"C'était un cauchemar" : la patineuse Sarah Abitbol accuse son entraîneur de viol et d'agressions sexuelles au début des années 1990

La patineuse Sarah Abitbol en janvier 2001 lors des championnats d\'Europe à Bratislava (Slovaquie).
La patineuse Sarah Abitbol en janvier 2001 lors des championnats d'Europe à Bratislava (Slovaquie). (OLIVIER MORIN / AFP)

L'ex championne de patinage accuse son ancien entraîneur de l'avoir violée à plusieurs reprises entre 1990 et 1992.

"C'était un cauchemar", témoigne jeudi 30 janvier sur France Inter la patineuse Sarah Abitbol, qui accuse son ancien entraîneur Gilles Beyer de viol et d'agressions sexuelles entre 1990 et 1992, alors qu'elle avait 15 à 17 ans. "J'étais une jeune fille pleine d'ambitions dans le patinage (…) et ce qu'il a fait au plus profond de mon corps, c'est terrible et c'est encore terrible aujourd'hui", explique-t-elle à la veille de la sortie de son livre témoignage Un si long silence (Plon), dans lequel Gilles Beyer est appelé "Monsieur O."

"Je me suis terré dans le silence"

Au micro de France Inter, Sarah Abitbol, dix fois championne de France et médaillée de bronze aux championnats du monde en couples en 2000, raconte avoir ressenti à l'époque de "la honte" et de "la peur""Comment expliquer à mes parents ? Je ne pouvais même pas y penser. Comment expliquer une chose pareille, une chose si horrible, si dégoûtante ? Ça m'était impossible. Je me suis terrée dans ce silence avec mon mal-être, et j'espérais une chose : que ça ne recommence pas."

"Personne n'ose rien dire", ajoute-t-elle, racontant "l'emprise" de "Monsieur O". "Vous l'écoutez, vous l'admirez, donc pour vous, ça vous paraît... normal".

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Durant un stage de 8 semaines, en 1990, à La-Roche-sur-Yon, alors âgée de 15 ans, Sarah Abitbol écrit dans un carnet des dates, et des lettres. "P + T", "S + C" ; "peloter", "toucher", "sucer", "coucher""Il profitait de venir dans la nuit avec sa lampe-torche et il me réveillait. C'était un cauchemar." Elle consigne, avec ces codes, les agressions et les viols qu'elle se souvient avoir subis jusqu'à ses 17 ans, et sa rencontre avec son partenaire de patinage, Stéphane Bernadis.

Pendant plusieurs années, Sarah Abitbol a oublié ces faits. "J'ai fait de l'amnésie traumatique. C'est resté dans un coin de mon cerveau. Le cerveau se protège des misères de l'enfance. C'était tellement fort, tellement répugnant, que le cerveau met ça de côté. Pendant plus de dix ans, j'ai complètement oublié cet événement".

Il reconnaît les faits et demande pardon

Le souvenir lui est revenu, par flashs, à la veille des Jeux Olympiques de Salt Lake City en 2002, au moment où elle se rompt les tendons d'Achille. "Le corps a parlé en premier", analyse-t-elle. "Je ne comprenais pas ce qui m'arrivait". Elle en parle à ses parents, et son père l'emmène confronter "Monsieur O". Il reconnaît les faits et demande pardon. "Je n'étais pas prête à cette confrontation", se souvient-elle. "Je n'ai pas pu lui dire mon ressenti et tout le mal-être qu'il a pu me faire".

Plusieurs anciennes patineuses de haut niveau, dont Sarah Abitbol, ont accusé à visage découvert mercredi 29 janvier dans L'Équipe (article réservé aux abonnés) leurs entraîneurs de viols et d'agressions sexuelles, entre la fin des années 1970 et les années 1990.

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