"Le combat des idées n'est pas terminé", confie Jean Mercier, relaxé après avoir aidé sa femme à mourir

Jean Mercier, au tribunal correctionnel de Saint-Etienne (Loire), le 22 septembre 2015.
Jean Mercier, au tribunal correctionnel de Saint-Etienne (Loire), le 22 septembre 2015. (PHILIPPE DESMAZES / AFP)

Au lendemain de sa relaxe par la Cour de cassation, Jean Mercier, qui avait aidé sa femme à mourir en 2011, compte continuer le "combat des idées" pour une fin de vie choisie et digne. 

Après avoir été définitivement relaxé mercredi 13 décembre par la Cour de cassation, Jean Mercier, qui avait aidé sa femme à mourir en 2011, a expliqué sur France Bleu Saint-Etienne Loire que c'était "la fin d'un long combat personnel" mais qu'il continuerait à se battre pour faire reconnaître le droit à mourir "à l'instant où on le désire".

L'homme de 89 ans était poursuivi pour non-assistance à personne en danger. En octobre 2015, le tribunal correctionnel de Saint-Etienne l'avait condamné à un an de prison avec sursis. Il avait été relaxé par la cour d'appel de Lyon en novembre 2016. Le parquet général avait demandé une "peine de principe" d'un an de prison avec sursis en soulignant que son épouse "n'était pas en fin de vie" ni "atteinte d'un mal incurable" mais "souffrait d'arthrose, d'anxiété". Le parquet avait alors formé un pourvoi en cassation finalement rejeté. Jean Mercier vit maintenant en Ardèche dans une maison médicalisée.

Comment vous sentez-vous aujourd'hui ?

Jean Mercier : Après un si long combat, un dénouement pareil paraît invraisemblable. Après des années de procédure, je n'en reviens pas. C'est la fin d'un long combat personnel. Mais par contre, le combat sur le plan des idées n'est pas terminé et jusqu'à ce que je meure, je tâcherai de me battre encore pour qu'on puisse mourir à l'instant où on le désire. Quand on n'en peut plus, je ne vois pas pourquoi on doit continuer un combat qui est voué à l'échec.

À qui avez-vous pensé quand la Cour de cassation vous a définitivement relaxé ?

J'ai pensé à mon épouse, forcément. Je ne m'attendais pas à un pareil verdict. Je suis ému. Maintenant, je commence un deuxième combat, celui des idées, parce qu'il n'y a pas de loi pour encadrer ce genre d'affaires. Ce que je voudrais, c'est ce que demande l'ADMD, l'Association pour le droit à mourir dans la dignité. J’arrive au bout, moi aussi. Quand je n'en pourrai plus, (je voudrais) qu'on m'aide à mourir tranquillement, au lieu de m'accrocher à une vie interminable. Est-ce que je mourrai moi-même ? Est-ce que je me suiciderai ? Je ne sais pas, on ne sait jamais avant que ça arrive. Quand on ne veut plus vivre, je ne vois pas pourquoi on veut nous forcer à vivre. Ce sera la bataille de tout le monde. Je suis optimiste, parce que je pense que plus ça va, plus il y a de gens qui ont envie qu'il y ait une loi qui encadre cette fin de vie. Si les gens se battent pour y arriver, on y arrivera je crois.

Vous vivez dans une résidence pour personnes âgées, parlez-vous quotidiennement de la fin de vie avec le personnel qui vous accompagne ?

Oui, il y a ceux qui sont pour et ceux qui sont contre. Le personnel dans l'ensemble serait plutôt pour. Il y a des lobbies, entre autre celui de l'Eglise qui est très fort et qui freine les avancées le plus qu'elle peut.

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