Accusations de viols et agressions sexuelles au MJCF : "C'est un phénomène vraiment massif", selon une victime

Léa Tytéca, coordinatrice départementale des Jeunes communistes des Pyrénées orientales.
Léa Tytéca, coordinatrice départementale des Jeunes communistes des Pyrénées orientales. (MICHEL CLEMENTZ / MAXPPP)

Léa Tytéca dit avoir été violée lors d'un bal organisé par le Mouvement des jeunes communistes alors qu'elle était militante. Elle témoigne mercredi sur franceinfo de l'inaction de l'équipe dirigeante d'alors et de son traumatisme.

Alors que le Parti communiste française (PCF) a présenté ses excuses mardi aux victimes présumées de viols et d'agressions sexuelles dans le Mouvement des Jeunes communistes (MJCF), franceinfo a recueilli le témoignage de Léa Tytéca, 22 ans, coordinatrice du Mouvement des jeunes communistes 66, qui dit avoir été violée en 2016.

Un phénomène "massif"

Léa Tytéca indique avoir recensé quinze agresseurs et abuseurs présumés, elle estime que le phénomène est "massif" et touche "énormément de camarades". Elle appelle à une prise en charge collective au sein de la jeunesse communiste. La jeune femme accuse d'inaction notamment Camille Lainé, la secrétaire générale des Jeunes communistes, mais aussi de ne pas l'avoir accompagnée dans ses démarches "juridiques, morales ou médicales".

Léa Tytéca dit avoir été violée : "J'étais au bal des étudiants communistes en 2016 et le 14 juillet, le soir, un ami à moi m'a violée", relate la victime déclarée, expliquant que, ce soir-là, elle s'était "inquiétée" de voir un camarade "très très ivre" et l'avait raccompagné à l'hôtel.

La direction du MJCF a souhaité réagir, jeudi 7 mars, auprès de franceinfo : "Nous n’avons jamais remis en cause les accusations portées par Léa Tytéca quand ces dernières nous sont parvenues et nous avons engagé des démarches rapidement dont voici le déroulé précis : Léa s’est d’abord confiée à une personne au sujet des violences qu’elle a subies. Cette personne nous a transmis l’information. Ensuite, Léa a eu l’occasion de se confier directement à Camille Lainé par téléphone dans le courant de la semaine du 13 au 19 novembre 2017."

On est monté dans la chambre, il a commencé à m'embrasser, à vouloir coucher avec moi, j'ai dit non, du coup il m'a poussée, il m'a forcée à plusieurs reprises, pendant longtemps, jusqu'à ce qu'il s'endorme sur moi.Léa Tytécaà franceinfo

"Je n'ai pas compris tout de suite qu'il s'agissait d'un viol, indique Léa Tytéca. Je savais très bien la violence que c'était, je savais très bien que je n'avais pas envie, que j'avais montré mon désaccord et tout ça mais je ne me rendais pas compte." "J'avais beaucoup de culpabilité, poursuit-elle, énormément de honte, et j'ai mis très longtemps avant d'en parler dans les mots qu'il faut, c'est-à-dire en employant le mot viol." Léa Tytéca en parle au jeune homme deux semaines après. Lui, il lui répond que "très très ivre", il ne s'en souvient pas, que c'était toutefois "possible". Il ne s'excusera pas.

Au départ, Léa Tytéca n'en parle qu'à des amis. "Je ne voulais pas, dit-elle, que tout ça me retombe dessus ni que ça lui retombe dessus à lui non plus, je voulais le protéger en fait." Mais, à mesure que le temps passe, le croiser lors d'évènements organisés par le parti, l'entendre prendre la parole, exercer son pouvoir, lui devient insupportable.

La direction du MJCF explique, jeudi 7 mars, que "la décision a été prise immédiatement après cette discussion téléphonique [avec Camille Lainé] de rencontrer l’agresseur présumé pour l’écarter. C’est un coordinateur national qui a eu la responsabilité de cette tâche. Un rendez-vous a été pris avec lui, il était alors conseiller national du MJCF. Le 17 novembre 2017 à 13 heures, il a été rencontré à Blois où le coordinateur national [s'est] rendu en voiture depuis Paris""Les accusations à son encontre ont été portées à sa connaissance et il lui a été signifié qu’il ne pouvait alors non seulement plus exercer son mandat de conseiller national du MJCF, mais également qu’il n’était pas souhaitable qu’il participe aux événements du MJCF à tous les échelons. Il a accepté, sans la contester de quelque façon que ce soit, la décision qui avait été prise le concernant. Le PCF a alors été informé des accusations portées comme des décisions prises en réponse. Léa a été informée que ces suites ont été données à son interpellation de la direction."

"On m'a sorti des tas d'excuses"

La jeune femme décide finalement d'alerter les responsables des étudiant communistes qui la soutiennent mais l'homme appartient au Mouvement des jeunes communistes et n'est ni exclu ni sanctionné pendant plusieurs mois, jusqu'à ce qu'il doive quitter le mouvement. La raison de son départ ne sera pas précisée, indique Léa Tytéca. "Les camarades autour qui étaient au courant de l'affaire n'ont rien fait, n'ont rien dit, ne voyaient pas le problème et même essayaient de cacher l'affaire aux militants", accuse-t-elle. "Tout cet ensemble-là m'a fait me sentir extrêmement mal (...). On m'a sorti des tas excuses pour justifier le fait qu'il allait garder son mandat, par exemple, il est fragile psychologiquement, il a fait une tentative de suicide. J'ai aussi entendu que comme il n'avait commis qu'un seul viol, il n'allait pas recommencer".

"À notre connaissance", poursuit encore le communiqué du MJCF, "il a respecté cette décision s’agissant strictement des espaces du MJCF. Conformément à cette décision, il n’est pas venu siéger au conseil national des 25 et 26 novembre 2017 et il a été sorti du CN à l’Assemblée nationale des animateurs du MJCF des 15, 16 et 17 décembre 2017 (nos dispositions statutaires de l’époque ne permettant pas d’exclure officiellement un adhérent ou un membre du CN)." "Conformément à la décision également, il n'a pas repris sa carte pour l'année 2018", conclut le communiqué.

Entre décembre 2018 et mars 2019, le jeune adhérent mis en cause est resté membre du conseil municipal de la ville de Blois. Dans un communiqué de la mairie ce jeudi, on a appris que le jeune élu se mettait en retrait de ses fonctions jusqu’à l’issue de la procédure judiciaire, après une entrevue avec le maire.

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