Ce que l'on sait des soupçons d'agressions sexuelles et de viols au sein des Jeunes communistes

Plusieurs victimes témoignent avoir subi des agressions sexuelles voir des viols de la part de camarades membres des Jeunes communistes, de l\'Union des étudiants communistes ou du PCF.
Plusieurs victimes témoignent avoir subi des agressions sexuelles voir des viols de la part de camarades membres des Jeunes communistes, de l'Union des étudiants communistes ou du PCF. (MAXPPP)

Alors que de nombreux témoignages anonymes ont été relayés dans la presse ces dernières semaines, certaines victimes parlent désormais à visage découvert des actes qu'elles ont subis. Un mis en cause a été suspendu par le parti.

Après l'affaire Baupin chez les écologistes ou les révélations sur le Mouvement des jeunes socialistes (MJS), c'est au tour du Mouvement des jeunes communistes de France (MJCF, ou JC) d'être touché de plein fouet par des accusations de viols et d'agressions sexuelles. Alors que de nombreux témoignages anonymes ont été relayés dans la presse ces dernières semaines, certaines victimes parlent désormais à visage découvert des agissements qu'elles disent avoir subis. Voici ce que l'on sait de cette affaire.

Des victimes témoignent dans la presse dès 2018

L'article du Monde, paru début janvier 2018, n'avait pas fait grand bruit. Cinq jeunes femmes, toutes militantes chez les JC à l'Union des étudiants communistes (UEC), y témoignaient pourtant – anonymement – de faits particulièrement graves, allant parfois jusqu'au viol. L'une d'elles racontait ainsi avoir été forcée en 2016 à une relation sexuelle chez elle par son ex-copain, malgré ses refus et ses injonctions. Une autre relatait le viol subi en 2015 de la part d'un militant qui, trois ans plus tard, était toujours membre du PCF.

D'autres jeunes femmes racontaient avoir échappé de peu au viol. L'une d'elles, âgée de 19 ans au moment des faits, expliquait ainsi comment, en juin 2016, elle avait réussi à s'enfuir de la chambre d'hôtel d'un responsable de section locale après avoir subi baisers et caresses non consentis.

C'est la première fois que ces agissements sont relayés dans une publication grand public comme Le Monde. Certains faits n'étaient toutefois pas inconnus de tous, en témoigne cet article de Cheek Magazine en octobre 2016, qui informait de l'existence d'une page intitulée "Salut camarade sexiste" sur la plateforme de microblogging Tumblr, remplie de témoignages relatant des cas de sexisme et d'agressions sexuelles au sein de "la gauche de la gauche".

Un règlement de comptes en plein congrès

Alors qu'elles étaient jusqu'à présent restées cantonnées à des témoignages dans la presse ou à des discussions placées sous le sceau du secret, les affaires d'agressions sexuelles font irruption en plein congrès du MJCF, le 27 janvier dernier, réuni au siège du PCF, dans l'emblématique bâtiment de la place du Colonel-Fabien, raconte L'Obs dans un article paru le 24 février.

Devant les 300 délégués du mouvement, une militante se lève pour dénoncer au micro "les violences sexistes et sexuelles" au sein du mouvement, avant d'accuser nommément deux coordinateurs nationaux de "protéger des agresseurs depuis plusieurs années en mettant systématiquement le blâme sur les victimes". Elle propose même de "rayer toute la liste proposée" pour l'élection de la direction du mouvement, ainsi que "la purge immédiate et irrévocable de tous les membres de ce réseau de solidarité masculiniste".

En plein congrès, les insultes fusent. Certains chantent pour couvrir la voix de la jeune militante. Après une bousculade, la moitié des délégués présents quittent la salle pour procéder aux opérations de vote dans une autre pièce.

Onze plaintes internes pour viols ou agressions sexuelles

Dans ce même article de L'Obs, la secrétaire générale de la Jeunesse communiste, Camille Lainé, indique avoir eu connaissance de 11 dossiers : six pour viols et cinq pour agressions sexuelles. Elle a également indiqué que neuf adhérents avaient été écartés du mouvement et que trois cas avaient fait l'objet d'une plainte en justice.

