Japon : les transgenres forcés à la stérilisation pour changer d'identité

France 24

Les transgenres japonais doivent se faire stériliser s’ils veulent que leur nouveau sexe soit officiellement reconnu. Une obligation jugée contraire aux droits humains par de nombreuses organisations internationales mais qui, selon la Cour suprême nippone, ne va pas à l’encontre de la Constitution du Japon.

En apparence, rien ne distingue Fumino Sugiyama des autres hommes. Il porte la barbe, a la voix grave, est en couple avec une femme et a un enfant. Pourtant, Fumino est un homme transgenre. Né avec un sexe féminin, il est gêné par son apparence :

"Je suis né fille cadette de la famille Sugiyama mais aussi loin que je me souvienne, je me suis toujours senti mal à l'aise avec mon corps. Quand je suis entré à la maternelle, ma mère m'a dit de mettre une jupe mais je me suis enfui et j'ai pleuré." 

A l'âge adulte, Fumino Sugiyama subi une masectomie pour se débarrasser de sa poitrine mais il conserve ses ovaires. Son apparence change drastiquement mais sur ses papiers d'identité, il est toujours présenté comme une femme. Pour faire reconnaître légalement son changement de sexe, Fumino devrait l'ablation de ses ovaires, c'est-à-dire une stérilisation. Sans ça, le gouvernement ne procèdera pas au changement de genre sur ses papiers d'identité, ce qui n'est pas sans conséquence : "Ca fait 8 ans que je suis avec ma copine. Si je devais décrire notre relation, je dirais que nous sommes un couple homme-femme normal. Mais, légalement, nous sommes un couple de même sexe, on ne remplit donc pas les critères pour pouvoir se marier." 

Face aux multiples contraintes, beaucoup de Japonais décident, à contre-coeur, de se soumettre à l'impératif du gouvernement. Mais de nombreuses organisations internationales estiment que cette exigence est contraire aux droits de l'homme, comme l'explique Kyle Knight, Chercheur à Human Rights Watch : "Non seulement les gens comme Fumino ne peuvent pas se marier parce qu'ils n'ont pas les bons papiers mais ils doivent aussi se battre pour avoir accès à la sécurité sociale, à l'éducation et voyager avec des documents qui ne sont le reflet ni de leur identité ni de leur apparence. Certaines personnes transgenre choisissent de subir des opérations chirurgicales pour que leur corps ressemble à ce qu'ils veulent être mais ces procédures devraient être complètement indépendantes de tout processus légal pour la reconnaissance de leur identité." 

Pour l'instant, rien n'indique que Tokyo soit prêt à modifier la loi. En janvier, la Cour suprême a estimé que l'impératif de stérilisation n'est pas contraire à la Constitution japonaise.

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