Grève des chirurgiens, internes dans la rue : les blouses blanches en colère

Capture d\'écran de la page Facebook \"Les médecins ne sont pas des pigeons\", qui rassemble plus de 20 000 membres.
Capture d'écran de la page Facebook "Les médecins ne sont pas des pigeons", qui rassemble plus de 20 000 membres. (FRANCETV INFO )

Au cœur des mécontements : l'accord d'encadrement des dépassements d'honoraires médicaux et l'attitude du gouvernement.

FRANCE - Une grève illimitée des chirurgiens libéraux dans les cliniques, doublée d'un mouvement d'internes dans les hôpitaux publics : les blouses blanches ont décidé à partir de lundi 12 novembre d'exprimer leur colère face à un gouvernement qui, selon eux, les stigmatise.

Pourquoi les chirurgiens protestent ?

 

L'accord d'encadrement des dépassements d'honoraires médicaux, signé le 25 octobre sous la pression de la ministre de la Santé Marisol Touraine, et jugé trop contraignant par les protestataires, cristallise le mécontentement. Mais au-delà, les médecins expriment, de plus en plus sur les réseaux sociaux, leur crainte de voir disparaître la médecine libérale.

La grève des chirurgiens libéraux, à l'initiative du syndicat Le Bloc, majoritaire chez les spécialistes de bloc opératoire, va concerner 70% des cliniques privées de France, soit environ 700 établissements selon la Fédération de l'hospitalisation privée (FHP). "Et ça augmente d'heure en heure", assurait-on vendredi. Les chirurgiens ont prévu de manifester mercredi.

Pourquoi les internes descendent aussi dans la rue ?

A l'appel du syndicat des internes Isnih et de celui des chefs de cliniques Inscca, ces futurs médecins ont choisi d'organiser leur propre mouvement, indépendamment de leur aînés et sur leurs propres mots d'ordre. Attachés aux dépassements d'honoraires, les internes insistent aussi sur la détérioration de leurs conditions de travail. Ils défileront lundi de la gare Montparnasse au ministère de la Santé (7e). Le Bloc, à la pointe du mouvement, a rejeté l'accord signé par les trois premiers syndicats de médecins libéraux, généralistes et spécialistes (CSMF, SML, MG France). Selon lui, cet accord "ne correspond pas aux spécificités" des activités des chirurgiens, anesthésistes ou obstétriciens. Il réclame un avenant spécifique à ces professions, instaurant un plafond de dépassements plus élevé. Le syndicat s'est dit disponible à d'éventuelles discussions avec le ministère au cours du week-end. Marisol Touraine a répété vendredi que sa porte était "toujours ouverte". Au total 28 syndicats et organisations professionnelles de médecins participent au mouvement, selon les organisateurs.

 

Quels conséquences dans les hôpitaux ?

Les interventions prévues ont pour la plupart été repoussées. Pour les urgences, certains patients pourraient être dirigés vers les hôpitaux publics. A l'Assistance Publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP, 37 établissements), on a indiqué que "certains services ont prévu de déprogrammer des activités, notamment des interventions chirurgicales" mais que les urgence seront assurées au besoin par la réquisition de médecins.

La mobilisation sur le net ne plait pas à tout le monde

Au-delà de la question des dépassements, la colère des médecins libéraux contre le gouvernement s'est répandue sur les réseaux sociaux, notamment sur Facebook, sur le thème "les médecins ne sont pas des pigeons". Pour fédérer le mouvement, une association a été créée, l'Union française de la médecine libre (UFML), présidée par un généraliste de Haute-Garonne, le Dr Jérôme Marty de Fronton. "Le mouvement est immense (...) Cette profession manque de respect mais ça été amplifié par notre ministre qui a oublié que sa fonction est de protéger la profession dont elle a la charge et de ne pas être méprisante vis-à-vis d'elle", a-t-il dit à l'AFP. Soucieuse de ne pas se laisser déborder, la CSMF, premier syndicat libéral, a affirmé vendredi soir qu'"il appartient à tout syndicat responsable de travailler aux solutions plutôt que de développer les réflexes corporatistes qui compromettent notre crédibilité et marginalisent notre profession", égratignant les "cartels improvisés sur le net".

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