"Il faut mettre ça sur les murs pour que les femmes soient entendues" : un an après le début du mouvement, les opérations de collage contre les féminicides continuent

Les membres du collectif disent être de plus en plus pris à partie lors des opérations collage.
Les membres du collectif disent être de plus en plus pris à partie lors des opérations collage. (MARGAUX STIVE / RADIOFRANCE)

Il y a un an était créé le mouvement Collage Féminicides et leurs slogans à l'encre noire sur les murs dénonçant les violences faites aux femmes. D'une quinzaine de colleuses au départ, ces féministes disent aujourd'hui être entre 1 500 et 3 000 rien qu'à Paris. 

Il y a un an commençaient à fleurir sur les murs des villes de l'Hexagone des slogans inscrits à l'encre noire, avec tous un même objectif : dénoncer les violences faites aux femmes. Quelques semaines avant le début du Grenelle lancé par le gouvernement sur cette question, les militantes parisiennes n'étaient qu'une quinzaine à arpenter les rues pour procéder à des opérations de collage. Elles disent être aujourd'hui entre 1 500 et 3 000, rassemblées dans le collectif Collages Féminicides, qui fête son premier anniversaire en août 2020. 

Des victimes directes de violences conjugales 

Parmi ces membres, Chloé, Camille et Oror se retrouvent mardi 4 août au soir pour un nouveau collage. "C’est une feuille par lettre que l'on va faire ensuite glisser sur le mur pour les coller", explique Chloé. Les trois activistes ont la vingtaine, un an de collage à leur actif et un certain recul sur la croissance du mouvement.

Dans les rangs du collectif, on trouve une majorité de jeunes femmes, entre 20 et 30 ans, beaucoup aussi de proches ou de victimes directes de violences sexuelles ou conjugales. "Ma mère était victime de violences conjugales, explique Chloé, donc j’ai grandi dans les violences conjugales, dans une violence assez extrême toute mon enfance et mon adolescence", poursuit la jeune femme. "Initialement je le faisais pour elle. Je me disais 'ma mère a vécu dans ces violences toute sa vie, elle n'est plus en mesure psychologiquement de se faire entendre'."

Là, j’ai un moyen de dire à la face du monde ce qui m’est arrivé à moi et à d’autres personnes, donc je vais le faire.Chloé, une activiste de Collages Féminicidesà franceinfo

Et cette fois, l'histoire qui sera dénoncée par le collage, c'est celle de Razia, assassinée par son ex-mari après avoir déposé plainte à sept reprises et changé trois fois de ville.

"Ce qui me dérange c’est la pollution visuelle"

Au moment de dresser les lettres sur le mur, les trois activistes sont interrompues par un automobiliste. "Écoute, moi, je suis d’accord avec ce que tu écris, ce qui me dérange c’est la pollution visuelle", s'agace-t-il. Une remarque qui provoque la colère de Chloé : "Tu sais ce qu’il y a derrière ? L'histoire d’une femme morte ! J’en ai rien à foutre que ça salisse les murs."

Alors que le ton monte, une passante qui assiste à la scène s'interpose. "Vous les laissez faire ce qu’elles veulent. Vous partez, vous n'avez rien à faire ici", s'énerve-t-elle. "Soyez plus pollués par des pubs qui vous vendent de la merde plutôt que par des messages qui disent que des femmes sont assassinées. Parce que pour le moment rien n'a été fait pour les femmes, pour les défendre ! Il faut mettre ça sur les murs pour que les femmes soient entendues." 

Une différence de statut depuis un an

L'altercation s'éternise plusieurs minutes, l'homme menace d'appeler la police. Ce genre de confrontation arrive d'ailleurs de plus en plus souvent depuis la fin du Grenelle contre les violences faites aux femmes d'après Chloé. "Au début il y avait une espèce de tolérance parce que notre mouvement était émergent et qu’il était d’actualité, donc on nous laissait un petit peu tranquille." La jeune femme ajoute : "J’ai l’impression que plus nos rangs grossissent et plus les gens se disent qu’on ne s’arrête pas, qu’on va continuer, qu’on prend de plus en plus d’espace dans la rue." 

Il y a une espèce de bascule entre la façon dont on nous considérait au début et comment on nous considère aujourd’hui.Chloéà franceinfo

Cette fois, aucune patrouille de police ne se présente mais les colleuses et les colleurs sont pourtant régulièrement verbalisés, avec une amende de 68 euros pour dégradations ou parfois un rappel à la loi. Des situations qui restent, selon les militantes, assez marginales. 

Un an déjà de collages contre les féminicides. Margaux Stive a rencontré ces femmes qui "crient" sur les murs.
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