VIDEO. Affaire Roman Polanski : en 1977, "l'attitude du juge a été clairement une violation de la loi", selon l'avocat de Samantha Geimer

En 1977, à 43 ans, Roman Polanski est accusé pour la première fois de viol sur mineure. La famille de l'adolescente veut lui éviter de témoigner publiquement et recherche un arrangement, comme le permet la loi américaine. Mais le juge en charge du dossier va mettre au point un incroyable scénario... Extrait d'un document de "Complément d'enquête" sur "L'accusé Polanski", à voir le 17 septembre 2020.

En 1977, Samantha Geimer, née Gailey, était la première à mettre en cause Roman Polanski dans une affaire d'agression sexuelle. A 43 ans, le cinéaste se voit poursuivi par la justice, accusé de viol sur mineure. L'enquête fournit de solides éléments à charge. La défense du réalisateur s'annonce compliquée. Mais la plaignante elle-même et son entourage vont lui faciliter les choses...

Un dossier allégé

Les parents de Samantha veulent absolument éviter à l'adolescente, alors âgée de 14 ans, d'avoir à témoigner à la barre dans un procès public. Seule solution : un deal, un arrangement, comme le permet la loi américaine. Roman Polanski accepte de plaider coupable, contre de grosses concessions de la part de la famille de la jeune fille. Les accusations les plus graves (notamment celle de viol) sont abandonnées. Seule la charge la moins grave est retenue : "rapports sexuels illicites".  

Avec un dossier ainsi allégé, le réalisateur reprend espoir. Il pourrait même échapper à la prison. Mais c'est compter sans le juge Laurence J. Rittenband, qui tient l'avenir de Polanski entre ses mains... et dont Samantha Geimer elle-même dira aux journalistes de "Complément d'enquête", dans un document à voir le 17 septembre 2020 : "Si vous êtes là aujourd'hui, c'est à cause du juge, sinon cette histoire serait oubliée depuis longtemps."

Une expertise psychiatrique en prison

Le juge a une réputation de sévérité bien établie – qui n'exclurait pas une certaine mégalomanie. Et il a un gros problème : Roman Polanski a toutes les chances d'éviter la prison, et l'opinion publique ne l'accepterait pas. Il décide donc de mettre le réalisateur derrière les barreaux – le temps d'une expertise psychiatrique de quatre-vingt-dix jours.

Roman Polanski joue le jeu et se présente au pénitencier de Chino, car le juge lui a promis que l'affaire s'arrêterait là. Mais les psychiatres bouclent leur expertise en seulement quarante-deux jours... Polanski est libéré. Le juge est furieux, d'autant que ce n'est pas la première fois qu'il se sent ridiculisé par le réalisateur : autorisé avant l'expertise à se rendre à l'étranger pour préparer un nouveau film, celui-ci s'était montré tout sourire à la fête de la bière à Munich... entouré de jeunes filles. Le juge Rittenband l'avait découvert dans la presse.

Un scénario insensé

Bien décidé à renvoyer Polanski en cellule, le juge met au point un scénario insensé. Il convoque toutes les parties dans son bureau. Il explique qu'il a "changé d'avis" face à la "pression médiatique", rapporte Lawrence Silver, l'avocat de Samantha Geimer. A la stupeur générale, il annonce son intention de condamner Polanski "à une sentence indéterminée, ce qui signifie une peine de prison qui peut aller jusqu'à cinquante ans".

Puis le juge expose son "plan" : "Quand la pression sera retombée, on refera une audience, sans l'annoncer. Elle sera discrète." Enfin, toujours selon le récit de Lawrence Silver, il se tourne vers l'avocat de Polanski et lui dit : "Vous me demanderez alors de réduire la sentence au temps déjà fait en prison. Je l'accepterai, et M. Polanski sera libéré."

"Une violation de la loi"

Même l'avocat de la jeune Samantha n'en revient pas : le juge se déjuge et impose un arrangement illégal ! "Même si chacun avait un intérêt différent à défendre, confie-t-il, tous les trois, nous nous sommes dit : 'Il y a quelque chose de grave qui se passe là.' Et à ce titre, Rittenband a été injuste envers Polanski. L'attitude du juge a été clairement une violation de la loi."

La suite est connue. Roman Polanski panique et fait un choix radical : il prend la fuite vers la France. Les poursuites sont toujours en cours aux Etats-Unis.

Extrait de "L'accusé Polanski", un document à voir dans "Complément d'enquête" le 17 septembre 2020.

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