Assurances pour les enseignants : "On ne sait jamais comment une situation peut dériver"

Un enseignant entouré d\'élèves lors de l\'épreuve de philosophie du baccalauréat, le 17 juin 2015 à Lambersart (Nord).
Un enseignant entouré d'élèves lors de l'épreuve de philosophie du baccalauréat, le 17 juin 2015 à Lambersart (Nord). (THIERRY THOREL / CITIZENSIDE / AFP)

Plus de la moitié des professeurs souscrivent une assurance pour les assister en cas de conflit ou d'agression. Francetv info a rencontré deux de ces assurés.

Les enseignants ont-ils peur ? C'est ce que pourrait laisser penser Le Parisien, lundi 12 octobre : selon le journal, plus de la moitié d'entre eux souscrivent une assurance liée aux risques de leur métier, "l'offre métiers de l'éducation" proposée par la Maif et l'Autonome de solidarité laïque (ASL). Elle donne droit, notamment, à une prise en charge des honoraires d'avocat, des frais médicaux ou d'hospitalisation en cas d'agression, et offre des conseils en cas de conflit. 

Francetv info a interrogé deux de ces assurés.

Du soutien dans les moments de stress

Au début de sa carrière, il y a une dizaine d'années, Luc, enseignant d'un lycée professionnel de région parisienne, a vite compris l'intérêt d'une telle assurance. "Une élève s'était absentée pour un problème au poignet. Ne la voyant pas revenir, j'ai téléphoné chez elle le samedi", pour demander si elle avait besoin de récupérer les cours. "Jugeant qu'ils n'étaient pas l'intermédiaire de leur fille, ses parents m'ont expliqué qu'ils ne trouvaient pas ça normal". C'est à ce moment-là que les collègues de Luc lui expliquent qu'il vaut mieux se protéger face à des parents "parfois très suspicieux".

Etienne, prof d'EPS dans un collège de La Courneuve (Seine-Saint-Denis), a lui aussi reçu ce conseil de ses collègues, dès son arrivée dans son premier établissement. Mais il était déjà averti par l'expérience de sa mère, institutrice. "Une fois, un parent d'élève l'a menacée de mort. Demander conseil à l'assurance lui a permis d'être guidée dans ses démarches juridiques." L'affaire n'ira finalement pas plus loin qu'un rappel à la loi pour l'agresseur. Mais, "dans des moments de stress, il est toujours intéressant d'avoir un soutien".

"Un ou deux cas par an, c'est le maximum"

Aujourd'hui secrétaire académique du syndicat SE-Unsa, Luc renvoie systématiquement les enseignants vers l'ASL en cas de problème d'ordre juridique. Mais les cas où cette assurance est vraiment nécessaire sont rares : "L'académie de Créteil n'est pas une académie simple, mais si j'ai vent d'un ou deux cas par an [où un enseignant fait appel à cette assurance], c'est le maximum." Pour autant, il conseille à tous ses collègues de la souscrire. "On ne sait jamais comment une situation peut dériver : un mot plus haut que l'autre, un geste brutal. Cela permet de nous rassurer."

Selon lui, la crainte de violences, de la part de parents ou d'élèves, est la principale raison pour laquelle les enseignants souscrivent cette assurance. Ce n'est pas le sentiment d'Etienne, le professeur de La Courneuve : "Je ne vais pas au travail avec la peur au ventre à l'idée d'être agressé." Il cite plutôt le cas d'un confrère, suspendu parce que des parents d'élève avaient jugé anormales des photos prises à des visées pédagogiques lors d'un cours de sport. "Nous, les profs de sport, on est peut-être plus sensibilisés à ces questions, car il y a un rapport au corps." Six de ses sept collègues d'EPS sont assurés.

"On n'aurait pas besoin d'en arriver là si on pouvait s'expliquer correctement", regrette Etienne, pour qui le dialogue est parfois difficile. Même constat pour Luc, qui déplore la dérive procédurière de certains parents. "Mais la relation de confiance reste très majoritaire", tempère-t-il. Cela ne lui fera pas pour autant abandonner son assurance.

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