Rétention des notes du bac : l'utilisation du contrôle continu pour les notes manquantes est "un tour de passe-passe"

Des candidats au bac à Strasbourg, le 15 juin 2017 (illustration).
Des candidats au bac à Strasbourg, le 15 juin 2017 (illustration). (DOMINIQUE GUTEKUNST / MAXPPP)

Une professeure de mathématique mobilisée revient sur la solution proposée par Jean-Michel Blanquer face à la grève des notes de certains correcteurs : utiliser le contrôle continu.

Jean-Michel Blanquer veut "essayer de rendre invisibles nos luttes de l'année", dénonce, jeudi 4 juillet, une des enseignantes grévistes qui n'a pas transmis les notes des épreuves du baccalauréat pour protester contre la réforme du lycée et du bac. Sakina, professeur de mathématiques en Île-de-France, estime que l'utilisation des résultats du contrôle continu en cas de notes retenues par les enseignants correcteurs du baccalauréat est "un tour de passe-passe", qui "ne respecte pas le principe d'égalité" de l'examen. 

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Le ministre de l'Éducation nationale Jean-Michel Blanquer a annoncé mercredi qu'en cas de manque d'une note dans une matière, les résultats du contrôle continu seront utilisés pour garantir la proclamation des résultats vendredi. Une fois la note de l'épreuve transmise, la meilleure des deux sera conservée.

franceinfo : Vous attendiez-vous à ce que ce genre de compromis soit trouvé ?

SakinaOui, on s'y attendait, tout à fait. En revanche, il est très inquiétant que le ministre de l'Éducation nationale ne respecte pas le principe d'égalité du baccalauréat en prenant ce genre de décisions. Lorsqu'il va prendre la note du livret scolaire des élèves dont les notes seront manquantes, il n'évaluera pas de la même façon ces élèves et les autres, dont les notes seront présentes. C'est un tour de passe-passe pour essayer de respecter l'engagement qu'il a pris lundi sur l'apparition des résultats vendredi. Encore une fois, c'est pour essayer de rendre invisibles nos luttes de l'année et essayer de satisfaire l'opinion publique. Lorsqu'il affirme que nous sommes minoritaires, c'est certes vrai pour la grève actuelle mais nous répondons à une grande majorité d'enseignants qui sont contre sa réforme.

On estime entre 100 000 et 120 000 copies concernées par la rétention des notes. N'est-ce pas marginal ?

Tout à fait, c'est marginal. En même temps, la prise de décision de retenir les notes du baccalauréat est grave pour nous. Contrairement à ce que le ministre sous-entend, nous sommes consciencieux et sérieux. C'est aussi pour cela que ça n'a pas trouvé un écho majoritaire chez les correcteurs du baccalauréat. En revanche, les revendications des collègues qui retiennent les copies rejoignent totalement celles des collègues qui ne les retiennent pas. Nous ne sommes pas scindés en deux groupes distincts. Nous sommes tous mobilisés et nous l'avons été toute l'année sur la question de la réforme du baccalauréat.

Mais tous les syndicats ne vous soutiennent pas dans la retenue des copies...

Non. En revanche, la majorité des syndicats nous soutiendra si le ministre met ses menaces à exécutions, c'est-à-dire des sanctions qui pourraient aller jusqu'à 15 jours de retenue de salaire. On ne se sent donc pas isolés. On reçoit beaucoup de messages de soutien de nos collègues, correcteurs ou non-correcteurs. On essaie de nous marginaliser, mais ce n'est absolument pas le cas. Nous sommes certes minoritaires dans cette action mais nous sommes majoritaires à être contre la réforme du baccalauréat proposée par M. Blanquer.

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