Préavis de grève, syndicats aux aguets... La rentrée sera-t-elle mouvementée chez les profs ?

Des enseignants manifestent contre la loi Blanquer, à Toulouse (Haute-Garonne), le 5 juillet 2019. 
Des enseignants manifestent contre la loi Blanquer, à Toulouse (Haute-Garonne), le 5 juillet 2019.  (ALAIN PITTON / NURPHOTO / AFP)

Après une fin d'année particulièrement tendue, sur fond de baccalauréat perturbé et de grève de correcteurs opposés aux réformes du ministre de l'Education, la rentrée s'annonce globalement prudente du côté des syndicats d'enseignants. 

Après une accalmie estivale, l'année scolaire 2019-2020 démarrera-t-elle comme s'est achevée la précédente ? Pour Jean-Michel Blanquer, cela ne semble pas être une option. Lors de sa traditionnelle conférence de presse de la rentrée, mardi 27 août, le ministre de l'Education nationale a préféré jouer la carte de l'apaisement, plaçant l'année à venir "sous le signe de la maturité et de la réussite" et insistant sur la nécessité de renforcer le bien-être des professeurs. Un changement de ton apprécié et souligné par certains syndicats, mais que d'autres assimilent à un banal exercice de communication. 

"On est inquiets, confie ainsi à franceinfo Frédérique Rolet, secrétaire générale du Snes-FSU, les motifs de mobilisation qui existaient l'année dernière n'ont pas miraculeusement disparu pendant l'été." La porte-parole de l'un des principaux syndicats d'enseignants du secondaire explique attendre la pré-rentrée des professeurs, ce vendredi 30 août, et les problèmes d'effectifs ou d'emplois du temps qui émergeront, pour décider de possibles actions. Elle appelle d'ailleurs les professeurs à prendre leur heure d'activité syndicale, dès le vendredi 30 août, afin de participer à des débats dans leurs établissements. Chez SUD Education, les personnels sont également appelés à se réunir en assemblée générale et à mettre en débat la reprise du mouvement de grève "face à la surdité d'un ministre paternaliste et autoritaire qui fait comme si de rien n'était".

"Tout le monde est parti en vacances dans l'idée qu'il allait falloir en découdre à la rentrée", poursuit Jules Siran, cosecrétaire fédéral du syndicat. 

Plusieurs préavis de grève déposés 

Parce qu'elles savent qu'il y aura des situations difficiles dans certains établissements, plusieurs organisations syndicales ont choisi de déposer des préavis de grève. Jean-Rémi Girard, président du Snalc (Syndicat national des lycées et collèges), indique à franceinfo qu'il s'agit de "couvrir toutes les actions locales pour la pré-rentrée et l'ensemble du mois de septembre". "On pense que ça va être difficile dans plusieurs lycées, car on ne sait pas à quel point la réforme a désorganisé les emplois du temps et si certains établissements n'ont pas réussi à les fournir", poursuit-il. Même son de cloche du côté de la Sgen-CFDT, dont le préavis de grève pour la pré-rentrée et le mois de septembre a été déposé en juin. 

Au SNUipp-FSU, premier syndicat du primaire, aucun préavis n'a été déposé. Mais "les enseignants ont été échaudés par la rentrée précédente et seront bien moins patients. Ils seront extrêmement attentifs à ce que le ministre les prenne en considération et cesse une politique de mise au pas", prévient Francette Popineau, secrétaire générale.

Frédéric Marchand, secrétaire général de l'UNSA Education, dresse le même constat : "On sent que les personnels peuvent être sur la défensive. On n'est pas sur la ligne de la mobilisation pour la rentrée, mais on ne l'exclut pas si des situations la nécessitent." 

Des mesures concrètes exigées 

C'est le mot d'ordre de toutes les organisations syndicales : les paroles doivent se traduire en actes tangibles. "On ne peut qu'être d'accord avec la réussite de tous les élèves, maintenant il s'agit de concrétiser des mesures", souligne Annie Catelas, secrétaire nationale du Sgen-CFDT. 

Francette Popineau, du SNUipp-FSU, regrette d'ailleurs que les nouvelles mesures annoncées par Jean-Michel Blanquer, lors de sa conférence de presse, soient essentiellement "répressives, et non éducatives ou préventives." Elle fait ici référence au plan contre les violences à l'école, dégainé par le ministre de l'Education en réponse au mouvement #pasdevague, lancé après l'agression d'une professeure dans un lycée de Créteil (Val-de-Marne). Parmi les mesures contenues dans ce plan : un renforcement des procédures disciplinaires, la nomination d'un référent violence dans chaque département ou encore l'inscription d'élèves perturbateurs dans des classes relais sans autorisation des parents. Sur ce dernier point, Frédéric Marchand, de l'UNSA Education, attend des précisions de la part du ministre, car "il est difficile de travailler sans les familles"

Les syndicats seront, par ailleurs, particulièrement attentifs sur la question des personnels et de la revalorisation salariale, qui pourrait rapidement mettre le feu aux poudres. "Le ministre revend la prime Rep+, c'est bien mais ça n'a strictement rien de nouveau", explique Frédérique Rolet, du Snes-FSU. "Ce que l'on veut, ce sont des garanties", martèle Jean-Rémi Girard, du Snalc. "Il va falloir chiffrer et rapidement mettre en place un calendrier de rattrapage de pouvoir d'achat, avec un montant à l'arrivée." 

Des comités de suivi qui inspirent la défiance

En recevant les syndicats au cours des derniers jours, Jean-Michel Blanquer a voulu déminer le terrain en annonçant que des "comités de suivi" seraient mis en place pour tenir compte des difficultés éventuelles liées aux réformes et décider d'aménagements. Si cette initiative a été globalement saluée, elle reste l'un des principaux points de méfiance des organisations syndicales et potentiellement un point de tensions. 

Au Snes-FSU notamment, on est assez sceptique quant à leur utilité. "Les comités de suivi n'ont de sens que s'ils permettent d'infléchir vite les réformes du bac et du lycée. Or, ils vont être installés fin septembre, alors le temps qu'ils se mettent en route... Ça risque d'être compliqué pour cette année, d'autant que les premières sessions des épreuves communes sont prévues pour janvier", craint Frédérique Rolet, secrétaire générale. Pour Jules Siran, de SUD Education, ces comités de suivi sont dans la continuité de la politique ministérielle : "C'est nous prendre pour des idiots, c'est utiliser le prétendu dialogue social pour légitimer a posteriori les réformes." Certains voient la rentrée comme une poudrière. Reste à savoir si elle explosera. 

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