Etre féministe en 2013 : même combat, nouveaux moyens

(Maxppp)

ENQUETE | La journée internationale des femmes qui se tient ce vendredi est l'occasion de s'intéresser aux nouvelles féministes. De la bande dessinée au Web, des Femen au collectif La Barbe, voyage dans la sphère des féministes version 2013.

"Qui va garder les enfants ? ". Cette phrase
lancée par Laurent Fabius en 2007 alors que Ségolène Royal annonce qu'elle
envisage d'être candidate à l'élection présidentielle est un électrochoc pour
une génération.

Des jeunes trentenaires découvrent alors que l'égalité, celle
qu'elles pensaient acquise en partie du moins, est loin d'être vraie dans tous
les domaines. En particulier, dans lieux de pouvoir et la politique où
manifestement les femmes n'ont encore pas leur place comme le met en évidence
le déferlement de remarques sexistes concernant la candidate socialiste en
2007.

Entre 2006 et 2010, elles sont alors nombreuses à se
demander : qu'est-ce que je peux faire pour changer ça ? Association, journaux, collectifs..., en quelques années de
nombreuses initiatives vont naître.

Et parmi ces jeunes féministes, le collectif La Barbe, fondé par un
groupe de quelques amies révoltées notamment par les réactions à la candidature
de Ségolène Royal. L'objectif : investir les lieux de pouvoir par le biais de ce collectif féministe. Concrètement qu'est ce que cela
signifie ? Ilana, étudiante de 24 ans, nous l'explique." Il faut que les hommes puissent se voir à travers l'image qu'on leur renvoie en portant ces barbes. Qu'ils puissent se rendre compte de l'entre soi qu'ils cultivent dans les lieux de pouvoir ".

Ilana explique aussi que ces féministes qui font peur à
certains ont en leur temps manier l'humour. L'une des premières actions du MLF
avait été de déposer une gerbe sur la tombe du soldat inconnu en rappelant
qu'il y a plus inconnu que le soldat : sa femme.

Travailler avec les hommes contre le sexisme

La Barbe se revendique de cet héritage qui moque le pouvoir masculin.
Tout comme la créatrice de BD Blandine, auteure de La P'tite Blan , et de Sois
gentil, tais-toi et dors
qui étrille joyeusement les hommes via les échanges sans
concession d'un couple dans l'intimité d'une chambre à coucher. Blandine est à
l'écriture et Galou, un homme, illustre
ses histoires. C'est ensemble qu'ils militent et qu'ils travaillent.

 

Balndine raconte aussi la réaction de certains hommes lorsqu'ils ont lu cette BD. "A une femme, on peut faire tout et n'importe quoi de son corps de son apparence. Mais que mon personnage masculin soit malmené par sa compagne, pour certains hommes, c'est insupportale. On touche à leur virilité. C'est tabou ."

Dans le même esprit et face aux mêmes difficultés, des
années après le Mouvement de Libération des Femmes (MLF), les médias sont encore rétifs à laisser s'exprimer les féministes.
La presse dite féminine fait régulièrement des sujets sur le féminisme mais les
sommaires traitent plus souvent de mode et de beauté que d'inégalités
salariales.

Le féminisme 2.0

C'est sur ce constat que nait le magazine Causette en 2009.
Avec une petite équipe et les moyens du bord, "le journal plus féminin du
cerveau que du capiton
", comme il se revendique, va rapidement connaître le
succès via Internet et les réseaux sociaux. Le buzz se fait autour de ce
nouveau média.

Un
moyen efficace de contourner les systèmes promotionnels et médiatiques
traditionnels. Comme l'ont fait les
fondatrices d'Osez le féminisme . Caroline de Haas, désormais conseillère auprès
de Najat Vallaud-Belkacem, constate que la demande existe mais qu'il faut
contourner les médias traditionnels.

Le féminisme 2.0 est né. Osez le féminisme se développe. Et
l'une des revendications du mouvement, la création d'un ministère des droits des femmes, devient une réalité avec l'élection de François Hollande. "J'ai l'impression que les choses avancent, explique Caroline de Haas. Même s'il est toujours plus consensuel de parler d'égalité que de féminisme.  "

Et dans les faits, malgré cette nouvelle génération de militantes, les inégalités persistent et rapidement les nouveaux mouvements
sont confrontés aux mêmes blocages dans la société. Alors que faut-il faire ?

Le corps, nouvelle arme du combat féministe

Depuis
quelques mois, les féministes venus d'Ukraine, les Femen revendiquent un
féminisme d'un nouveau genre, le "sexetrèmisme". Sein nus, des slogans rouges sur
le buste, elles entrent dans les lieux où elles jugent que le sexisme s'exprime
le plus violemment pour le dénoncer. Pour certaines d'entre elles, comme Inna,
se mettre à moitié nue a été difficile. Pour Okxana, pas de doute, la fin
justifie les moyens.

Se servir de leur corps, se le réapproprier pour en faire une
arme. Une démarche qui ne fait pas l'unanimité au sein du mouvement féministe
qui s'interroge sur la pertinence de ce type d'actions pour faire reculer le
sexisme.

La lutte contre le sexisme commence à l'école

Un autre moyen consiste à éduquer les plus jeunes sur cette
question dès le collège comme l'explique Laëtitia Puertas du Centre audiovisuel
Simone de Beauvoir
qui anime des ateliers dans les écoles. Tous les jours, elle constate que sous le vernis du politiquement correct, le machisme est encore bien présent au sein des jeunes générations.

Ces mouvements ont donc de beaux jours devant eux. Il faudra
encore beaucoup de journées du 8 mars avant que les femmes ne deviennent des hommes
comme les autres.

Vous êtes à nouveau en ligne