Un ancien haut fonctionnaire du ministère de la Culture mis en examen pour des pratiques perverses envers les femmes

Le siège du ministère de la Culture, rue de Valois (Ie arrondissement de Paris), où Christian N. était en poste.
Le siège du ministère de la Culture, rue de Valois (Ie arrondissement de Paris), où Christian N. était en poste. (WIKIMEDIA COMMONS)

Christian N. tenait une liste de ses victimes, dont le nombre s'élève à plus de 200.

Des femmes intoxiquées aux diurétiques, privées de toilettes et forcées à uriner dans la rue. Christian N., ancien haut fonctionnaire au ministère de la Culture, a été mis en examen fin octobre, a annoncé Libération vendredi 8 novembre. Selon le quotidien, il a été placé sous contrôle judiciaire et doit répondre des chefs "d'administration de substance nuisible", "d'agression sexuelle par personne abusant de l'autorité conférée par sa fonction", "d'atteinte à l'intimité de la vie privée par fixation d'image", de "violence par une personne chargée de mission de service public" et "d'infractions à la législation sur les médicaments".

Pendant près de dix ans, Christian N., haut fonctionnaire au ministère de la Culture, puis à la Direction régionale des affaires culturelles (Drac) de la région Grand-Est, a fait subir un calvaire aux femmes qui ont croisé sa route. Entre 2009 et 2018, plus de 200 femmes auraient été "photographiées et/ou intoxiquées aux diurétiques, à leur insu". Si l'affaire a été rendue publique fin mai 2019 par Le Canard enchaîné, Libération a recueilli le témoignage de nombreuses femmes victimes de ces pratiques perverses.

Christian N. proposait à ses victimes une boisson dans laquelle il glissait un diurétique avant de partir avec elles et les éloigner des toilettes, puis de regarder la scène. "Je sentais mon ventre gonfler, j'étais au bord du malaise. Sous un pont, j'ai baissé mon pantalon et ma culotte, et j'ai uriné. Pendant ce temps, il tenait son manteau devant moi pour me cacher et regardait mon visage", raconte l'une d'elles dans Libération. Il recensait également ses sordides expériences dans un tableau Excel, dans lequel il notait les temps de réaction du médicament.

Pris sur le vif à faire des photos sous la table

Christian N. prend aussi en photo, sous la table lors de réunion ou son bureau pendant les entretiens, les jambes et culottes de femmes. C'est un collègue de la Drac Grand-Est qui le prendra sur le vif en juin 2018 et qui le dénoncera à sa hiérarchie. A l'époque, il est directeur régional adjoint de la Drac, après de longues années au siège du ministère et un passage à la Direction générale de l'administration et de la fonction publique. Entre 2013 et 2015, il siège même au Haut Conseil à l'égalité entre les femmes et les hommes.

Il est finalement suspendu de la fonction publique en octobre 2018 et est révoqué en janvier 2019 – une enquête est alors ouverte par le parquet de Paris. Mais selon les informations de Libération, la situation était connue des collègues de Christian N., dès son passage au ministère de la Culture. Une des victimes interrogées par le quotidien affirme avoir écrit à deux ministres qui se sont succédé au ministère en 2016, Fleur Pellerin et Audrey Azoulay. Sans succès. En 2016 aussi, une alerte est donnée à la médecine du travail, restée également sans réponse.

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