Polémique autour du festival afroféministe Nyansapo : l'association Osez le féminisme juge "ridicule" la réaction d'Anne Hidalgo

Anne Hidalgo, le 5 décembre 2016.
Anne Hidalgo, le 5 décembre 2016. (GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP)

Pour la porte-parole de l'association Osez le féminisme, Raphaëlle Rémy-Leleu, les polémiques sur la non-mixité "reviennent régulièrement, sur des bases assez malsaines".

Anne Hidalgo a demandé, dimanche 28 mai, l'interdiction du festival afroféministe Nyansapo. L'événement, programmé initialement du 28 au 30 juillet 2017, avait prévu plusieurs "espaces", dont certains réservés exclusivement aux personnes noires. La maire de Paris a dénoncé sur Twitter un événement "interdit aux Blancs" et a annoncé vouloir saisir le préfet de Paris.

"On voit régulièrement apparaître des polémiques, notamment lancées par l'extrême-droite, sur la non-mixité", a déclaré Raphaëlle Rémy-Leleu, porte-parole de l'association féministe Osez le féminisme, lundi sur franceinfo. La militante condamne les propos d'Anne Hidalgo : "Ça commence à nous fatiguer et à nous énerver un peu".

franceinfo : Est-ce que vous comprenez l'émotion que suscite l'organisation d'un tel événement ?

Raphaëlle Rémy-Leleu : Non, pas vraiment. Cette émotion ne nous suprend pas, et c'est surtout cette instrumentalisation qui ne nous surprend pas. On voit régulièrement apparaître des polémiques, notamment lancées par l'extrême droite, sur la non-mixité. Mais ça commence à nous fatiguer et à nous énerver un peu. Des personnes ne veulent pas comprendre que des personnes "dominées" aient envie de s'organiser entre elles, pour aller vers leur émancipation. Ce sont des polémiques qui reviennent régulièrement, sur des bases assez malsaines.

D'après vous, Anne Hidalgo a été victime d'une instrumentalisation de l'extrême-droite sur cette question ?

On n'a pas compris pourquoi Anne Hidalgo s'est mise à réagir là-dessus, après qu'on a eu un premier communiqué de presse de Wallerand de Saint-Just et du Front national, et une reprise assez vive de la part de la fachosphère. Franchement, accuser des associations féministes et anti-racistes, qui font le choix de la non-mixité, d'aller vers un repli identitaire, c'est plutôt ridicule.

Justement, pourquoi votre position est-elle interprétée comme un "repli identitaire" ?

Je vais prendre l'exemple du féminisme : quand on s'organise entre femmes, parce qu'il y a certains sujets qu'on a envie d'abord d'évoquer entre femmes, on a des espaces de non-mixité. Cette non-mixité, qui est choisie, est une méthode d'organisation.

Il faut faire extrêmement attention à la différence entre une non-mixité comme méthode d'organisation militante, et une non-mixité subie, c'est-à-dire la ségrégation, l'apartheid.Rémy-Leleu, porte-parole de l'association féministe "Osez le féminisme"à franceinfo

La non-mixité choisie et la non-mixité subie sont deux choses différentes par essence et dans leurs objectifs. Laisser prendre ces polémiques sur les bases lancées par l'extrême droite et la fachosphère, c'est très dommageable. Cela montre qu'il y a encore beaucoup de travail à faire. Aujourd'hui, on ne peut pas remettre en cause que les personnes "racisées" et les personnes blanches ne vivent pas les mêmes choses, ne subissent pas les mêmes discriminations, c'est simplement un fait. Il faut savoir accepter qu'il y a des discussions qui peuvent avoir lieu sans les potentiels dominants et dominantes, pour mieux pouvoir partager ce ressenti, cette expérience, et pouvoir s'organiser par la suite. Le but n'est pas d'exclure les hommes, au contraire, Osez le féminisme est une association mixte. Mais c'est quand même terrible de se dire qu'aujourd'hui, il y a de vrais espaces de non-mixité subis, de ségrégation qui existent dans nos sociétés, mais que ce qui fait le buzz, ce sont des espaces de non-mixité ponctuels et militants.

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