés depuis ?

Depuis ce week-end, il y a une augmentation des témoignages qui concernent la "Ligue du LOL" mais qui concernent également d'autres groupes de journalistes, dans d'autres rédactions, qui ne tomberaient pas sous le coup de la prescription. La prescription n'est pas acquise a priori, elle n'est acquise qu'à l'issue d'une enquête. Je souhaite que le parquet de Paris se saisisse de ces histoires. Il a la matière sous les yeux, à portée de clic. Une enquête doit être diligentée et c'est seulement à la fin de cette enquête que l’on verra si les faits sont prescrits, ou pas. Il y a d'autres prescriptions, notamment en droit du travail. On a vu que certains employeurs n'avaient pas hésité à prendre déjà certaines mesures, que certains appellent sanctions. Il y a une prescription civile, qui est bien plus longue, qui serait une voie que l'on pourrait envisager.

Que risque, dans la loi, ces harceleurs ?

Il y a deux types de peines encourues. La loi Schiappa, d'août 2018, a créé le harcèlement en meute. Il ne me semble pas que les faits dont on a pu avoir connaissance soient postérieurs à cette loi et ne rentreraient pas en ligne de compte. On tomberait sous le coup classique du harcèlement où les peines encourues peuvent aller de 3 à 5 ans d'emprisonnement.

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