Soucis de logement, petits boulots, dépression... Sept galères que vont devoir affronter les bacheliers, en gifs

Gif du film \"Il faut sauver le soldat Ryan\", de Steven Spielberg.
Gif du film "Il faut sauver le soldat Ryan", de Steven Spielberg. (GIPHY.COM)

Après avoir trimé durant plusieurs mois en terminale et passé la pire semaine de leur vie à s'arracher les cheveux sur les épreuves de maths, d'anglais ou de philo, les nouveaux bacheliers pensaient avoir fait le plus dur. Raté, le pire est à venir.

Reçu, repêché ou collé ? Les résultats du bac sont tombés, et les nouveaux bacheliers espèrent désormais se la couler douce durant les vacances après avoir révisé pendant plusieurs mois et stressé durant plus d'une semaine. Pas de bol, le pire est à venir. Franceinfo s'est penché sur ce qui attend ceux qui vont poursuivre leurs études. Et ça n'est pas très réjouissant.

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1Quand tu vas tenter de t'inscrire à la fac

Quatorze de moyenne au bac et pris nulle part ? C'est possible. Chaque année, les universités doivent accueillir "entre 40 000 et 50 000 étudiants supplémentaires", expliquait la ministre de l'Enseignement supérieur, Frédérique Vidal, sur RTL le 26 juin. Mais faute de moyens financiers, et en raison de l'interdiction faite aux universités de sélectionner leurs candidats à l'entrée, nombre de formations sont obligées de recourir au tirage au sort pour désigner les étudiants qui pourront suivre leur cursus. 

Cette année, 115 filières ont été concernées par le tirage au sort lors de la deuxième phase d'admission post-bac (APB), plateforme qui permet aux lycéens de formuler des vœux d'études supérieures. L'année dernière, elles n'étaient que 76. Parmi les formations "en tension", on retrouve les sciences et techniques des activités physiques et sportives (Staps), les sciences de l’éducation, les arts du spectacle, la psychologie, le droit, et l'information et communication. Nouveauté cette année, même des filières universitaire dites "libres", qui accueillent habituellement tous les candidats, ont été obligées de recourir au tirage au sort.

A la fin juin, "17 000 lycéens" n'avaient ainsi pas obtenu leur premier vœu dans une filière non-sélective, selon la ministre Frédérique Vidal. Parmi eux, Caroline Vaillant, qui a passé son bac S en région parisienne. Elle qui voulait devenir "véto" devra probablement renoncer à son "rêve d'enfance", compte tenu des trop nombreuses demandes dans cette filière. "Même mon vœu de secours, en éco-gestion dans la fac à côté de chez moi, n'a pas fonctionné", se désole-t-elle. 

Caroline et les autres déçus peuvent encore espérer obtenir une place lors de la troisième phase d'admission, entre le 14 et le 19 juillet. Mais la jeune femme n'a pas attendu pour trouver son plan B : elle vient d'être admise dans une école privée d'ostéopathie animale, qui recrute sur dossier, hors APB. En cas d'excellents résultats, certains jeunes pourront bénéficier du dispositif "meilleurs bacheliers". Il garantit aux 10% de lycéens ayant obtenu les meilleurs résultats au bac un "droit d'accès" à une filière sélective de l'enseignement supérieur. Un maigre rayon de soleil.

2Quand tu vas découvrir l'enfer de la première année

Une fois à la fac, rien n'est gagné. Ainsi, selon des chiffres communiqués par le ministère de l'Education nationale, 39 % seulement des nouveaux entrants à l’université passent le cap de la première année. Et seuls 28% des étudiants de licence obtiennent leur diplôme trois ans après leur première inscription en L1. Ce chiffre monte à 40% en intégrant les redoublants, qui ont complété leur licence en quatre ans. Dans le détail, ce sont environ 44% des étudiantes et 34% des étudiants inscrits qui obtiennent le sésame.

Cette réussite est fortement corrélée au type de baccalauréat obtenu. Si presque la moitié des bacheliers en filière générale obtiennent leur licence en trois ou quatre ans, ce n’est le cas que de 16% des bacheliers en filière technologique et de 6% des bacheliers en filière professionnelle. 

Désespérés ? Rassurez-vous (un peu), la rue de Grenelle fait valoir que tous les abandons ne sont pas des échecs, puisque certains étudiants se réorientent vers des filières non universitaires (STS, écoles d'ingénieurs, de management, de santé ou d'arts...).

3Quand il va falloir que tu enchaînes les petits boulots pour t'en sortir

Bosser ses cours à la maison, ce n'est pas marrant ? Attendez de le faire après une journée passée derrière la caisse d'un McDo... Environ un étudiant sur trois exerce une activité rémunérée pendant l'année scolaire, selon les derniers chiffres de l'Observatoire national de la vie étudiante (36%) ou de la Smerep (29%). Parmi ces étudiants-travailleurs, 6% sont employés plus de 20 heures par semaine.

Une nécessité au regard du budget très serré des étudiants : selon une étude de Wizbii, 67% de l'ensemble d'entre eux vivent avec moins de 600 euros par mois. Six sur dix assurent d'ailleurs rencontrer des difficultés financières, dont 20% tout au long de l'année, relève encore la Smerep. 

