Trois questions pour comprendre les raisons de la colère des lycées en éducation prioritaire

Une manifestation du collectif Touche pas à ma ZEP (Zone d\'Education Prioritaire), le 5 janvier 2017 à Paris.
Une manifestation du collectif Touche pas à ma ZEP (Zone d'Education Prioritaire), le 5 janvier 2017 à Paris. (MAXPPP)

Le collectif "Touche pas à ma ZEP" organise une nuit spéciale à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), puis une nouvelle manifestation à Paris mardi 10 janvier.

Ils se sentent oubliés. Les lycées de l'éducation prioritaire (ex-ZEP) s'estiment lésés par la dernière réforme de l'éducation prioritaire, dont ont bénéficié écoles et collèges. Plus de cinquante lycées, essentiellement de banlieue parisienne et de l'académie de Marseille, selon le collectif "Touche pas à ma ZEP", une dizaine d'établissements selon le ministère de l'Education, sont en grève depuis la rentrée des vacances de Noël. Ils réclament qu'on leur garantisse, avant la fin du quinquennat, la pérennité de leurs moyens supplémentaires.

Alors qu'une "nuit de la ZEP" est prévue lundi 9 janvier à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), puis une nouvelle manifestation à Paris mardi, franceinfo revient sur l'objet de leurs griefs.

1Que prévoit la réforme de l'éducation prioritaire, entrée en vigueur à la rentrée 2015 ?

L'éducation prioritaire, qui scolarise 20% des collégiens, a été créée par Alain Savary en 1982 pour "donner plus à ceux qui ont moins". Elle a commencé avec le label ZEP (Zones d'éducation prioritaire), auquel ont succédé d'autres sigles au fil des réformes (RAR et RSS, CLAIR puis ECLAIR).

La dernière réforme a créé les Réseaux d'éducation prioritaire (REP) et Réseaux d'éducation prioritaire renforcés (REP+) pour les collèges accueillant les élèves les plus défavorisés et les écoles de leur secteur. Ont été investis 350 millions d'euros supplémentaires dans un millier de réseaux, pour ne pas éparpiller les moyens. Les primes d'éducation prioritaire ont été augmentées (+50% en REP, +100% en REP+). Et dans les REP+, les profs ont un peu moins d'heures de cours, pour favoriser leur travail en commun.

En outre, ils bénéficient de dispositifs tels que des primes et plus de points pour les mutations, afin de les attirer dans des zones peu attractives. Aucun texte ne le régit, mais en pratique, dans ces établissements, il y a également moins d'élèves par classe, des demi-groupes. Il y a aussi davantage d'encadrement (par exemple deux profs principaux en ECLAIR).

2Que craignent les profs de lycées en colère ?

Les lycées n'ont pas été concernés par cette dernière réforme de l'éducation prioritaire. Et c'est là que le bât blesse. Ils disposent seulement d'une "clause de sauvegarde", qui permet aux profs de garder pendant quatre ans leur prime spécifique et davantage de points pour une mutation.

Rien ne garantit que ces moyens seront maintenus après 2019, surtout en cas d'alternance politique à l'issue de l'élection présidentielle 2017, craint le collectif "Touche pas à ma ZEP", soutenu par plusieurs syndicats d'enseignants. Ainsi, les grévistes mettent en garde contre un plus fort "turnover" des professeurs, au détriment des élèves, si les avantages disparaissent.

"Les difficultés sociales des élèves ne s'arrêtent pas après la troisième", relève le collectif, jugeant que l'absence de réforme pour les lycées est contradictoire avec la lutte contre le décrochage.

3Que répond le ministère de l'Education nationale ?

La ministre de l'Education nationale, Najat Vallaud-Belkacem, renvoit au prochain quinquennat. Face à la mobilisation, elle a aussi promis 450 postes supplémentaires pour la rentrée 2017. 

Par ailleurs, le ministère indique que bâtir une liste laissant en éducation prioritaire les lycées qui y étaient déjà et en intégrant de nouveaux, comme le réclame le collectif, nécessite du temps. 

De fait, certains lycées peuvent relever de plusieurs dispositifs très divers : éducation prioritaire à l'Education nationale, mais aussi politique de la ville, plan Espoir Banlieues, établissements "sensibles"... Les différents acteurs ont donc du mal à chiffrer le nombre de lycées concernés.