"Dans mon collège, c'était n'importe quoi" : que sont ces "classes relais" sur lesquelles compte Jean-Michel Blanquer contre les violences scolaires ?

Jean-Michel Blanquer, le ministre de l\'Éducation, lors de la conférence de rentrée, le 27 août 2019.
Jean-Michel Blanquer, le ministre de l'Éducation, lors de la conférence de rentrée, le 27 août 2019. (CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / AFP)

Le ministre de l'Éducation nationale a présenté mardi 27 août ses mesures contre les violences scolaires. Parmi elles, l'accent mis sur les "classes relais" qui accueillent des élèves exclus plusieurs fois d'un établissement.

Des "classes relais" comme celle de Medhi, Cameron et Bilel à Beauchamp (Val-d'Oise), il en existe aujourd'hui 300 en France. Elles concernent les élèves renvoyés plusieurs fois d'un établissement et existent depuis 1998. Mais Jean-Michel Blanquer, ministre de l'Éducation nationale, a donné le pouvoir aux inspecteurs d'académie d'y envoyer des élèves sans l'autorisation des parents. Une mesure intégrée au plan imaginé après l'agression d'une professeur à Créteil en octobre 2018.

Dans la "classe relais" du collège Montesquieu à Beauchamp (Val-d'Oise), il est l'heure de l'atelier d'écriture. Huit élèves seulement y participent. Tous viennent d'autres collèges du département et sont ici pour la même raison. "Dans mon collège, c'était n'importe quoi, je me battais, j'insultais mes camarades", explique Medhi. "Parce que j'ai fait de nombreuses bêtises, renchérit Cameron. Il n'y a pas longtemps, j'ai eu mon conseil de discipline parce que j'ai fait 'violence en réunion' et une maman a porté plainte contre moi". "Je suis là parce que je me suis déjà fait exclure d'un collège définitivement", conclut Bilel.

Redonner l'envie d'apprendre

Les trois "poly exclus" vont rester deux mois dans cette classe, une respiration loin de leur collège d'origine. "C'est calme, y'a pas de bruit ! s'amuse Medhi, on dirait que c'est une maison de retraite ici..." "Pour ces élèves, tout est à réapprendre, explique Patricia Hesse, cheffe de l'établissement, comment se comporter vis-à-vis des autres, respecter les adultes et les camarades". Son objectif c'est qu'ils retrouvent une posture d'élève : "Ca veut dire venir à l'école, arriver à l'heure et surtout avoir envie d'apprendre." Pour renouer avec ces bases de la vie en société, l'éloignement du collège d'origine est primordial. Dans cette "classe relais" l'emploi du temps est allégé, maths et français sont adaptés et ce n'est pas la répression qui prime.

Peu de sanctions, beaucoup de valorisation

Il y a peu de sanctions dans la classe relais car cela ne fonctionnerait pas avec ces adolescents selon Patricia Geay, coordinatrice du dispositif : "On essaie d'apaiser la violence que ces élèves ont en eux en les valorisant le plus possible. On essaie toujours de leur proposer des activités dans lesquelles ils vont être en réussite, de leur montrer qu'ils sont capables de réussir et de dire des choses intéressantes. Donc, à partir du moment où ils en prennent conscience, ajoute-t-elle, on sent quand même que cette violence en eux s'atténue".

Cette méthode éducative passe beaucoup par l'exemple, comme l'explique José Ongenda, assistant d'éducation : "Je donne toujours un rapport avec le football, je leur dit 'Regardez Zinedine Zidane en 2006, il s'est fait insulter et qui a eu un carton rouge ? Zidane, parce qu'il a frappé'. Parce qu'il faut expliquer à ces jeunes, continue-t-il. 'Oui d'accord c'est pas bien de frapper, mais pourquoi ?'"

Il faut donner un exemple, parce qu'ils ont besoin de choses concrètes.José Ongenda, assistant d'éducation auprès d'une classe relaisà franceinfo

L'équipe reconnaît que le succès n'est pas garanti pour tous. Au collège Montesquieu, il y a l'exemple d'une année où sur une vingtaine d'élèves, seuls huit ont vraiment réussi le retour dans leur établissement d'origine. "C'est déjà pas mal", tempèrent ces professeurs, qui citent aussi fièrement des cas particuliers, comme cet adolescent très difficile devenu pompier volontaire.

Que sont ces "classes relais" sur lesquelles compte Jean-Michel Blanquer contre les violences scolaires ? - reportage Alexis Morel
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