"Ce n'est plus possible de bricoler" : le malaise des enseignants-chercheurs à l'université

L\'université Paris 8 Vincennes/St-Denis (Seine-Saint-Denis) en grève, le 12 février 2020.
L'université Paris 8 Vincennes/St-Denis (Seine-Saint-Denis) en grève, le 12 février 2020. (ALEXIS MOREL / FRANCE-INFO)

Avec la future loi de programmation de la recherche, les universitaires craignent une précarisation des contrats, et plus de concurrence pour les financements. À l'université Paris 8, des enseignants-chercheurs se sont prononcés pour la fermeture de la première année de licence d'informatique, faute de moyens.

Des mouvements de grève et des actions coup de poing se multiplient ces derniers jours dans les universités. Les enseignants-chercheurs s'inquiètent de la future loi de programmation de la recherche, qui doit être présentée d'ici début avril en Conseil des ministres.
On n'en connaît pas encore le contenu, mais les universitaires craignent une précarisation des contrats, et davantage de concurrence pour les financements. Le texte cristallise de nombreuses peurs dans des universités où l'on se plaint déjà d'un cruel manque de moyens.

"Ce n'est plus possible de faire notre métier comme il faut"

Exemple à l'université Paris 8, en Seine-Saint-Denis : dans la grande salle de la licence informatique, cet après-midi de février, enseignants et étudiants sont réunis en assemblée générale. "On est là pour vous et on aime notre métier. C’est juste que là, ce n’est plus possible de le faire comme il faut", annonce l'un des professeurs. Ici, la moitié d'entre eux a voté la fermeture de la première année d'informatique l'année prochaine.

Une décision forte, très symbolique pour l'instant. Une façon pour eux de dire qu'ils n'ont plus les moyens d'enseigner convenablement face à une promo de 90 étudiants. "Il fut un temps où on bricolait un peu mais ça restait raisonnable. Depuis six mois, un an, ce n’est plus possible de bricoler", affirme Farès, enseignant-chercheur et maître de conférences. Selon lui, ils ont perdu cinq postes d'enseignants en deux ans. "Par exemple, un cours que j’ai donné cette année à une classe en cours magistral, là où avant on faisait les séances de TD à 30, 35 étudiants, cette année on était 70", affirme-t-il.

On a un nombre d’étudiants qui est plutôt en progression, et en parallèle, 30 % d’enseignants en moins.Farès, enseignant-chercheurà franceinfo

Des postes en moins, mais aussi pas assez d'ordinateurs pour tous les étudiants, ni pour les enseignants. Jean-Jacques, est enseignant en informatique, 29 ans de carrière universitaire : "Pour demander à pouvoir avoir un ordinateur quand j’ai un ordinateur qui a été volé, il m’a fallu huit mois et je ne sais pas combien de dossiers pour réussir à avoir un autre ordinateur pour travailler avec. Huit mois et des dossiers !"

Ils ne comptent plus leurs heures complémentaires

Avec tout cela, si la licence fonctionne encore, selon son collègue Pablo, c'est parce que les professeurs acceptent de faire bien plus d'heures que leur service normal. "L’an dernier, j’ai fait 186 heures complémentaires, l’année d’avant j’en faisais 120, ça veut dire un peu plus de cinq mois de travail en plus", explique-t-il.

Malgré cet effort de l’équipe pédagogique, on a les TP qui ne sont plus dédoublés, et il y a carrément un cours de L2 qui n’est plus donné du tout !Pablo, enseignant-chercheurà franceinfo

Dans ce contexte, autant dire que la partie "recherche" passe au second plan. "Je suis enseignant-chercheur, mais vous pouvez enlever le mot chercheur, parce que la recherche, je ne sais pas à quel moment je peux la faire", ajoute Farès. "En pratique, je la fais pendant mes vacances. Et pourtant, on est jugé seulement sur cet aspect-là", regrette-t-il.

De son côté, la direction de la formation assurent que la licence informatique ouvrira bien l'an prochain et que les moyens alloués permettent tout à fait aujourd'hui et permettront encore demain de proposer tous les cours.

Le malaise des enseignants-chercheurs de l'université Paris 8 - Reportage d'Alexis Morel
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