Admission post-bac : cinq questions sur les prérequis que souhaite mettre en place le gouvernement

Une lycéenne cherche son nom sur la liste des résultats au baccalauréat, le 7 juillet 2015, à Paris. 
Une lycéenne cherche son nom sur la liste des résultats au baccalauréat, le 7 juillet 2015, à Paris.  (MARTIN BUREAU / AFP)

Alors que des milliers de bacheliers attendent toujours de connaître leur affectation, le gouvernement a engagé un cycle de concertation dans le but de changer les règles d'entrée à l'université.

Empêtrée dans le problème des 87 000 bacheliers qui ne connaissent toujours pas leur filière d'accueil pour la rentrée, la ministre de l'Enseignement supérieur, Frédérique Vidal, a ouvert, lundi 17 juillet, des concertations avec les syndicats étudiants, la conférence des recteurs d'académie, la Conférence des présidents d'université et les associations de parents d'élèves.

L'objectif est de réformer au plus vite le système d'entrée à l'université, source d'un "énorme gâchis", selon les mots de la ministre. Parmi les souhaits du gouvernement : la volonté de mettre en place des prérequis pour orienter au mieux les nouveaux bacheliers. Mais certains dénoncent ce qui deviendrait un système de sélection déguisée. Franceinfo vous explique les enjeux de ce débat.

A quoi correspondent les prérequis ?

Il s'agit de mettre en place des conditions d'entrée pour les filières à l'université. Un étudiant qui souhaite s'inscrire en Staps (Sciences et techniques des activités physiques et sportives) pourrait se retrouver dans l'obligation d'avoir étudié la biologie au lycée par exemple. Un candidat à une fac d'économie serait avantagé s'il était issu de la série "économique et sociale".

"On peut tout imaginer : que soit examinée la série du bac de l’élève, sa mention au bac, les notes qu’il a obtenues dans telle ou telle matière, le fait qu’il ait suivi telle ou telle option, sa lettre de motivation…", indique à 20 minutes Lilâ Le Bas, la présidente de l’Unef.

Quel est l'objectif de ce dispositif ?

"Nous devons en finir avec le traitement de masse, qui est la vraie cause de l'échec", a plaidé Frédérique Vidal, à l'ouverture des discussions. Dans le viseur de la ministre, il y a notamment l'objectif de mettre fin au tirage au sort à l'entrée de certaines filières, un système considéré comme injuste par le gouvernement et qui sera "fini en 2018", selon la ministre. Le tirage au sort était jusque-là pratiqué puisque la sélection sur dossier reste interdite en France.

Le gouvernement souhaite pour cela instaurer des "prérequis". Frédérique Vidal a ainsi déclaré avoir "d'ores et déjà demandé à l'ensemble des présidents d'université de porter à la connaissance des étudiants les 'prérequis' identifiés par leurs équipes pédagogiques dans chacune des filières".

Nous devons leur dire [aux étudiants] quelles sont les compétences et disciplines-clefs pour réussir, nous devons leur indiquer quelles sont leurs réelles chances de succès.Frédérique Vidal

Quand seront mis en place les prérequis ?

Le gouvernement souhaite aller vite. Le premier round de discussions ouvert par la ministre doit être suivi par une deuxième concertation "dès la dernière semaine du mois d'août" et qui se poursuivra "tout au long du mois de septembre". Les propositions seront ensuite "consolidées" avec l'objectif de mettre en place les première réformes "avant la rentrée 2018", a promis Frédérique Vidal.

Qui sera concerné par la réforme ?

En théorie, tous les étudiants devraient être concernés. "Chaque université affichera les prérequis de chacune des formations qu’elle propose", annonçait le programme présidentiel d'Emmanuel Macron. Le programme du candidat d'En marche ! précisait cependant qu'un "lycéen ne disposant pas de ces prérequis pourra s’inscrire après avoir comblé ses lacunes, par des cours d’été ou par la validation de modules universitaires"

Toutes les filières, et pas seulement celles en tension, pourraient également être dans le viseur. "L’hypothèse la plus probable est que l’on demande les mêmes prérequis dans toutes les universités, par exemple pour entrer en licence de droit. Sauf pour les facs proposant des licences spécifiques", indique à 20 minutes François Germinet, président de la commission formation à la Conférence des présidents d’université. Mais certains redoutent que le cadre fixé au niveau national soit trop souple et installe ainsi un système à plusieurs vitesses.

Qu'en pensent les différents acteurs ?

Les prérequis "peuvent cacher le meilleur comme le pire", selon Jimmy Losfeld, président de la Fage, premier syndicat étudiant. "Ce n'est pas à l'université d'imposer un choix à un lycéen", ajoute-t-il, interrogé par l'AFP. Pour l'Unef, l'autre grand syndicat étudiant, "derrière les mots 'prérequis' ou 'contrat de réussite' se cache une sélection déguisée".

De son côté, la Conférence des présidents d'université (CPU) se prononce clairement en faveur de "prérequis". "Le mot 'sélection' n’est pas tabou. Le tirage au sort en est déjà une et la sélection par l’échec existe depuis longtemps", confie ainsi à 20 minutes François Germinet.