Qui est Anas K., l'étudiant qui s'est immolé par le feu à Lyon ?

Des étudiantes en pleurs lors d\'une manifestation après la tentative de suicide d\'un camarade, le 12 novembre 2019 à Lyon.
Des étudiantes en pleurs lors d'une manifestation après la tentative de suicide d'un camarade, le 12 novembre 2019 à Lyon. (NICOLAS LIPONNE / NURPHOTO / AFP)

Le jeune homme de 22 ans a mis le feu à ses vêtements après s'être aspergé d'essence. Brûlé à 90%, il est entre la vie et la mort. Ses proches décrivent un étudiant très engagé, qui faisait la fierté de sa famille.

Son geste désespéré a relancé le débat sur la précarité étudiante. Anas K., un jeune homme de 22 ans, a tenté, vendredi 8 novembre, de mettre fin à ses jours en s'immolant par le feu devant le Crous de Lyon (Rhône). Brûlé à 90%, il est depuis entre la vie et la mort à l'hôpital Edouard-Herriot.

Un syndicaliste "impliqué"

Militant à Solidaires Etudiant-e-s, Anas K. est décrit comme un "pilier" de l'antenne lyonnaise du syndicat révolutionnaire d'extrême gauche. Dans un communiqué, ce dernier salue un "syndicaliste impliqué, toujours prêt à aider les autres, chaleureux, humain". Comme l'explique Le Monde, Anas K. siège au conseil de sa faculté et à la commission de la formation et la vie universitaire (CFVU).

Toujours selon le quotidien du soir, il était investi dans tous les combats du syndicat ces deux dernières années : contre Parcoursup, contre les droits d’inscription pour les étudiants étrangers, pour l’accueil des migrants… Il était même à la réunion la semaine dernière pour préparer les actions du 5 décembre contre la réforme des retraites.

Un passionné de politique

Stéphanois d'origine, Anas K. était "passionné de politique, de sociologie", souligne sa compagne, citée par Le Monde. Croisé par France Bleu Loire lors d'un rassemblement à Saint-Etienne, son cousin décrit un jeune homme qui "s'était mis en sciences politiques pour faire bouger les choses""Il voulait se faire entendre pour des causes justes. Il était maxi intelligent (...) c'était la fierté de la famille", a-t-il poursuivi les larmes aux yeux.

Un jeune homme qui "ne donnait pas l'impression d'être dépressif"

Aucun de ses proches interrogés par la presse ne s'est douté de quelque chose jusqu'au dernier moment. "Il y a deux semaines, il rigolait et blaguait avec nous. Il ne donnait pas l'impression d'être dépressif. Il ne se plaignait jamais de sa situation de précarité, il était toujours tourné vers la lutte et ne baissait pas les bras", témoigne un syndicaliste interrogé par Le Progrès.

Au Monde, l'un de ses enseignants confie n'avoir rien vu venir. "Encore la semaine dernière, je l'engueulais avec son groupe, dans le cadre d'un dossier à préparer, raconte Romain Meltz. Ils avaient décroché un rendez-vous avec la maire de Vénissieux, mais il leur fallait encore trouver un autre candidat aux municipales. Il souriait, et répondait avec ses camarades qu'ils allaient très vite trouver…" Un autre décrit un jeune homme "très loin de l’image d’un étudiant marginalisé ou vulnérable".

Un étudiant en difficulté scolaire et en grande précarité

Anas K. ne parlait pas souvent de ses difficultés personnelles. D'ailleurs, Nathalie Dompnier, présidente de Lyon 2, a assuré à l'AFP que l'établissement n'avait pas connaissance "de difficultés personnelles" de l'étudiant. Néanmoins, sa précarité n'était pas un secret pour ses proches. "Il avait du mal à payer ses factures avec sa seule bourse, se souvient Beverly Rubin, membre du syndicat Solidaires auprès de Libération. En plus, son logement étudiant était insalubre, avec des punaises de lit, des cafards, mais il n’aimait pas s’attarder sur sa situation personnelle."

Ce logement, Anas K. l'a perdu à la rentrée 2019, en même temps que sa bourse. En effet, il triplait sa deuxième année. Le Crous lui a donc coupé les vivres, comme le prévoient les règles d'attribution. Sa demande d'aide supplémentaire avait été rejetée. Selon sa compagne, citée par Le Monde, il vivait en partie chez elle, à Lyon, et en partie chez ses parents, à Saint-Etienne.

Si vous avez besoin d'aide, si vous êtes inquiet ou si vous êtes confronté au suicide d'un membre de votre entourage, il existe des services d'écoute anonymes. La ligne Suicide écoute est joignable 24h/24 et 7j/7 au 01 45 39 40 00. D'autres informations sont également disponibles sur le site du ministère des Solidarités et de la Santé.

Vous êtes à nouveau en ligne