Portables à l'école : "Ce qui est vraiment important, c'est l'éducation aux outils numériques"

Elèves de l\'école Spinoza à Montpellier, le 5 janvier 2016.
Elèves de l'école Spinoza à Montpellier, le 5 janvier 2016. (JEAN MICHEL MART / MAXPPP)

Frédérique Rolet, secrétaire générale du SNES-FSU, premier syndicat des professeurs de collège et de lycée était l'invitée, jeudi 7 juin, de franceinfo. Les députés ont voté jeudi la loi permettant d'interdire les smartphones dans les écoles à partir de la rentrée prochaine. 

Les députés ont voté jeudi 7 juin 2018 la loi permettant d'interdire, à partir de la prochaine rentrée, l'usage des smartphones dans les écoles maternelles, primaires et les collèges. Une interdiction "effective", puisqu'elle n'était pour l'instant appliquée que dans la moitié des collèges.

Dans l'opposition, tous les groupes parlementaires ont dénoncé l'"inutilité" du texte, qualifié de "tartufferie" par les députés LR. Frédérique Rolet, secrétaire générale du SNES-FSU, premier syndicat des professeurs de collège et de lycée, est plus réservée : plus que l'interdiction, "ce qui est vraiment important, c'est l'éducation aux outils numériques".

Jean-Michel Blanquer, le ministre de l'Education, a par ailleurs pris les devants en annulant un amendement de députés LREM proposant d'étendre l'interdiction aux adultes travaillant dans les écoles.

Êtes-vous rassurée par le fait que l'interdiction du portable n'est finalement pas étendue aux professeurs et au personnel éducatif ?

Frédérique Rolet Oui, je pense que le ministre de l'Education s'exposait à un mécontentement très fort de la profession. Les profs sont des fonctionnaires, des adultes responsables. Vouloir essayer de les infantiliser en mettant une espèce de pression, ça ne rimait à rien.

Que pensent les professeurs de cette interdiction ? C'était nécessaire de passer par la loi ?

La loi existait déjà. Ce qu'on appelle le code de l'éducation interdisait l'utilisation du téléphone portable dans toutes les activités de nature pédagogique. Là, on inverse : c'est autorisé quand le professeur considère que ça peut être un outil intéressant et on préconise de le fermer, ou même de le confisquer, dans l'ensemble des lieux du collège, que ce soit la cour de récréation, les couloirs, etc. En même temps, plus de la moitié des collèges avaient, dans le règlement intérieur, l'interdiction de l'utilisation du téléphone portable dans l'enceinte de l'établissement. Donc pour les profs, je pense que c'est pas un sujet. On a d'autres chats à fouetter : la question des effectifs, la question de la rentrée, des programmes...

Cela va tout de même permettre de généraliser l'interdiction ?

Encore que, l'idée que l'on puisse maintenant confisquer le téléphone en cas d'infraction est juridiquement un peu fragile. Un téléphone portable est une propriété personnelle. On voit les risques : si le téléphone est cassé ou volé... les parents pourraient, à juste titre, s'en plaindre. Donc là je ne suis pas sûre que l'assise juridique soit désormais beaucoup plus fiable. En tout cas, ce n'est pas le sujet majeur dans les salles des profs. Ce qui est vraiment important, c'est l'éducation aux outils numériques. On voit bien les dérives : vidéos, photos, harcèlement, etc. C'est plutôt faire prendre conscience que c'est un outil qui peut être intéressant, mais qui doit rester un outil.

Jean-Michel Blanquer a présenté ce texte comme un signal à envoyer à notre société. En clair : il faut moins d'écran pour nos enfants. Vous êtes d'accord ?

On ne peut pas être à contre-courant de la société uniquement par la sanction. On sait que maintenant 93% des jeunes mineurs disposent d'un téléphone portable. Ils disposent de tablettes, d'ordinateurs, ils utilisent beaucoup les réseaux sociaux... Le but est plutôt de les éduquer à leur usage que d'avoir un discours qui se veut de fermeté, mais qui ne sera pas forcément très opératoire.