Mais attention : pour ne pas nuire à ses études, il est préférable de choisir un "travail d'appoint" (et non un temps plein) près de chez soi, assure au Monde Barbara Muntaner, du Centre d’information et de documentation jeunesse. 

Grands classiques : le baby-sitting, les cours de soutien, l'aide au devoir ou la restauration. En moyenne, un petit boulot étudiant rapporte 740 euros par mois, estime l'Observatoire national de la vie étudiante. 

4Quand tu vas te mettre à chercher un appartement

Ah, la joie de l'émancipation. L'entrée à la fac est souvent le moment de quitter le cocon familial pour avoir, enfin, son chez-soi. Problème, le loyer est le premier poste de dépenses des étudiants, d'après une enquête de 2016 du syndicat étudiant Unef. Pour se loger, ils déboursent pour un studio, chaque mois, en moyenne, entre 318 euros à Brest et jusqu'à 806 euros à Paris. Dur. Sans oublier que la recherche d'un logement et les garanties exigées pour le décrocher transforment l'aventure en parcours du combattant. Au menu : garants fortement conseillés, clauses abusives, arnaques, visites à trente en même temps dans un studio de 12 m2...

Du coup, en 2016, un tiers des étudiants ont choisi de rester chez leurs parents (32%), selon l'Observatoire national de la vie étudiante. Un autre tiers vivait en location, seul ou en couple. Le dernier tiers était logé dans un bien prêté par un proche (8%), en colocation ou en sous-location (11%). Dernière solution, les résidences universitaires (qui logent 12% des étudiants en 2016), des établissements majoritairement gérés par les Crous.

Problème : le pourcentage d'étudiants logés dans ces logements majoritairement gérés par le Crous, attribués en fonction de critères sociaux, a fléchi ces dernières décennies. "En 1960, 35 % des étudiants des universités étaient logés dans les cités universitaires", notait la Cour des comptes dans son rapport annuel en 2015. 

Les académies de Lille, Paris et Créteil sont particulièrement pointées du doigt, avec plus de 40% de places manquantes par rapport aux objectifs fixés.

5Quand tu vas tomber souvent malade

La santé des étudiants se dégrade. Parmi les 14-22 ans, 15% se déclarent en mauvaise santé, contre 12% en 2016, selon le baromètre 2017 de la Smerep. Dans l'ensemble, ils se nourrissent moins bien, dorment moins et se droguent plus. Ils sont aussi 45% à recourir à l'automédication.

La malnutrition chronique est aussi de plus en plus présente : 38% des étudiants dépensent moins de 5 euros par jour pour se nourrir, contre 22% l'an passé, souligne la Smerep. 

Pas besoin d'aller chercher loin pour comprendre la cause de ces mauvais chiffres. Une fois le loyer et les factures réglés, les "moins de 25 ans" ont en moyenne "89 euros par mois pour vivre et se nourrir de façon tout à fait normale, assure Jean-Jacques Eledjam, président de la Croix-Rouge française, à franceinfo.

Le premier accès qui est supprimé dans la vie d'un jeune, c'est l'accès à la santé.Jean-Jacques Eledjamà franceinfo

6Quand, du coup, tu vas faire une dépression

En France, la dépression touche 7,5% des 15-85 ans, et deux fois plus souvent les femmes. Ce sont les 20-34 ans qui sont les plus touchés (plus de 10% d'entre eux ont fait l'expérience d'un trouble dépressif caractérisé), selon les derniers chiffres disponibles de l'Institut national de prévention et d'éducation pour la santé (Inpes), qui datent de 2010. 

Gilles Bajeux, psychiatre au Centre de la dépression, à Paris, confirme ces chiffres.

En matière de dépression, les jeunes sont une population à risqueGilles Bajeux, psychiatreà franceinfo

En cause : échec scolaire, harcèlement, séparation des parents ou deuil... Le suicide est même la deuxième cause de mortalité chez les 15-29 ans, selon l'Organisation mondiale de la santé.

"Après le bac et au sortir des études, c'est l'incertitude, souligne aussi Angèle Cherif, psychologue au Centre de la dépression. La pression sociale est très importante, sur le travail, le couple, etc. Ceux qui ne correspondent pas à ces attentes se sentent laissés de côté, et cela provoque une baisse de l'estime de soi." 

En cas de "fragilité", il ne faut pas hésiter à "informer l'entourage", rappelle Gilles Bajeux. "Le médecin traitant peut orienter le jeune vers une consultation de psychologie, voire psychiatrique. Il faut aussi utiliser les réseaux institutionnels, comme les infirmiers dans les établissements scolaires."

7Quand t'auras fini par décrocher ton diplôme... Et que les vraies galères vont commencer

Et ne vous réjouissez pas trop vite quand vous aurez décroché votre diplôme universitaire. Une fois les études terminées, encore faut-il trouver du travail. Près d'un jeune de moins de 25 ans sur quatre (23,7%) était sans emploi en France en mars 2017, contre 10,1% de l'ensemble de la population, selon Eurostat.

Mais la situation est meilleure pour les diplômés du supérieur : 75% d'entre eux sont en CDI ou à leur compte après quatre années sur le marché du travail, selon l'Insee. 

Mais tout ça ce n'est pas grave, car la fac c'est le meilleur moment pour...

Faire la fête, alors profitez-en au maximum (si possible pas la veille d'un examen, quand même).

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