Une parole qui se libère

L'article de L'Obs et ses multiples reprises dans la presse ont en tout cas permis de multiplier les témoignages, qui affluent désormais sur les réseaux sociaux. Dans cet article, une jeune fille sous pseudonyme racontait avoir subi une pénétration de force, dans une chambre d'hôtel en marge du bal annuel de l'Union des étudiants communistes, à Paris, par un jeune homme avec qui elle avait eu un rapport consenti le mois précédent. Samedi 2 mars, elle a finalement choisi de sortir de l'anonymat. Léa Tytéca a publié sur Twitter une très longue série de tweets dans laquelle elle cite nommément ce "camarade" et "ami", membre du Conseil national de la JC et conseiller municipal, qu'elle accuse de l'avoir violée "il y a deux ans et demi".

Le 3 mars, c'est au tour de Mathilde de témoigner, là aussi dans une très longue série de tweets, un viol subi de la part d'un jeune "camarade" communiste.

Contacté par franceinfo, un jeune militant de 22 ans affirme lui aussi avoir été agressé sexuellement en 2015, dans son sommeil, par un camarade qui l'hébergeait. Alors qu'il avait "enfoui au fond de lui" cette agression, il apprend deux ans plus tard, lors des universités d'été du PCF, que ce camarade se vante ouvertement de l'avoir agressé.

Des réponses jugées tardives et insuffisantes

Face à ces agissements, quelques victimes ont porté plainte, mais la plupart des autres s'en sont tenues à alerter les instances dirigeantes du MJCF, de l'UEC ou du PCF. Bien souvent, la réponse qui leur a été apportée ne les a pas satisfaites.

Dans sa série de tweets, Léa Tytéca cite plusieurs responsables auxquels elle se serait adressée, sans qu'il n'y ait eu de suites. Marie Jay, cadre à l'UEC depuis 2016, a quant à elle tenté de faire remonter l'histoire de Léa au niveau supérieur. Mais lorsqu'elle a évoqué le cas de l'agresseur présumé, il lui aurait été répondu "qu'il ne fallait pas le sanctionner car il faisait du chantage au suicide et qu'il risquait d'aller très mal", confie-t-elle à franceinfo.

"Ça dépend des cas et du profil de la personne accusée, résume crûment Marie Jay. Si le gars est prometteur, s'il a un réseau de soutiens importants, il n'y aura pas de sanctions mais si c'est un gars un peu lambda qui vient d'adhérer, il peut être facilement et rapidement écarté." Elle explique que des camarades qui ont tenté d'aider les victimes, dont elle-même, ont fait l'objet de chantage : "Non seulement leur prise de parole n'a pas abouti mais ça a été l'occasion de leur mettre la pression, à eux, en disant qu'ils ne respectent pas les cadres."

Quatre jours après l'article de L'Obs, la direction du Parti communiste a fait paraître un court communiqué particulièrement mal reçu par les victimes et leurs proches. "En cas de plainte auprès du tribunal, les mis en causes seront suspendus de leur fonction et de leur droit dans l'attente de la décision de justice et exclu en cas de condamnation", écrit le parti. Comme si l'instance s'estimait incapable de prendre des décisions internes indépendamment d'une procédure judiciaire.

"De la même manière que l’UEC et la JC doivent protéger chaque femme de toute forme d’agression, ils doivent respecter la présomption d’innocence et dénoncer toute mise en cause publique sur les réseaux sociaux", poursuit le texte. "Le communiqué, je le trouve complètement dégueulasse, mettre sur le même plan victimes et agresseurs, c'est juste immonde", réagit auprès de franceinfo le jeune militant qui a confié avoir été agressé par son camarade.

Devant la médiatisation de ces affaires et la multiplication des articles de presse, le PCF a finalement annoncé lundi soir, dans un nouveau communiqué, la suspension de l'agresseur présumé de Léa Tytéca. "Dès aujourd'hui et suite au dépôt de plainte d'une des victimes, nous annonçons la suspension des droits d'un adhérent", écrit le parti, alors que la plainte date du mois d'octobre. Le PCF, qui invite le jeune homme à démissionner de son poste de conseiller municipal, indique qu'un autre cas est en cours d'instruction.

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