Le parcours du combattant des étudiants réfugiés

(Accueil spécifique de 20 étudiants refugies pour un cursus d’initiation au français à l’Université Paris Ouest Nanterre la Défense le 28 janvier 2016 © Maxppp)

A l’occasion de la journée mondiale des réfugiés, France Info a tendu le micro aux étudiants que la France a accueillis cette année. A l'automne dernier, le gouvernement s'était engagé à ouvrir ses universités à quelques milliers de Syriens. Aujourd'hui, c'est le parcours du combattant pour ces étudiants en exil, pas certains de pouvoir rester et s'inscrire à l'université à la prochaine rentrée.

France Info a rencontré un jeune Syrien qui préfère garder l'anonymat. Son parcours est semé d'embûches. Il ne préfère pas s'exposer. C'est un jeune de 26 ans quasiment bilingue. Il était étudiant en français à Alep, en Syrie. La France le faisait rêver. Aujourd'hui, il déchante.

Il préfère témoigner en gardant l'anonymat :

 

Un étudiant syrien en français témoigne au micro de Célia Quilleret
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Nous l'avons rencontré dans la très belle cour de l'Ecole normale supérieure, dans le 5e arrondissement de Paris. C’est là qu'il a été accueilli cette année pour des cours de français, comme quarante autres étudiants réfugiés. Il est arrivé en novembre après avoir traversé l'Europe avec sa femme de 21 ans, étudiante à la Sorbonne. Ils ont été aidés par une association. Une place leur a été offerte dans un centre d'accueil de demandeurs d'asile assez loin de Paris.

 

"Ici, pour les choses administratives, c’est vraiment compliqué. Heureusement que je parle français. Maintenant, on touche pour deux personnes 306 euros par mois. Je n’imaginais pas que ce serait comme ça. Il faut trouver un logement et ensuite de quoi survivre ", explique notre interlocuteur. 

 

"Je ne pense pas à l’avenir vraiment parce que si je le fais je serai triste"

Mardi dernier, le couple a obtenu le statut de réfugié. C'est une bonne nouvelle mais en conséquence ils ont deux mois pour quitter leur centre d'accueil de demandeurs d'asile. Alors l'angoisse d'être à la rue commence à monter. Comment trouver un logement avec 300 euros par mois ? Et comment s'inscrire à l'université sans adresse ? Impossible. 

"L’Etat dit d’une manière indirecte qu’il ne veut pas de réfugiés. Je pense à vivre la journée en apprenant le français. Je ne pense pas à l’avenir vraiment parce que si je le fais je serai triste ", confie l'étudiant qui voudrait s'inscrire en master de sciences du langage à Paris 3 Sorbonne à la rentrée dans l'objectif de devenir traducteur. Mais sans logement, il ne pourra pas.

 

Le difficile pari de l'intégration

Ces réfugiés désireux de faire des études en France rencontrent essentiellement des difficultés administratives. Tout est très encadré. Pour certaines universités  il faut le statut de réfugié pour s'inscrire, c'est long. Il faut également une sécurité sociale étudiante et dans tous les cas il faut un logement, mais cela suppose des aides sociales. Certaines universités déploient des efforts pour les accueillir gratuitement. C'est le cas à l'Ecole des hautes études en sciences sociales, où Liora Israël, maître de conférences en sociologie, accueille une quinzaine d'étudiants réfugiés. 

 

"On a des gens qui sont là depuis quelques temps, qui sont bénéficiaires du RSA. Mais actuellement en France lorsqu’on s’inscrit à l'universaité on perd le bénéfice du RSA. Donc ils se retrouvent devant des arbitrages du types "soit je choisis de suivre des études, de me professionnaliser, de faire le pari de l’intégration et je perds la petite somme, vraiment minimale pour vivre, dont je dispose... soit je renonce à suivre des études pour garder cette somme qui en même temps ne permet pas non plus de vivre et de se projeter dans un avenir".  Il y a aussi certains étudiants, quand ils sont en foyer, qui sont relocalisés en province du jour au lendemain alors qu’ils sont en cours de formation chez nous. C’est un gâchis de temps, d’énergie et de potentiel pour tout le monde ", déplore-t-elle.  

Un manque d'information

Ces écoles, ces universités ne font pas de publicité pour ces programmes d'accueil car elles sont saturées de demandes. Des étudiants se sont également mobilisés au sein du Resome, le réseau d'études supérieures pour l'orientation des migrants et des exilés. Pauline Bertholon, en master à l'EHESS, est allée dans les camps pour informer les étudiants. Elle raconte : 

 

"Sur ces camps, des personnes se sont rendues compte qu’il y avait des individus en exil qui avaient véritablement envie de reprendre des études. Le recensement s’est fait comme ça, petit à petit, par rencontres, par le bouche à oreille. Mais c’est tout à fait inégalitaire. Il y a un grand manque d’information. Les migrants ne savent pas forcément s’ils peuvent reprendre leurs études. On a besoin d’une vraie campagne d’information ".

 

Comme Pauline, d'autres étudiants militants souhaiteraient que les jeunes en exil puissent s'inscrire à l'université sans forcément attendre le statut de réfugié.

 

Loin des promesses du gouvernement

Le ministère ne peut pas recenser le nombre d'étudiants réfugiés accueillis. Thierry Mandon, le secrétaire d'Etat à l'enseignement supérieur, veut bâtir une politique publique d'accueil des étudiants réfugiés et promet des moyens supplémentaires, mais sans les chiffrer. Pourtant, les universités ont besoin de crédits supplémentaires.

Finalement, certains étudiants migrants parviendront sans doute à s'inscrire à l'université à la rentrée, mais ils font figure d'exception. Et aucun chiffre officiel ne circule sur l'accueil de ces étudiants syriens en France. Depuis cinq ans, seuls 10 000 Syriens ont obtenu le statut de réfugié en France selon l'OFPRA, ils sont 5 millions à avoir fui leur pays.

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