"On n'a pas de visibilité, c'est anxiogène" : à l'université, la difficile mise en place de Parcoursup, le successeur d'APB

Des étudiants suivent un cours à la faculté de médecine de Paris, le 27 janvier 2016.
Des étudiants suivent un cours à la faculté de médecine de Paris, le 27 janvier 2016. (MAXPPP)

Dès le 22 janvier, les élèves de terminale doivent pouvoir consulter les différents cursus et remplir jusqu'à 10 souhaits d'orientation sur cette nouvelle plateforme. En attendant, chaque université doit paramétrer le logiciel. Une tâche qui s'avère compliquée.

Elle est censée faire oublier le fiasco d'APB (admission post-bac). La nouvelle plateforme d'accès à l'enseignement supérieur, Parcoursup.fr, doit ouvrir lundi 15 janvier. Le ministre de l'Education nationale, Jean-Michel Blanquer, a promis dans les "4 vérités" sur France 2 "un système plus juste, plus rationnel et plus humain". Avant de pouvoir juger de la nouvelle formule, encore faut-il la mettre en place. Et, d'après des premiers témoignages recueillis par franceinfo, tout cela semble laborieux.

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Dès le 22 janvier, les élèves de terminales doivent pouvoir consulter les différents cursus accessibles et remplir jusqu'à 10 souhaits d'orientation. Ils pourront ensuite formuler des "sous-vœux". "Cette histoire de vœux et sous-vœux a été annoncée pendant les vacances, mais c'est encore tellement vague", se désole Pierre Chantelot, secrétaire national du Snesup-FSU et professeur à Marne-la-Vallée, à franceinfo.

Au total, la liste ne devra pas excéder 20 vœux. Chaque université doit maintenant réunir une équipe pédagogique chargée de rentrer dans le nouveau logiciel les critères pour trier toutes les candidatures à venir, selon des "attendus" nationaux. Autrement dit "les connaissances et les compétences" requises pour accéder à telle ou telle formation.

"C'est tout simplement infaisable"

"Les réunions se multiplient mais on n'a pas de visibilité. C'est très anxiogène pour tout le monde, affirme à franceinfo Laure Echalier, vice-présidente du conseil des études de la vie universitaire de Montpellier. Combien de dossiers à traiter ? Pour quand ? Quels outils pour nous aider à la prise de décision ?"

On navigue à vue. Ce qui va se passer, c'est que chaque université va gérer les choses comme elle peut.Pierre Chantelot, secrétaire national du Snesup-FSUà franceinfo

Certains dénoncent aussi une charge de travail trop importante dans des délais impartis trop courts. Dans certaines universités, les équipes pédagogiques consacrent une journée à déterminer ce qui est un bon dossier ou non. "En un jour, on est censés établir des critères transparents pour les familles, explique au Parisien Annabelle Allouch, maître de conférences en sociologie à l'université d'Amiens. C'est tout simplement infaisable." Pour faire face à cette charge de travail supplémentaire, la ministre de l'Enseignement supérieur, Frédérique Vidal, a promis une enveloppe spéciale de six millions d'euros.

"Quels moyens financiers et humains ?"

Une enveloppe qui ne résout pas tout. Dans "Dimanche en politique" sur France 3Frédérique Vidal a assuré que l'université devra dire "oui dans tous les cas" à l'étudiant, quitte à "adapter le parcours" ou "mettre à niveau certains".

"Mais quels moyens financiers et humains pour arriver à un tel exploit ?, s'étrangle Yann Bisiou, maître de conférences en droit privé et sciences criminelles à l'université de Montpellier, contacté par franceinfo. Pour pouvoir donner des cours, il faut des enseignants, des salles, donc tant que nous n'aurons pas réglé cette question, rien ne sera réglé."

"Nous n'avons pas les moyens de mettre en place ces filières [de remise à niveau] et, dans les filières sous tension [les cursus les plus demandés], on ne pourra pas dire oui à tout le monde", abonde Laure Echalier.

Une pétition a d'ailleurs été lancée par des opposants de la réforme car ils y voient l'instauration d'une forme de "sélection", à l'instar de l'Association des sociologues enseignants du supérieur (Ases). Parallèlement, les salons des étudiants battent leur plein un peu partout en France. "Les parents sont inquiets et commencent à paniquer. Et, pour le moment, on n'a pas de réponse à leur apporter", se désole Pierre Chantelot.