"Il fallait d'urgence arrêter ce genre de comportement" : la journaliste à l'origine de #BalanceTonPorc fait le bilan du phénomène

Une manifestation contre les violences faites aux femmes place de la République à Paris, le 29 octobre 2017.
Une manifestation contre les violences faites aux femmes place de la République à Paris, le 29 octobre 2017. (BERTRAND GUAY / AFP)

Le hashtag #BalanceTonPorc a permis à des milliers de femmes de témoigner des violences sexuelles qu'elles ont subies.

La tornade est partie d'un simple tweet. "#BalanceTonPorc ! Toi aussi raconte en donnant le nom et les détails un harcèlement sexuel que tu as connu dans ton boulot. Je vous attends.", écrit Sandra Muller sur Twitter, vendredi 13 octobre. En réaction à l'affaire Weinstein, la journaliste à l'origine de ce hashtag invite les femmes à dénoncer les actes de harcèlement et de violences sexuels dont elles sont victimes.

Dans un autre tweet, elle raconte les paroles dégradantes qu'elle a subies lors d'un festival, à Cannes, de la part du directeur de la chaîne Equidia, Eric Brion : "Tu as de gros seins. Tu es mon type de femme. Je vais te faire jouir toute la nuit." "Cette phrase était choquante, pathétique et très présomptueuse. J’ai décidé de donner le nom de mon agresseur verbal sur mon réseau afin de montrer l’exemple. Il fallait d’urgence arrêter ce genre de comportement.", explique-t-elle dans une tribune au  Monde.

Des millions de messages

En quelques heures, son message se propage à la vitesse de l'éclair. Le dimanche soir, elle reçoit plus de 60 000 messages. En deux mois, "715 000 messages et 5 823 articles" sont publiés sur le #balancetonporc et le hashtag #metoo, lancé deux jours après le premier, récolte plus de 4,5 millions de messages publics, relate-t-elle, citant les chiffres de la plateforme de veille Visibrain. Sur Facebook, 12 millions de messages reprennent ce hashtag.

Deux mois plus tard, la créatrice du hashtag se félicite qu'il ait permis de "libérer la parole et l'écoute" et "marque le début du nouvelle ère", mais met en garde sur le bon usage de "balancer", précisant qu'il ne faut pas "confondre dénonciation et délation".

Cette culture de l’affichage ne choque personne aux Etats-Unis. Il n’en est pas de même en France, où les gens confondent dénonciation et délation. Dans le premier cas, il s’agit d’informer. Dans le second, de salir. La nuance est simple.Sandra Mullerdans "Le Monde"

En référence aux affaires Tariq Ramadan (accusé de viol), du journaliste Frédéric Haziza (accusé d'agression sexuelle), et du présentateur Tex, écarté de France 2 après avoir fait une blague sur les violences faites aux femmes, elle interroge : "Comment peut-on mettre sur le même plan un prédateur sexuel présumé et un amateur de jeux de mots douteux ?" Selon la journaliste, "il existe une typologie de gravité et on ne peut jamais aller à l’encontre de la victime", mais "une blague douteuse ne visant personne n’est pas à mettre sur le même plan qu’une agression verbale ciblée, qu’un acte inconvenant ou un viol."

"Je réclame le droit à la nuance"

Après avoir été l'un des premiers hommes cités sous #BalanceTonPorc, Eric Brion, le directeur de la chaîne Equidia, a aussi tenu à faire une mise au point, dans Le Monde. "J’ai effectivement tenu des propos déplacés envers Sandra Muller, lors d’un cocktail arrosé très tard dans une soirée, mais à une seule reprise. Elle me plaisait. Je le lui ai dit, lourdement." 

Le directeur a présenté une nouvelle fois ses excuses à la journaliste mais estime que son comportement n'avait rien à voir avec celui d'Harvey Weinstein, accusé de viols et de harcèlement sexuel par des dizaines de femmes. "Je n’ai jamais travaillé avec Sandra Muller. Je n’ai jamais été son collaborateur ou son supérieur hiérarchique, comme j’ai pu le lire ici ou là", écrit-il.

Eric Brion assure qu'il est "favorable" à cette libération de la parole, dont #BalanceTonPorc a été le moteur, mais que la dénonciation doit correspondre selon lui "à des faits réels, graves et sanctionnables" et que la "justice puisse être améliorée". Plusieurs semaines après la publication du hashtag, il confie au Monde : "J’ai, comme beaucoup, pris conscience de l’ampleur du chantier qui est ouvert, mais je réclame simplement le droit à la vérité et à la nuance."