"C'est une arnaque !" : l'anonymisation partielle des dossiers Parcoursup peine à convaincre

Site de Parcoursup (illustration).
Site de Parcoursup (illustration). (THIERRY THOREL / MAXPPP)

Le nom, le prénom, l'âge et l'adresse des candidats n'apparaissent plus dans les dossiers Parcoursup. Mais le nom du lycée reste, ce qui fait craindre à certains jeunes des discriminations géographiques.

Les lycéens en Terminale ont jusqu'à jeudi 14 mars à minuit pour formuler sur Parcoursup leurs vœux d'orientation pour l'année prochaine. Pour sa deuxième année, la plateforme d'accès à l'enseignement supérieur connaît plusieurs ajustements.

Le dernier annoncé, c'est l'anonymisation des dossiers des candidats, pour répondre aux soupçons de discriminations. Mais la mesure peine à convaincre. "C'est une crainte que j'ai de ne pas être prise à cause de là où j'habite", confie par exemple cette élève d'Aubervilliers, en Seine-Saint-Denis. Elle a clairement peur d'être désavantagée sur Parcoursup : "Je me dis que peut-être, ils vont voir que je viens de l'académie de Créteil."

Ils vont privilégier quelqu'un qui vient d'un lycée de Paris plutôt qu'un lycée de banlieue.une élève de Terminale à Aubervilliersà franceinfo

Même crainte chez cette autre jeune fille : "Ils vont voir qu'on vient de Seine-Saint-Denis, ils ne vont même pas faire l'effort de voir notre dossier, ils vont directement nous classer."

Selon le ministère, il n y a aucune discrimination sur Parcoursup. Mais pour répondre à ce ressenti, qui lui existe bel et bien, le nom, le prénom, l'âge et l'adresse des candidats ne seront plus indiqués. En revanche, le lycée d'origine lui, figurera toujours sur le dossier, il ne sera pas anonymisé. "En fait ça ne change rien au final, regrette une élève. Autant laisser directement l'adresse. S'ils regardent de quelle zone le lycée est, si tu viens de la banlieue, ils vont savoir. C'est une arnaque !"

Une anonymisation contre-productive, pour certains

Alors pourquoi laisser le lycée ? Selon le ministère, c'est une information utile, précisément pour aider les élèves des établissements les moins cotés et garantir une mixité sociale dans l'enseignement supérieur. Dans ce secteur justement, certains responsables de formations sélectives ne comprennent pas cette polémique.

Nous sommes à la fois surpris et choqués qu'il puisse y avoir un soupçon même de discrimination de ce type-là.Jean Bastianellià franceinfo

C'est le cas de Jean Bastianelli, qui préside l'association des proviseurs de classes prépas. Il appliquera l'anonymisation partielle, mais sans grand enthousiasme : "Nous avons repéré qu'il y avait une demande forte des familles à ce que l'on étudie les dossiers non pas par des algorithmes automatiques mais de façon personnalisée et individuelle. Quand on parle d'anonymisation, on va exactement dans le sens inverse. Au lieu de dire 'on étudie le parcours d'un élève', on dit 'il faut que ce soit anonyme', et au fond, on va créer une sorte de barème qui va mettre tout en musique de façon automatique."

Un premier bilan de l'anonymisation sera réalisé à la fin de la procédure Parcoursup. Le ministère promet d'en tirer très vite les conclusions.

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