VIDEO. Comment un agresseur sexuel a-t-il pu obtenir des diplômes d'entraîneur sportif ?

Dans les clubs de sport, le contrôle du passé judiciaire des encadrants bénévoles n'est pas toujours efficace : c'est ce que met en lumière une enquête d'"Envoyé spécial", basée sur 77 affaires d'abus sexuels. Avec des conséquences qui peuvent être graves : certains agresseurs continuent à exercer des fonctions d'encadrant ou d'entraîneur et parfois récidivent. C'est le cas dans l'affaire relatée dans cet extrait.

Pendant huit mois, "Envoyé spécial" a travaillé, avec le média d'investigation Disclose, sur 77 affaires d'abus sexuels qui concernent 28 sports (athlétisme, gymnastique, judo, natation, ping-pong...). Cette enquête révèle que les clubs sportifs ne contrôlent pas toujours le passé judiciaire des encadrants bénévoles de façon efficace. Un dysfonctionnement dont les conséquences peuvent être graves : certains agresseurs continuent à exercer des fonctions d'encadrant ou d'entraîneur et font de nouvelles victimes. La récidive concerne la moitié des affaires recensées par l'enquête.    

L'une de ces affaires a récemment fait scandale à Paimpol, en Bretagne. A l'été 2019, un entraîneur sportif a été condamné à huit ans de prison ferme pour agression sexuelle sur deux fillettes. Ce retraité de 73 ans présidait bénévolement plusieurs clubs de la région. Pendant une dizaine d'années, il a entraîné des enfants au tir à l'arc. Les autres bénévoles et les parents le voyaient comme un grand-père souffrant de solitude.

"Avec un passif comme il avait, c'est aberrant"

C'est en janvier 2019, quand la mère des petites victimes a porté plainte, que l'on a découvert que l'homme était un récidiviste. Il avait déjà été condamné en 2000 à quatre ans de prison, dont deux ferme, là aussi pour agression sexuelle sur mineur. Pourtant, en 2011 et 2014, malgré ses antécédents judiciaires, il a pu obtenir deux diplômes d'entraîneur. Et même, en 2016, un CQP, un certificat de qualification professionnelle lui permettant de diriger des initiations rémunérées dans les écoles...

La fille de l'entraîneur condamné, qui s'exprime pour la première fois dans cet extrait, juge "aberrant qu'avec un passif comme il avait, il puisse obtenir ça". Elle a appris récemment que sa fille elle-même faisait partie de ses victimes. Les journalistes d'"Envoyé spécial" ont découvert que dans les quatre clubs où il a exercé, le passé judiciaire de l'entraîneur n'avait jamais été contrôlé.

Extrait de "Pédophilie dans le sport, l'omerta", une enquête de Wandrille Lanos, Daphné Gastaldi et Mathieu Martinière avec Disclose, à voir dans "Envoyé spécial" le 12 décembre 2019. 

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