Reprise des soins de Vincent Lambert : "C'est un sursis à décision qui est lourd de conséquences humaines", estime son ancien médecin

L\'hôpital Sebastopol à Reims où se trouve Vincent Lambert depuis son accident de la route en 2008. 
L'hôpital Sebastopol à Reims où se trouve Vincent Lambert depuis son accident de la route en 2008.  (SOPHIE CONSTANZER / FRANCE-BLEU CHAMPAGNE)

Le docteur Éric Kariger a réagi sur franceinfo à la reprise des soins de son ancien patient. 

La reprise des soins de Vincent Lambert ordonnée lundi 21 mai au soir par la cour d'appel de Paris est "un sursis à décision qui est lourd de conséquences humaines", a réagi mardi soir sur franceinfo le docteur Éric Kariger, l'ancien médecin de Vincent Lambert et ancien chef de service de l’unité spécialisée pour patients cérébro-lésés du CHU de Reims. La décision "est lourde de conséquences éthiques", estime Éric Kariger qui a ressenti de la "violence" lundi soir. Les réactions des avocats des parents de Vincent Lambert "ne sont pas dignes de la robe qu'ils portent", estime le médecin.

franceinfo : Quelle a été votre réaction à l'annonce de la décision de la cour d'appel de Paris lundi soir ?

Éric Kariger : J'ai partagé avec l'ensemble de l'opinion un effet de surprise. J'imagine la violence ressentie par l'ensemble de l'équipe du docteur Sanchez et par Rachel Lambert, son neveu et sa famille qui espéraient qu'enfin les volontés de mon ancien patient puissent être respectées. Et que cette obstination déraisonnable largement qualifiée sur le plan médical et judiciaire puisse permettre de le libérer de son état. C'est un temps judiciaire supplémentaire. Il n'y a pas que la médecine qui est complexe. Le judicaire l'est tout autant.

Vous comprenez que cette décision repose sur un avis d'un comité de l'Onu ?

La France a signé des coopérations avec l'Onu. Sur la forme c'est entendable. Sur le fond, ce comité ne peut rien apporter de nouveau. Les juges reprochent à l'État français de ne pas attendre cet avis. Ils demandent une décision qui est lourde de conséquences éthiques. C'est violent. Si nos collègues juges mettent dans la balance les grands principes fondamentaux qui nous animent dans nos décisions médicales - autonomie, principe de bienfaisance, de non malfaisance et respect de justice - je pense qu'ils auraient pu arriver à une conclusion un petit peu moins rigide en droit mais plus juste en humanité. C'est un sursis à décision qui est lourd de conséquences humaines, mais qu'il faut savoir respecter. On ne peut pas être démocrate à moitié, on ne peut pas être respectueux du droit à moitié. La France est très en avance sur les droits de l'homme et on peut en être fiers.

Les parents de Vincent Lambert demandent qu'il soit transféré de l'hôpital de Reims estimant qu'il est mal soigné. Comment vivez-vous cela ?

C'est injuste. Depuis des années, à chaque fois qu'ils sont en difficulté sur l'évolution des décisions, on ressort des choses avec un tel degré de violence qui m'effraie. Le débat devient nauséabond. Le comportement d'un certain nombre de personnalités ces derniers jours entraîne chez moi un sentiment d'injustice. Dans ce contexte violent [les réactions des avocats des parents] sont démesurées et ne sont pas dignes de la robe qu'ils portent. Je n'ai pas à juger, il se jugera lui-même. Véritablement ce n'est pas joli joli.

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