Quelle école pour les cinq ans à venir ?

La cour d\'une école élémentaire à Paris le jour de la rentrée scolaire, le 4 septembre 2012. 
La cour d'une école élémentaire à Paris le jour de la rentrée scolaire, le 4 septembre 2012.  (FRED DUFOUR / AFP)

Le projet de loi d’orientation et de programmation pour "la refondation" de l’école va être présenté mercredi en Conseil des ministres. Francetv info retient trois points forts du texte.

Elle fixe la politique éducative du gouvernement pour les cinq ans à venir. La loi d’orientation et de programmation pour "la refondation" de l’école doit passer mercredi 22 janvier en Conseil des ministres. Le même jour, François Hollande présente ses vœux à la jeunesse depuis Grenoble. Les attentes sont fortes dans ce domaine, érigé en priorité pendant toute la campagne. Mais déjà, la fronde gronde. Au lendemain d’une grève massive des enseignants parisiens sur la réforme des rythmes scolaires, le SNUipp-FSU, principal syndicat du primaire, appelle mercredi à une journée nationale d'action afin d""interpeller le ministre" sur "les besoins des écoles".

C’est dans ce contexte que Vincent Peillon va défendre son projet de loi composé de 59 articles, préparé pendant six mois et présenté comme "une étape" de la refondation de l’école. Francetv info retient les trois points forts du texte qui cristallisent les critiques.

La création de 60 000 postes

Le plus Après cinq ans de suppression de postes dans l’Education, cette promesse de François Hollande ne pouvait faire que l’unanimité. Elle prévoit, dans le détail, 5 000 postes dans l’enseignement supérieur, 1 000 dans l’enseignement agricole et 54 000 dans l'Education nationale. Près de la moitié de ces 54 000 postes iront à la formation des enseignants. Le primaire, lui, hérite de 14 000 postes, le collège et le lycée de 7 000 postes et le personnel éducatif de 6 000 postes. Comme l’explique Le Monde, Vincent Peillon "a tenu à ce que la loi d'orientation soit aussi une loi de programmation, de peur que la crise laisse s'envoler les 60 000 postes s'ils n'étaient pas inscrits là, noir sur blanc".

Le moins Selon le quotidien du soir, cette manne en termes d’effectifs a un revers important : "Maintenant que tous les postes sont fléchés, quasi inscrits dans la loi, qu'est-ce que Vincent Peillon aura à offrir aux syndicats en échange d'une évolution du métier ?" "Je n'ai quand même pas mis 60 000 postes sur la table pour être emmerdé après", aurait ainsi lâché le Premier ministre, selon des propos rapportés par son entourage à L’Express. "Si on ne transforme pas l’école, on peut bien y mettre 60 000 postes, cela ne suffira pas", fait pourtant valoir auprès de francetv info Jean-Jacques Hazan, président de la FCPE, fédération de parents d’élèves classée à gauche. Pour résumer, le gouvernement aurait avancé ses billes un peu trop vite.

La priorité donnée au primaire

Le plus Tous les spécialistes s'accordent à le dire, il est habile d’avoir concentré les efforts de cette réforme sur le premier degré. Jusqu'à présent, la France a davantage investi dans le secondaire que les autres pays de l'Organisation de coopération et de développement économiques. Or, c’est au primaire que s'installent les difficultés, traînées par certains élèves tout au long de leur scolarité. Résultat, 140 000 enfants sortent chaque année du système scolaire sans diplôme.

Le projet de loi encourage ainsi la scolarisation des moins de 3 ans dans les zones d'éducation prioritaire, les secteurs ruraux isolés et les DOM-TOM (3 000 postes d’enseignants y sont consacrés). Les missions de la maternelle sont aussi redéfinies pour la rentrée 2014, afin de stopper sa "primarisation". Une pression précoce qui met des enfants en difficulté.

En primaire, une langue vivante sera obligatoire dès le CP pour améliorer les résultats français jugés "alarmants" en langues étrangères. Et le principe du "plus de maîtres que de classes" sera mis en œuvre, avec la création de 7 000 postes pour varier les pratiques pédagogiques (co-intervention de deux maîtres dans une même classe, travail en groupes…).

Le moins L'efficacité de la scolarisation dès l'âge de 2 ans ne fait pas consensus. En outre, le volet primaire contient l'épineuse réforme des rythmes scolaires, qui ne passera pas par la loi mais par un décret attendu prochainement. Elle réinstaure la semaine de 4,5 jours, abrogée en 2008, afin d’alléger les journées des élèves, qui ne devront pas dépasser 5h30 et comporter une heure et demie de pause le midi. Les communes ont jusqu’à 2014 pour l’appliquer, mais les acteurs concernés dénoncent une précipitation du gouvernement, qui avait pourtant obtenu un consensus jusqu‘à la rédaction du décret. La grève des enseignants parisiens, où la réforme doit entrer en vigueur cette année, agace au plus haut point. Bruno Julliard, ex-conseiller de Vincent Peillon passé adjoint à la Culture au maire (PS) de Paris, n’a pas hésité à dénoncer "le corporatisme" de (certains) syndicats enseignants.

Un socle commun de connaissances

Le plus Un tout nouveau "Conseil supérieur des programmes" devra réexaminer le socle de connaissances, de compétences, et désormais de culture, pour définir "le principe organisateur de l'enseignement obligatoire" de 6 à 16 ans. Il fera aussi des propositions sur les épreuves du brevet et du baccalauréat. Au collège, l’accent est également mis sur l’orientation "choisie". Le tronc commun devra être le plus long possible (plus d'orientation en classe de 4e) et un parcours de découverte du monde professionnel sera proposé à partir de la rentrée 2015 dès la 6e.

Le moins Comme le relève Le Monde, le texte ne va pas plus loin sur le concept d’"école du socle", qui vise à créer une véritable continuité entre l’école et le collège, afin d'en finir avec cette rupture brutale que constitue l’entrée en 6e. Il fait "juste un premier pas, avec la mise en place d'un conseil pédagogique commun entre primaire et collège". Ce dernier est par ailleurs oublié (pour l'instant) de la réforme des rythmes scolaires, au grand regret de la FCPE. Quant au lycée, le gouvernement l’a volontairement écarté de la réforme, de peur d’ouvrir trop de fronts en même temps.

Et aussi…

Parmi les nouveautés du projet de loi qui font davantage consensus figure la création des Ecoles supérieures du professorat et de l'éducation pour la rentrée 2013, qui remplaceront les défunts IUFM. La formation initiale et continue des enseignants avait quasiment disparu sous la droite, parachutant des profs débutants devant les classes.

Le texte fixe aussi comme objectif une réduction progressive du redoublement, qui coûte cher, alors que son efficacité pédagogique "n'est pas probante". Sont aussi créés un enseignement moral et civique, Pour promouvoir le respect de la personne, de ses origines, ses différences et de l'égalité homme-femme, ainsi qu'une éducation artistique et culturelle. Pour faire entrer l'école dans l'ère numérique, un service public de l'enseignement numérique et de l'enseignement à distance verra le jour. Objectif : prolonger les enseignements, communiquer avec les familles, offrir des ressources pédagogiques aux enseignants ou permettre d'instruire à distance des élèves handicapés.

Le projet de loi devrait être examiné à l'Assemblée en mars, avec cinq mois de retard sur le calendrier initial. 

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